RSF publie une liste des prédateurs numériques de la liberté de la presse. La Suisse aussi concernée

RSF publie une liste des prédateurs numériques de la liberté de la presse. La Suisse aussi concernée

A l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la cybercensure, le 12 mars, Reporters sans frontières (RSF) dévoile une liste de 20 Prédateurs numériques de la liberté de la presse en 2020. En traquant les journalistes, ces entreprises, organismes et administrations mettent en péril notre capacité à nous informer. La Suisse est aussi concernée: l’une de ces entités, Memento Labs, spécialisée dans les outils de surveillance, fait partie de InTheCyber Group (ITC), une société qui, selon son site internet, est basée à Lugano et à Milan.

Pour accéder à la liste, suivre ce lien: A4 Predateur-FR-FINAL

La liste n’est pas exhaustive, mais ces 20 Prédateurs numériques de la liberté de la presse représentent en 2020 un danger évident pour la liberté d’opinion et d’expression, garantie par l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. A l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la cybercensure, créée à l’initiative de Reporters sans frontières (RSF), l’organisation publie pour la première fois une liste des entités dont l’activité est assimilable à une prédation envers le travail journalistique.

Dans cette liste 20/2020, constituée des 20 principaux prédateurs numériques en 2020, quatre catégories sont distinguées, selon que les entités utilisent des procédés relevant du harcèlement, de la censure d’Etat, de la désinformation ou de l’espionnage et de la surveillance. Infra-étatiques, privées voire informelles, ces entités démontrent une réalité du pouvoir à la fin de la première décennies du 21ème siècle : les journalistes d’investigations, et tous ceux qui déplaisent, peuvent être la proie d’acteurs parfois occultes.

Certains Prédateurs numériques opèrent désormais dans les pays despotiques, à la tête desquels règnent des Prédateurs de la liberté de la presse déjà répertoriés par RSF. Mais certaines sociétés privées spécialisées dans le cyber-espionnage ciblé sont basées dans des pays occidentaux comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et Israël.

Le pouvoir des ces ennemis de l’information libre sur Internet est multiforme. Ils repèrent, identifient et surveillent les journalistes qui dérangent les pouvoirs en place. Ils les intimident en orchestrant leur harcèlement en ligne. Ils les réduisent au silence en les censurant de différentes façons. Ils tentent même de déstabiliser les pays démocratiques en diffusant volontairement des fausses informations.

“Les hommes forts autoritaires, qui organisent la prédation de la liberté de la presse, étendent leur emprise dans le monde digital grâce à des troupes de complices, de subordonnés, de supplétifs qui sont autant de prédateurs numériques déterminés et organisés, explique Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Nous avons décidé de publier une liste de 20 prédateurs numériques pour dévoiler une autre réalité des violations de la liberté de la presse, mais aussi pour attirer l’attention sur le fait que ces supplétifs agissent parfois depuis les pays démocratiques ou en leur sein. S’opposer aux régimes despotiques suppose aussi que les armes de la répression du journalisme ne leur soient livrées depuis l’étranger”.

 

Bilan RSF des violences commises contre les journalistes en 2019 : un nombre “historiquement bas” de journalistes tués

Bilan RSF des violences commises contre les journalistes en 2019 : un nombre “historiquement bas” de journalistes tués

Reporters sans frontières (RSF) publie ce 17 décembre son bilan annuel des exactions commises contre les journalistes dans le monde. En 2019, 49 journalistes ont été tués, 389 sont actuellement en détention et 57 sont otages. Même si le journalisme demeure un métier dangereux, le nombre de tués n’a jamais été aussi bas depuis 16 ans.

Une baisse importante du nombre de journalistes tués

Jamais le nombre de journalistes tués n’avait été aussi peu élevé depuis 2003. Dans son bilan annuel 2019, Reporters sans frontières recense 49 journalistes tués, soit une baisse spectaculaire de 44 % par rapport à l’année précédente. Ce chiffre “historiquement bas”, en comparaison avec la moyenne de 80 morts enregistrée ces deux dernières décennies, traduit essentiellement la baisse du nombre de journalistes tués sur les terrains de conflits armés. La couverture des conflits en Syrie, au Yémen, en Afghanistan s’est ainsi avérée deux fois moins meurtrière pour les journalistes : 17 journalistes ont été tués dans l’ensemble de ces trois pays en 2019, contre 34 l’année précédente.

