Le 9 février 2026, Jimmy Lai a été condamné à 20 ans de prison sur la base de la loi draconienne sur la sécurité nationale de Hong Kong, notamment pour des accusations fallacieuses de «collusion avec des forces étrangères» et de complot en vue de publier des documents «séditieux». Les procureurs ont cité plus de 160 articles d’Apple Daily comme exemples de «publications séditieuses». Contraint de fermer par les autorités hongkongaises en juin 2021, Apple Daily était le plus important journal indépendant grand public du territoire, réputé pour ses reportages indépendants. Son verdict de culpabilité avait été rendu le 15 décembre 2025, mais le prononcé de la peine avait été reporté de deux mois.
Jimmy Lai a été jugé aux côtés de six anciens cadres supérieurs d’Apple Daily. Le PDG Cheung Kim-hung a été condamné à six ans et neuf mois de prison ; le rédacteur en chef Ryan Law Wai-kwong à dix ans ; le rédacteur en chef exécutif Lam Man-chung à dix ans ; l’éditeur associé Chan Pui-man à sept ans ; le directeur de la rédaction de l’édition anglaise Fung Wai-kong à dix ans ; et le responsable des éditoriaux Yeung Ching-kee à sept ans et trois mois. Deux autres coaccusés, l’activiste pro-démocratie Chan Tsz-wah et l’activiste Andy Li, ont été respectivement condamnés à six ans et trois mois, et sept ans et trois mois. Andy Li serait détenu de force dans un établissement psychiatrique de haute sécurité à Hong Kong.
«Aujourd’hui, c’est un coup de grâce qui est porté à la liberté de la presse à Hong Kong. Nous sommes indignés par les peines sévères prononcées contre Jimmy Lai et les cadres d’Apple Daily. Cette décision de justice souligne l’effondrement total de la liberté de la presse à Hong Kong et le profond mépris des autorités pour le journalisme indépendant. De l’arrestation de Jimmy Lai à son procès et à sa condamnation, cette procédure judiciaire n’a été qu’une mascarade. Les démocraties, telles que le Royaume-Uni et les États-Unis, doivent cesser de donner la priorité à la normalisation des relations avec la Chine et exercer plutôt des pressions sur le régime chinois et les autorités hongkongaises afin de garantir la libération de Jimmy Lai et de tous les autres journalistes détenus. Nous avons déjà vu Liu Xiaobo, défenseur de la liberté de la presse, mourir en prison en raison d’une pression internationale insuffisante. Nous ne pouvons pas laisser Jimmy Lai subir le même sort. Sa condamnation ne doit pas devenir une condamnation à mort.»
Thibaut Bruttin
Directeur général de RSF
Jimmy Lai, lauréat du prix RSF de la liberté de la presse, est détenu depuis décembre 2020. Soumis à un régime d’isolement très strict, il n’a droit qu’à 50 minutes d’«exercice» par jour dans une cage métallique, ce qui a entraîné une forte détérioration de son état de santé. Sa famille a signalé que ses ongles étaient tombés, que ses dents étaient pourries et qu’il avait perdu beaucoup de poids.
RSF mène une campagne sans relâche pour la libération de Jimmy Lai depuis le jour de son arrestation. En 2023, l’équipe de RSF s’est rendue à Hong Kong pour assister à l’ouverture du procès du patron de média, et en 2024, une représentante de RSF a été placée en détention et expulsée de Hong Kong alors qu’elle se rendait à une audience dans le cadre de son procès. En janvier 2026, RSF a écrit au Premier ministre britannique Keir Starmer pour lui demander de faire pression en faveur de la libération de Jimmy Lai lors de sa visite en Chine. En août 2025, RSF et une coalition de 72 ONG ont tiré la sonnette d’alarme sur la détérioration de son état de santé. En juin 2025, RSF et un groupe d’anciens journalistes d’Apple Daily aujourd’hui en exil ont publié une édition spéciale de ce journal pour rendre hommage à ce média renommé.
Depuis 2020, le gouvernement de Hong Kong a poursuivi au moins 28 journalistes, dont huit sont actuellement détenus. Hong Kong occupe la 140e place du Classement mondial de la liberté de la presse 2025 de RSF, après avoir chuté de la 18e place en seulement deux décennies. La Chine occupe la 178e place sur les 180 pays et territoires étudiés.