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Chine - La “Grande muraille” de la censure se referme
October 9th, 2017

En prévision du 19e Congrès qui doit le reconduire pour cinq ans, le président chinois Xi Jinping a déployé ces derniers mois un véritable arsenal de mesures répressives à l’encontre des réseaux sociaux, parachevant son projet de “Grande muraille” de la censure.
Quelques semaines avant le congrès du Parti communiste chinois (PCC) qui doit renouveler pour cinq ans le mandat du président Xi Jinping, le 18 octobre prochain, l’application de messagerie cryptée américaine Whatsapp, jusque là encore tolérée en Chine, s’est soudain mise à dysfonctionner, signe qu’un nouveau cap a été franchi dans la censure.

“Depuis plus d’un an, le contrôle de l’internet chinois se renforce de jour en jour, s’inquiète Cédric Alviani, directeur du bureau Asie de l’Est de Reporters sans frontières (RSF). Le président, qui aime à se faire appeler “nouveau timonier” en référence à Mao Zedong, a mis en place ces dernières années un système très sophistiqué de censure et de surveillance de l’information, à un niveau jamais atteint auparavant.”

Depuis son accession au sommet de l’État, Xi Jinping s’est révélé être un ennemi acharné de la liberté de la presse, obsédé par le contrôle des médias face à ce qu’il appelle l’influence des “puissances étrangères hostiles” à la Chine. Il a d’abord “recadré” les journalistes, qui, sous son prédécesseur s’étaient timidement essayé à contribuer au débat social, limitant leur mission à l’ingrate tâche de relayer la “propagande du Parti”. Puis, les blogueurs qui avaient repris le flambeau du journalisme ont été l'objet d'une féroce répression.

Une surveillance à l’échelle industrielle

Les forums de discussion et les réseaux sociaux, en revanche, restaient relativement épargnés. Sina Weibo, qui dépasse Twitter avec 340 millions d’utilisateurs réguliers, Tecent QQ et WeChat, qui semblent en bonne voie pour atteindre chacun le milliard de comptes dans un futur proche, étaient devenus des espaces de liberté d’expression. Les Chinois appréciaient le fait de pouvoir débattre dans un relatif anonymat, qui leur permettait aussi d’échanger des informations absentes des médias. L’évolution des technologies et l’inventivité des internautes limitaient l’impact de la censure, dont l’efficacité principale était de bloquer les médias et réseaux sociaux étrangers tels Google et Facebook.

Cette époque appartient peut-être déjà au passé. Sous Xi Jinping, la censure du net a pris une tournure industrielle et s’est doublé d’un appareil de surveillance redoutable. De source officielle, l’espionnage de l’Internet chinois emploierait deux millions de personnes, soit une taupe pour 375 internautes. Le réseau social WeChat s’est fait, à raison, la réputation d’être le cheval de Troie de la police: depuis l’an dernier, les informations qu’il collecte, dont le détail des conversations, sont officiellement utilisables comme pièce à conviction dans les procès.

Pour enfoncer le clou, l’Administration du cyberespace de Chine (CAC), un organe supervisé personnellement par le président, a déployé ces derniers mois tout un arsenal de mesures d’intimidation qui visent directement les 750 millions d’internautes chinois.

La fin de l’anonymat sur le net

Depuis la semaine dernière, les modérateurs de groupes de discussion sur les réseaux sociaux comme WeChat sont tenus ­pénalement responsables des informations “malsaines ou illégales” et des contenus qui “déforment l’histoire de la Chine et du Parti, interprètent de façon erronée les directives des autorités et font la promotion de valeurs anormales”. La définition est suffisamment vague pour concerner n’importe quelle discussion. Beaucoup de groupes devraient fermer spontanément ; dans ceux qui resteront, les modérateurs front sans doute preuve d’une vigilance de tous les instants pour s’éviter les ennuis.

Cette disposition s’ajoute à une réglementation déjà très répressive, qui criminalise depuis juin la “publication illégitime” d’informations et, depuis 2013, punit de trois ans de prison l’auteur d’un post qui serait retransmis plus de 500 fois ou vu plus de 5,000 fois. A chaque fois qu’il écrit, “like” ou “reposte” un message, l’internaute chinois sera donc contraint de se poser la question de sa compatibilité avec la doctrine du Parti, et des risques qu’il encourt.

Les changements récents sonnent aussi le glas de l’anonymat sur le web chinois. Depuis le début du mois, les communautés en ligne sont tenues de vérifier l’identité de leurs usagers, et de proscrire les commentaires des visiteurs non enregistrés. Tecent, Sina et Baidu, les géants de l’Internet chinois, n’ont pas mis un zèle particulier à répondre à cette demande coûteuse et compliquée à mettre en oeuvre. Pour leur montrer qui est le maître, l’Administration du cyberespace n’a pas hésité à leur infliger de très lourdes amendes.

Les VPN en sursis

Depuis plus d’un an, l’actualité de l’Internet chinois est ainsi ponctuée par l’annonce de nouvelles limitations: création d’une licence de transmission de programme vidéo et audio sur Internet, sans laquelle la diffusion en streaming est interdite ; fermeture de sites Internet dédiés à l’actualité “people”, jugés frivoles et contraires à la ligne du Parti ; interdiction aux entreprises étrangères de publier des contenus sur Internet sans autorisation ; obligation pour ces mêmes entreprises de stocker leurs données sur des serveurs en Chine, plus faciles à contrôler.

La prochaine mesure annoncée est peut-être la plus grave. Le pouvoir de Pékin a en effet ordonné aux opérateurs télécom de mettre fin à tous les services VPN (virtual private networks) à compter de février 2018. Ces systèmes qui permettent de contourner la censure sont utilisés par des millions de Chinois, dont un grand nombre de chercheurs et d’entrepreneurs, et par la plupart des étrangers de Chine. Si l’interdiction des VPN devient effective, la “Grande muraille” de la censure chère à Xi Jinping sera devenue réalité.

Au classement RSF de la liberté de la presse, la République populaire de Chine (PRC) stagne au 176e rang sur 180 pays listés, seulement dépassée dans l’indignité par la Syrie, le Turkménistan, l'Érythrée et la Corée du Nord.
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