Cette baisse inédite ne saurait occulter une réalité qui perdure : le nombre de journalistes tués dans les pays dits “en paix” reste aussi élevé d’une année sur l’autre. Ainsi, le Mexique compte, comme l’année dernière, 10 journalistes tués. Plus largement, l’Amérique latine, avec un total de 14 tués sur l’ensemble du continent, est devenue une zone aussi meurtrière pour les journalistes que le Moyen-Orient meurtri par ses conflits fratricides.

Cette double tendance (des lignes de front moins meurtrières et des pays en paix toujours aussi dangereux) a une conséquence : il y a désormais proportionnellement plus de morts dans les pays en paix (59%) que dans les zones de conflit et une hausse de 2% du nombre de journalistes assassinés ou sciemment visés.

“Pour les journalistes, la frontière entre les pays en guerre et en paix est en train de disparaître, s’alarme le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire. S’il convient de se réjouir d’une baisse inédite du nombre de journalistes tués dans les zones de conflit, nous constatons parallèlement que de plus en plus de journalistes sont sciemment assassinés pour leur travail dans des pays démocratiques, ce qui constitue un véritable défi pour les démocraties dont ces journalistes sont issus.“

Une élévation du nombre de détentions arbitraires

Autre fait inquiétant révélé par le bilan de RSF : le nombre de journalistes arbitrairement détenus dans le monde ne cesse d’augmenter. Fin 2019, 389 journalistes se trouvent emprisonnés pour avoir exercé leur fonction, soit 12 % de plus que l’année dernière. Près de la moitié des journalistes prisonniers sont détenus dans seulement trois pays : la Chine, l’Égypte et l’Arabie saoudite. La Chine, qui a intensifié sa répression contre la minorité ouïghoure, détient à elle seule un tiers des prisonniers dans le monde.

Regarder notre vidéo:


Depuis 1995, RSF dresse le bilan annuel des exactions commises contre les journalistes, à partir de données précises établies entre le 1er janvier et 1er décembre de l’année de publication. RSF procède à une minutieuse collecte d’informations permettant d’affirmer avec certitude, ou du moins avec une très forte présomption, que la détention, l’enlèvement, la disparition ou la mort d’un journaliste est une conséquence directe de l’exercice de sa profession.

RSF Suisse appelle les journalistes à reconnaître l’importance de la Convention relative aux droits de l’enfant

RSF Suisse appelle les journalistes à reconnaître l’importance de la Convention relative aux droits de l’enfant

Il y aura 30 ans, ce mercredi 20 novembre, que la Convention relative aux droits de l’enfant a été signée. Alors que va aussi s’ouvrir la « Semaine des médias » dans les écoles romandes, Reporters Sans Frontières Suisse appelle les journalistes de reconnaître à l’enfant la place spécifique qui doit être la sienne dans les médias, selon cette convention phare conclue en 1989 et entrée en vigueur en Suisse en 1997.

Le 20 novembre 1989, l’Assemblée Générale des Nations Unies adoptait la Convention relative aux droits de l’enfant. À ce jour, cet accord est l’instrument international le plus ratifié au monde, malgré l’absence notoire des États-Unis. Plusieurs de ses dispositions concernent les médias. La Convention consacre non seulement le droit de l’enfant d’exprimer ses opinions et de s’informer librement, mais reconnaît aussi, à son article 17, l’importance des médias dans le développement social harmonieux de l’enfant.

