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Nations unies - Les fake news à l'ONU
June 19th, 2017

La 35ème session du Conseil des droits de l’homme (juin 2017) a consacré non moins de 5 événements parallèles aux nouvelles contraintes limitant la liberté de l’information : fake news ; liberté d’accès et surveillance ; liberté d’expression en Turquie ; liberté d’expression à Okinawa ; professionnalisme du journalisme d’investigation comme parade aux nouvelles contraintes de l’ère numérique.

Les 3 premiers débats susmentionnés étaient inspirés par le troisième rapport de David Kaye (A/HRC/35/22)  qui examine le rôle joué par les prestataires d’accès à internet et les obligations des Etats. Les deux derniers faisaient état des situations rencontrées par M. Kaye lors de ses récentes visites.

Le débat sur les fake-news a, de loin, attiré le plus grand nombre de participants, états, ONG et représentants de divers médias confondus. La salle était bondée - rare pour de tels débats. Le délégué du Qatar a ainsi pu saisir l’occasion pour faire état de l’utilisation dangereuse de fake news par l’Arabie Saoudite à l’encontre de son pays.

Le gros du débat a porté toutefois sur la définition du terme et sur le fait que c’est loin d’être une nouvelle stratégie de manipulation de l’opinion : la propagande et la désinformation ou la misinformation intentionnelles nous viennent de la nuit des temps, selon un intervenant, la Grèce antique en a fait bon usage.

Quoi ? - La définition suivante a fait l’unanimité[i] : informations délibérément truquées avec l’intention d’induire en erreur, de manipuler l’opinion ou de détruire la crédibilité ou l’intégrité de personnalités publiques (ou privées). L’anonymat des sources rend quasi impossible les poursuites pour calomnie. Et il y a aussi la tendance inverse de crier au loup et d’accuser les informations et les supports légitimes de diffuser des fake news, méthode allégrement utilisée par le Président Trump qui est allé jusqu’à accuser les médias, dont le New York Times, de diffuser des fake news et d’être ‘l’ennemi du peuple’.

Comment ? - La toxicité de ces informations est amplifiée et renforcée par la chambre d’écho que représentent les réseaux sociaux. Ces chambres d’écho peuvent ainsi soit répéter le même message à partir de différentes sources, soit diffuser des messages semblables mais complémentaires à partir de la ma même source. Les algorithmes des médias sociaux agissent alors comme des filtres produisant ce que l’on appelle des ‘bulles de filtres’ à l’intérieur desquelles l’utilisateur obtient de l’information triée à son insu en fonction de son activité (de ses intérêts) sur le réseau. Il est ainsi peu exposé à des opinions différentes des siennes et, de manière générale, les chambres d’écho diffusent peu d’opinions opposées aux opinions majoritaires aptes à les discréditer.

Que faire ? – Peu de chose apparemment. M. Cunliffe-Jones a présenté son réseau[ii] qui se consacre à la vérification de données, mais cela peut être long et peu efficace face au volume et à la rapidité avec laquelle les fake news sont diffusées.

Quoi que l’on fasse, M. Kaye insiste que ce n’est pas par le contrôle[iii] du contenu que le problème sera réglé, mais qu’il faudra s’attaquer aux plateformes qui diffusent les informations truquées.

Il a également indiqué que son prochain rapport portera justement – entre autre - sur la régulation des contenus. Il a également insisté sur le fait qu’il ne fallait pas confondre le droit de rechercher et fournir de l’information avec le droit de rechercher et fournir ‘la vérité’ et semble être convaincu que les articles 19 et 20 du Pacte International sur les Droits Civils et Politiques sont largement suffisants pour régler ce problème. Cet instrument n’a toutefois pas été ratifié par tous les pays, peu appliqué par les pays qui l’ont ratifié et peu connu du public et même des milieux des divers systèmes judiciaires nationaux.

Les questions de quelques participants sont restées posées quant à l’avantage financier de la diffusion des fake news qui génère de nouvelles formes d’activités économiques ainsi que ce qui semble être l’impact affectif du mensonge qui semble diminuer progressivement le respect et l’importance de la connaissance dans l’esprit du public.

C’est dans un autre débat[iv] le jour suivant que quelques pistes ont été proposées : une meilleure formation du public pour l’inciter à mieux examiner les sources de l’information, le style de la présentation, etc. ; plus d’efforts dans les écoles pour apprendre aux enfants à mieux analyser et juger l’information ; un renforcement de la professionnalisation du journalisme d’investigation (cela n’a pas fait l’unanimité) et de son éthique[v]; une meilleure maîtrise des nouvelles technologies par la profession…

C’est dans ce deuxième débat également que la question (jugée urgente) du modèle économique des médias a été posée et la note la plus optimiste est venue de Madame Rita Rudusa, directrice du Baltic Centre for Media Excellence un groupe qui a, nous dit-elle, établi un modèle de financement qui assure la transparence, l’indépendance et la qualité des médias de sa région.

Enfin, lors de ce deuxième débat, M. Kaye a indiqué que son prochain rapport porterait sur la régulation du contenu de l’information et M. La Rue a ajouté qu’il serait également utile d’y ajouter la question de la sécurité des journalistes, reportant ainsi le sujet de NY (ainsi que RSF le demandait) au CDH.

 

( Hélène Sackstein)

 

 


[i] Rasha Abdulla, Département de journalisme, Université américaine du Caire ; Eileen Donahue, Directrice, Global Digital Policy Incubator, Stanford University ; Peter Cunliffe-Jones, Président, International Fact Checking Network ; David Kaye, ONU – Rapporteur spécial  sur la Liberté d’expression

[ii] Voir ci-dessus

[iii] L’Article 20 du Pacte sur les droits civils et politiques limite le contrôle du contenu de l’information à l’incitation à la haine et la violence.

[iv] Intervenants : D. Kaye, actuel rapporteurs spécial sur la liberté d’expression et M. La Rue, le précédent RS qui est maintenant chargé du programme de l’UNESCO sur le même thème.

[v] Il existe actuellement un code d’éthique de la profession dont l’application est laissée à l’appréciation individuelle des professionnels.

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