homeFrenchGermanItalian
Recherche 
Premières condamnations pour la campagne de solidarité avec Özgür Gündem : “un signal d’intimidation inacceptable”
January 10th, 2017

RSF dénonce fermement la condamnation de Şanar Yurdatapan et İbrahim Aydın Bodur pour “propagande terroriste” et “publication de communiqués d’une organisation terroriste”.
Le verdict était attendu : c’est la première décision dans pas moins de 36 procès ouverts contre les “rédacteurs en chef d’un jour” du journal kurde Özgür Gündem. Le célèbre défenseur des droits de l’homme Şanar Yurdatapan et l’éditeur İbrahim Aydın Bodur ont été reconnus coupables de “propagande terroriste” et de “publication de communiqués d’une organisation terroriste” par un tribunal d’Istanbul, le 13 janvier 2017. Ils ont été condamnés à quinze mois de prison avec sursis et 6000 livres turques d’amende (soit environ 1500 euros) chacun.

Leur crime ? Avoir pris part à une campagne de solidarité avec le quotidien kurde Özgür Gündem. Au nom du pluralisme, 56 personnalités s’étaient relayées, entre mai et août 2016, pour prendre symboliquement la direction de ce journal persécuté par la justice. Des procès ont été ouverts contre 36 d’entre elles, dont le représentant de RSF en Turquie, Erol Önderoğlu, incarcéré pendant dix jours en juin avec la défenseur des droits de l’homme Şebnem Korur Fincancı et l’écrivain Ahmet Nesin.

“La condamnation de Şanar Yurdatapan et İbrahim Aydın Bodur est un signal d’intimidation inacceptable à l’encontre de la société civile, dénonce le responsable du bureau Europe de l’est et Asie centrale de RSF, Johann Bihr. Nous réclamons leur acquittement en appel et l’abandon des poursuites contre tous les participants à la campagne de solidarité avec Özgür Gündem. Le démantèlement accéléré du pluralisme en Turquie depuis six mois confirme si besoin était à quel point leur combat était juste.”

Şanar Yurdatapan était poursuivi sur la base de deux articles publiés par Özgür Gündem le 18 juin 2016. Le premier décrivait les actions des forces armées turques dans les régions du Sud-Est, peuplées majoritairement de Kurdes. Le second évoquait la mort au combat de trois militants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, interdit).

Célèbre musicien, Şanar Yurdatapan est à l’origine d’importantes campagnes de désobéissance civile contre la persécution des intellectuels dans les années 90, aux côtés de l’écrivain Yaşar Kemal et du compositeur Zülfü Livaneli. Il a longtemps été porte-parole de l’Initiative contre les délits d’opinion.

Une large délégation de RSF à Istanbul

Le procès d’Erol Önderoğlu, Şebnem Korur Fincancı et Ahmet Nesin s’est poursuivi le 11 janvier en présence d’une nombreuse délégation de RSF. Le tribunal s’est borné à annoncer que le dossier du véritable rédacteur en chef d’Özgür Gündem, İnan Kızılkaya, était dissocié des trois autres. La prochaine audience se tiendra le 21 mars.

La délégation de RSF a également rendu visite à la rédaction de Cumhuriyet, dont onze collaborateurs ont été jetés en prison depuis début novembre. Elle s’est entretenue avec des proches de journalistes incarcérés. Au sortir de l’audience, Erol Önderoğlu et le secrétaire général de l’organisation, Christophe Deloire, ont pris part à un point presse devant le palais de justice de Çağlayan aux côtés de Şebnem Korur Fincancı et d’Erdem Gül, représentant de Cumhuriyet à Ankara. Le 11 janvier également, le procureur a requis dix ans de prison contre ce dernier et l’ancien rédacteur en chef du quotidien, Can Dündar, aujourd’hui en exil, pour leurs révélations sur des livraisons d'armes turques à des groupes islamistes syriens. Il a requis la prison à vie contre leur source présumée, le député d’opposition Enis Berberoğlu. Le tribunal devrait rendre son verdict le 1er mars.

La Turquie occupe la 151e place sur 180 dans le Classement 2016 de la liberté de la presse, publié par RSF. Déjà très préoccupante, la situation des médias est devenue critique sous l’état d’urgence proclamé à la suite de la tentative de putsch du 15 juillet. Les locaux d’Özgür Gündem ont été placés sous scellés en août et le journal a finalement été liquidé par décret, le 29 octobre. Cent soixante-seize autres titres ont été interdits de la même façon et plus d’une centaine de journalistes sont actuellement en prison.

top