« Être informé et disposer de l’information est nécessaire pour prendre la parole et participer à la vie de la société », souligne Jean Zermatten, ancien juge des mineurs et ancien président du comité des droits de l’enfant des Nations Unies. Dès lors, « l’article 17 est toujours couplé avec les articles 12 et 13 qui traitent respectivement du droit d’exprimer librement son opinion et du droit à la liberté d’expression. »

La Convention relative aux droits de l’enfant a été pensée alors qu’internet n’en était qu’à ses premiers balbutiements. Est-elle encore adaptée à la réalité de 2019 ? Pour Jean Zermatten, « ce droit reste toujours moderne, sauf qu’il faut l’adapter et l’expliquer pour mieux coller aux nouvelles technologies. Le Comité des droits de l’enfant a d’ailleurs décidé d’écrire un commentaire général sur les droits de l’enfant à l’ère digitale. »

C’est ce qu’affirme également Philip Jaffé, professeur et psychothérapeute qui a rejoint en janvier 2019 le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies. Selon lui, il est impératif de former les plus jeunes aux médias car « l’enfant s’intéresse aux nouvelles et a donc besoin de savoir quel niveau de crédibilité apporter à quelle information. » L’enfant doit donc pouvoir recevoir l’information, savoir la trier pour ensuite pouvoir s’exprimer. Aux yeux de cet expert, les médias ont un rôle crucial à jouer dans ce processus pour le développement des droits de l’enfant, mais il déplore que « l’enfant ne soit pas reconnu comme un acteur dans le champ médiatique. »

L’avis du psychothérapeute est rejoint par un autre spécialiste de l’enfance et des médias, Jean–Marc Richard. L’animateur radio pointe le manque de considération des médias par rapport aux enfants : « On considère l’enfant comme consommateur alors que l’enfant est acteur. Il faut redonner la parole à l’enfant ». À l’occasion de son travail dans l’humanitaire, l’animateur a été en contact avec plusieurs radios locales qui mettent en place des programmes par et pour les jeunes. « Dans les régions où l’instabilité domine, des programmes radios sont élaborés par des ONG pour faire discuter les enfants entre eux. » Jean-Marc Richard craint qu’en Suisse « les adultes imposent leur vision des droits de l’enfant sans leur donner la parole ».

La Convention reconnaît à l’enfant le rôle d’« acteur social, politique, économique, civil et culturel ». L’enfant a des questionnements, des idées, des points de vue et un vécu. Il est acteur à part entière de la société, à la fois intéressé par ce qui l’entoure et intéressant grâce, entre autres, à l’originalité de ses opinions. Reporters Sans Frontières Suisse incite donc les journalistes à valoriser la voix de l’enfant dans le processus médiatique.

 Camille Lanci et Denis Masmejan

Quand les distributeurs de journaux entravent la liberté de la presse

Quand les distributeurs de journaux entravent la liberté de la presse

A l’occasion du congrès annuel de Distripress, qui réunit ce lundi 23 septembre à Berlin, les éditeurs et distributeurs de presse du monde entier, Reporters sans frontières (RSF) a dévoilé son dernier rapport d’enquête : “Ces journaux qui n’arrivent jamais”, qui révèle comment des Etats, leurs institutions ou de puissants oligarques ou groupes privés entravent la distribution de la presse.

A défaut de faire taire un journaliste ou d’empêcher une enquête, l’information peut être bloquée au moment de sa distribution. Tant qu’il n’est pas parvenu entre les mains de son lecteur, un journal reste vulnérable – et l’imagination des prédateurs infinie. C’est ce que révèle le rapport “Ces journaux qui n’arrivent jamais. Enquête sur les entraves à la distribution de la presse” publié ce 23 septembre, qui documente les multiples obstacles qui se dressent sur le chemin souvent périlleux de la distribution.

« Ils sont rarement cités et nommés dans un journal. Ils sont dans l’angle mort du circuit de l’information. Pourtant, imprimeurs, distributeurs et vendeurs de journaux sont des maillons essentiels de la liberté de la presse, déclare le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire. Un journaliste ne doit pas seulement pouvoir enquêter et écrire librement. Le produit de son travail doit aussi pouvoir parvenir sans entrave jusqu’à son lecteur. Sans cette condition, les citoyens ne peuvent accéder à une information plurielle, indispensable à toute démocratie. D’où la nécessité et l’urgence de lever le voile sur des pratiques qui menacent notre droit fondamental d’être informé.”

L’étude réalisée par RSF dans plus de 90 pays montre que près de 41% des atteintes à la distribution se produisent au moment de la vente. Dernier intermédiaire entre le lecteur et son journal, le vendeur de journaux peut aussi faire l’objet d’ultimes pressions pour limiter l’information. Souvent, les moyens mis en oeuvre sont spectaculaires : au Congo-Brazzaville ou en Guinée équatoriale, les kiosquiers se souviennent encore comment la police a saisi des éditions entières, avant d’y mettre le feu pour les détruire irrémédiablement.

L’entrave peut aussi se produire plus discrètement comme à Madagascar, lorsque toute une édition, qui annonçait en une une liaison secrète de la Première dame avec le conseiller du président, a été massivement rachetée, au petit matin, par des représentants du pouvoir. Souvent, elle est aussi plus insidieuse, comme en Pologne, où les marchands de journaux n’ont d’autre choix que de promouvoir la seule presse pro-gouvernementale au détriment de la presse indépendante, qui – faute d’être vue et achetée – finit par étouffer économiquement. Enfin, la censure peut s’exercer de façon radicale et brutale comme au Mexique, où les “crieurs”, les marchands de journaux, se trouvent directement menacés, voire assassinés par des lecteurs mécontents du contenu des articles.

Une autre phase cruciale de la chaîne de distribution est le transport et la distribution de la presse sur l’ensemble d’un territoire national. C’est aussi une occasion supplémentaire de limiter la circulation de la presse indépendante ou d’opposition. Plus de 22 % des cas d’atteinte à la libre distribution se produisent pendant l’acheminement des journaux entre l’imprimerie et le point de vente, selon l’étude menée par RSF. Au Nigeria, au Cachemire indien ou au Pakistan, les autorités n’hésitent pas à faire appel aux forces de l’ordre ou aux militaires pour arrêter les camions de distribution et saisir leur cargaisons de journaux.

Plus le chemin jusqu’au point de vente est long, plus les obstacles se multiplient aisément. Les frontières peuvent devenir infranchissables pour certains titres sur simple décision des

autorités locales. Parfois, c’est pour raison religieuse, comme dans le cas du titre satirique Charlie Hebdo interdit dans de nombreux pays musulmans en 2015, d’autres fois, c’est purement politique, comme a pu le constater l’hebdomadaire français Jeune Afrique, devenu, ces derniers mois, indésirable et introuvable en Algérie. Sans compter les mesures économiques qui peuvent s’avérer être de puissants instruments de censure. Comme le montrent les exemples kosovar et russe, la décision d’un État d’instaurer une taxe à l’importation ou de supprimer une subvention publique au postage suffit parfois à menacer la distribution d’un titre, voire l’ensemble du secteur de l’édition.

L’étape de l’impression peut également s’avérer aussi cruciale que fatidique. Pour certains journaux d’opposition, les tentatives de censure se déroulent juste avant la mise sous presse. Comme en Égypte, où un imprimeur lié à l’Etat fait du chantage à l’impression : si une enquête qui dérange le pouvoir n’est pas retirée, c’est l’ensemble du journal qui ne sera pas imprimé. Ou au Gabon, où les contenus des éditions ont été piratés juste avant le lancement des rotatives. Et quand il est trop tard pour intervenir et interférer sur le contenu des journaux, la saisie des exemplaires fraîchement imprimés et jugés indésirables est d’autant plus aisée qu’un oligarque ou des services de renseignements s’avèrent tout-puissants dans le pays, comme c’est le cas en Bulgarie et au Soudan.

De façon plus insidieuse, les situations de monopole, ou la mainmise des États ou de puissants groupes de presse sur le secteur de l’impression et plus généralement de la distribution leur permet aussi de contrôler la presse en imposant de facto leurs lois, leurs prix, voire en décidant, comme au Venezuela et au Nicaragua, quel titre est habilité à recevoir la précieuse et incontournable matière première pour tout journal imprimé : le papier. Au final, qu’importent la manière et les moyens, les multiples interférences dans le circuit de distribution ont généralement un même objectif : empêcher un journal d’être lu.

REPORTERS SANS FRONTIÈRES/ REPORTERS WITHOUT BORDERS
Pauline ADES-MEVEL
Porte-parolat / Spokeswoman
Responsable du bureau UE/Balkans
Head of EU-Balkans desk
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+337 82 37 23 12
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La saoudienne Eman al Nafjan, la vietnamienne Pham Doan Trang, et la maltaise Caroline Muscat, lauréates du Prix RSF 2019 pour la liberté de la presse

La saoudienne Eman al Nafjan, la vietnamienne Pham Doan Trang, et la maltaise Caroline Muscat, lauréates du Prix RSF 2019 pour la liberté de la presse

Ce 12 septembre, Reporters sans frontières (RSF) a remis le Prix pour la liberté de la presse 2019 à la journaliste saoudienne Eman al Nafjan, à la vietnamienne Pham Doan Trang ainsi qu’à la journaliste maltaise Caroline Muscat, lors d’une cérémonie organisée pour la première fois à Berlin.

A l’occasion des 25 ans de la section allemande de l’organisation, Reporters sans frontières (RSF) a remis le Prix pour la liberté de la presse 2019 ce jeudi 12 septembre en Allemagne, au Deutsches Theater de Berlin. La cérémonie, présentée par Pinar Atalay, journaliste et présentatrice de télévision, a réuni de nombreux invités prestigieux, parmi lesquels Michael Müller, bourgmestre-gouverneur de Berlin, Alan Rusbridger, ancien rédacteur en chef du journal The Guardian, Susanne Koelbl, journaliste à Der Spiegel, Nidhya Paliakara, journaliste à TV5Monde, d’anciens lauréats du Prix RSF (Swati Chaturvedi, Can Dündar, Grigory Pasko).

Le Prix du Courage, qui récompense un journaliste, un média ou une organisation pour avoir fait preuve de courage pour l’exercice, la défense ou la promotion du journalisme, a été décerné à la journaliste saoudienne Eman al Nafjan. Fondatrice du site SaudiWoman.me, et auteure de nombreux articles dans la presse internationale, dont le Guardian et le New York Times, Eman al Nafjan a été à la pointe de la campagne pour le droit des Saoudiennes à conduire et pour mettre fin au système répressif de tutelle masculine en Arabie saoudite. En mai 2018, elle a été arrêtée avec d’autres militantes féministes, avant d’être remise en liberté conditionnelle le 28 mars dernier. Selon les médias saoudiens, il lui serait reproché de nuire à la “sécurité nationale” et d’avoir eu des “contacts suspects avec des entités étrangères”. Considérée comme “traître”, elle risque jusqu’à 20 ans de prison.

Le Prix de l’Impact, qui récompense un journaliste dont le travail a permis une amélioration concrète de la liberté, l’indépendance et le pluralisme du journalisme ou une prise de conscience sur ce sujet, a été remis à Pham Doan Trang. Journaliste et blogueuse, elle a notamment fondé le magazine juridique en ligne Luât Khoa, et anime la rédaction de thevietnamese – deux publications qui permettent à leurs lecteurs de s’emparer des lois du pays pour défendre leur droit et combattre l’arbitraire du Parti. Elle est aussi l’auteur de nombreux ouvrages, dont l’un a contribué à faire progresser les droits des communautés LGBT du pays. Son travail lui a valu d’être à deux reprises battue et maintenue par la police plusieurs jours en détention arbitraire au cours de l’année 2018.

Le Prix de l’Indépendance, qui récompense un journaliste pour sa résistance aux pressions financières, politiques, économiques ou religieuses, a été attribué à la maltaise Caroline Muscat. Après l’assassinat de Daphne Caruana Galizia, cette journaliste a créé The Shift News, un média indépendant d’investigation en ligne, engagé dans la lutte contre la corruption et la défense de la liberté de la presse à Malte. Au sein d’un paysage médiatique dominé par des organes de presse assujettis au gouvernement, Caroline Muscat s’est attachée à dévoiler les nombreuses affaires de corruption touchant les responsables politiques de l’île. Cible de poursuites-bâillons, son site d’information refuse de se plier aux demandes de retrait de contenu de l’entreprise britannique Henley & Partners, spécialisée dans le conseil en citoyenneté mondiale et en résidence. En 2015, le travail journalistique de Caroline Muscat a été récompensé par la Commission Européenne.

“Tous les ans des lauréats du prix sont absents parce qu’ils en sont empêchés par les dirigeants de leurs pays, a déclaré Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Deux des trois lauréats de cette cérémonie à Berlin n’ont pas pu recevoir directement leur prix, comme le journaliste berlinois Carl von Ossietzky avait été empêché d’aller chercher son prix Nobel de la Paix à Oslo en 1936, ou comme c’est arrivé aussi au défenseur chinois des libertés Liu Xiaobo en 2010, lui qui déjà n’avait pas pu recevoir le Prix Reporters sans frontières pour la liberté de la presse six ans plus tôt. Ces journalistes qui devraient être l’honneur de leur pays sont privés de leur liberté de voyager, et souvent de leur liberté tout court, mais leur engagement franchit les frontières sans que les dictateurs puissent rien faire pour l’empêcher”.

Créé en 1992, le Prix Reporters sans frontières a déjà récompensé le futur Prix Nobel de la paix Liu Xiaobo, le blogueur saoudien emprisonné Raïf Badawi, le journal turc Cumhuriyet… Le Prix contribue chaque année à la défense du journalisme. Outre leurs dimensions honorifiques, les prix remis aux lauréats sont accompagnés d’une dotation d’une valeur de 2500 euros.

TV5MONDE est le partenaire historique du Prix RSF.
L’édition 2019 du Prix est également soutenue par le fournisseur de messagerie Posteo et le groupe média Intan.

A propos de TV5MONDE

TV5MONDE, la chaîne culturelle francophone mondiale, a pour vocation de promouvoir la création francophone et la langue française à travers le monde. Présent dans 198 pays et auprès de 364 millions de foyers, TV5MONDE, qui sous-titre ses programmes en 14 langues, est l’un des plus grands réseaux mondiaux de télévision avec 9 chaînes généralistes régionalisées et 2 chaînes thématiques (TiVi5MONDE et TV5MONDE Style). La chaîne fait rayonner les programmes de ses chaînes partenaires, ses émissions propres et diffuse des œuvres francophones tels que le cinéma, la fiction, le documentaire ou le spectacle vivant.

Erol Önderoğlu enfin acquitté dans un procès, un autre se profile

Erol Önderoğlu enfin acquitté dans un procès, un autre se profile

Après trois ans de persécution, le représentant de Reporters sans frontières (RSF) en Turquie Erol Önderoğlu a enfin été acquitté ce 17 juillet, tout comme ses confrères Şebnem Korur Fincancı et Ahmet Nesin. Mais il n’est pas tiré d’affaire : un autre procès à son encontre s’ouvrira le 7 novembre.

Enfin ! Accusés de « propagande terroriste », « d’apologie du crime » et « d’incitation au crime », le représentant de RSF en Turquie Erol Önderoğlu, la défenseure des droits humains Şebnem Korur Fincancı et l’écrivain Ahmet Nesin ont été acquittés ce 17 juillet. Ils étaient poursuivis pour avoir pris la direction symbolique du journal Özgür Gündem, un jour chacun, en 2016. Une manière de défendre le pluralisme face à la persécution de ce titre, fermé manu militari en août 2016.

Qui est Erol Önderoglu ?Lire son portrait

Erol Önderoğlu est désormais visé par un second procès, qui s’ouvrira le 7 novembre. La justice lui reproche cette fois d’avoir manifesté sa solidarité avec des centaines d’universitaires traînés en justice pour une pétition pacifiste. Une action qui lui vaut à nouveau d’être accusé de « propagande terroriste » aux côtés de seize autres activistes.

L’acquittement d’Erol Onderoglu est une victoire exceptionnelle de la justice et de la liberté de la presse dans un pays où l’une et l’autre sont violées chaque jour” déclare Christophe Deloire, secrétaire général de RSF « Notre profond soulagement est malheureusement teinté d’amertume, puisqu’Erol Önderoğlu est de nouveau appelé à la barre dans quatre mois. Le harcèlement de ce défenseur historique de la liberté de la presse est une profonde injustice. Nous appelons la justice à faire preuve du même bon sens qu’aujourd’hui et à abandonner sans délai ces nouvelles poursuites. »

« Je remercie chaleureusement tous ceux qui nous ont soutenu pendant ce procès, déclare Erol Önderoğlu. Le combat continue pour tous nos collègues injustement poursuivis ou emprisonnés. »

La Turquie occupe la 157e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi en 2019 par RSF. Déjà très préoccupante, la situation des médias est devenue critique après la tentative de putsch de juillet 2016 : de nombreux médias ont été fermés sans aucun recours effectif, les procès de masse se succèdent et le pays détient le record mondial du nombre de journalistes professionnels emprisonnés.

 

Quarante ans de mensonges d’Etat : RSF dévoile l’existence d’un fichier inédit de la justice iranienne

Quarante ans de mensonges d’Etat : RSF dévoile l’existence d’un fichier inédit de la justice iranienne

Actualités

A partir d’un registre officiel de la justice iranienne que s’est procuré Reporters sans frontières, l’ONG révèle que 860 journalistes et journalistes-citoyens ont été poursuivis, arrêtés, détenus, voire exécutés entre 1979 et 2009 par le régime iranien.

Lire l’article sur RSF MondeQuarante ans de mensonges d’Etat : RSF dévoile l’existence d’un fichier inédit de la justice iranienne

Bilan RSF 2018 des violences contre les journalistes : “Tous les voyants sont au rouge”

Bilan RSF 2018 des violences contre les journalistes : “Tous les voyants sont au rouge”

Reporters sans frontières (RSF) publie ce 18 décembre son bilan annuel des exactions commises contre les journalistes dans le monde. En 2018, 80 journalistes ont été tués, 348 sont actuellement en détention et 60 sont otages. Des chiffres en hausse qui traduisent une violence inédite contre les journalistes.

Qu’il s’agisse d’assassinats, d’emprisonnements, de prises d’otages ou de disparitions forcées, les violences commises contre les journalistes en 2018 dans le monde sont en nette hausse. C’est ce que révèle Reporters sans frontières dans son bilan annuel. L’année 2018 a été particulièrement meurtrière avec 80 journalistes* tués dans l’exercice de leurs fonctions (+8%). Après trois années de baisse, le nombre de journalistes professionnels tués est en hausse de 15% : 63 homicides contre 55 l’an dernier. Les assassinats très médiatisés de l’éditorialiste saoudien Jamal Khashoggi ou du jeune journaliste de données slovaque Jan Kuciak ont mis en lumière la détermination sans limite des ennemis de la liberté de la presse. En 2018, plus de la moitié des journalistes tués ont été sciemment visés et assassinés.

Les violences contre les journalistes atteignent un niveau inédit cette année ; tous les voyants sont au rouge, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. La haine contre les journalistes proférée, voire même revendiquée, par des leaders politiques, religieux ou des businessmen sans scrupules a des conséquences dramatiques sur le terrain et se traduit par une hausse inquiétante des violations à l’égard des journalistes. Démultipliés par les réseaux sociaux, qui portent à cet égard une lourde responsabilité, ces sentiments haineux légitiment ces violences et affaiblissent, un peu plus chaque jour, le journalisme et, avec lui, la démocratie.

Lors de la publication de la dernière édition du Classement mondial de la liberté de la presse en avril dernier, RSF s’inquiétait déjà de cette haine affichée envers les médias de la part de responsables politiques et de la volonté des régimes autoritaires d’exporter leurs contre-modèles.

Des détenus et des otages toujours plus nombreux

Avec 15 morts, l’Afghanistan est cette année le pays le plus meurtrier pour le journalisme, suivi par la Syrie (11) et le Mexique (9), pays en paix le plus dangereux pour les journalistes. Autre fait notable : l’entrée des Etats-Unis parmi les pays les plus meurtriers au monde après la fusillade sanglante contre la rédaction du Capitol Gazette.

Le nombre de journalistes détenus dans le monde est lui aussi en hausse : 348 contre 326 en 2017. Comme l’an dernier, cinq pays détiennent à eux seuls plus de la moitié des journalistes emprisonnés : L’Iran, l’Arabie saoudite, l’Egypte, la Turquie et la Chine. Ce dernier pays reste la plus grande prison du monde avec 60 journalistes détenus dont ¾ de non-professionnels. Le nombre d’otages a lui aussi augmenté de 11% avec 60 journalistes captifs à ce jour contre 54 l’an dernier. Cinquante-neuf d’entre eux sont retenus au Moyen-Orient (Syrie, Irak et Yémen). Parmi eux, six sont des étrangers. En dépit de la défaite de l’Etat islamique en Irak et de son recul en Syrie, peu d’informations ont filtré sur le sort de ces otages, à l’exception du Japonais Jumpei Yasuda qui a retrouvé la liberté après trois ans de captivité en Syrie. Un journaliste ukrainien est lui toujours aux mains des autorités autoproclamées de la “République populaire de Donetsk” (DNR) qui l’accusent d’être un espion.  Enfin, RSF a enregistré trois nouveaux cas de journalistes disparus au cours de l’année, deux en Amérique latine et un en Russie.

Établi chaque année depuis 1995 par RSF, le bilan annuel des exactions commises contre les journalistes se fonde sur des données précises. RSF procède à une minutieuse collecte d’informations permettant d’affirmer avec certitude, ou du moins une très forte présomption, que la détention, l’enlèvement, la disparition ou la mort d’un journaliste est une conséquence directe de l’exercice de sa profession.

*Ce chiffre comprend les journalistes professionnels, les non professionnels et les collaborateurs des médias.

télécharger le rapport RSF Bilan 2018_f

 

L’engagement de chefs d’Etat et de gouvernement sur la base de la Déclaration sur l’information et la démocratie : “une démarche historique”

L’engagement de chefs d’Etat et de gouvernement sur la base de la Déclaration sur l’information et la démocratie : “une démarche historique”

Dimanche 11 novembre, à l’occasion du Forum de Paris sur la paix, 12 pays démocratiques ont lancé un processus politique sur l’information et la démocratie. Ils se sont engagés sur la base de la Déclaration édictée par la Commission mise en place à l’initiative de Reporters sans frontières (RSF)

C’est à l’évidence une démarche historique en faveur de garanties démocratiques sur l’information et la liberté d’opinion. Depuis l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’Homme en 1948, jamais des chefs d’Etat de pays démocratiques ne s’étaient mobilisés sur une position aussi forte en faveur de la liberté, de l’indépendance, du pluralisme et de la fiabilité de l’information, sur la base d’une déclaration édictée par une Commission indépendante. Le 11 novembre, à l’occasion du Forum de Paris sur la paix, 12 chefs d’Etat et de gouvernement (Burkina Faso, Canada, Costa Rica, Danemark, France, Lettonie, Liban, Lituanie, Norvège, Sénégal, Suisse, Tunisie) ont répondu à l’appel lancé par la Commission sur l’information et la démocratie, présidée par Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), et Shirin Ebadi, lauréate du Prix Nobel de la paix.

Pour cette initiative, six chefs d’Etat et de gouvernement étaient réunis pendant une heure, de 17h à 18h, dans la salle de presse du Forum de Paris à la Grande Halle de la Villette. Dans son allocution de présentation de la Déclaration avec Shirin Ebadi, Christophe Deloire a déclaré que “Reporters sans frontières a initié cette Commission sur l’information et la démocratie au moment même où la démocratie connaît une crise profonde qui est aussi une crise systémique de l’espace public : (…) rumeurs, désinformation érigée en modèle, affaiblissement du journalisme de qualité, violence parfois extrême contre les reporters… Au-delà de ces phénomènes, a expliqué le co-président de la Commission, il est de notre responsabilité de considérer les causes structurelles et de prendre les mesures appropriées (…) car les démocraties, ouvertes, subissent de plein fouet ces bouleversements, tandis que les régimes despotiques en tirent profit”.

Le président de la République française Emmanuel Macron, qui avait reçu la Commission à l’Elysée le 11 septembre, à l’occasion de sa première réunion à Paris, a déclaré : “Nous sommes aujourd’hui à un tournant majeur 70 ans après l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, la liberté d’opinion et d’expression qui est au fondement de nos démocraties et dont nous pensions les progrès irréversibles, se trouve à nouveau menacée et contestée,” avant d’ajouter “je soutiens votre initiative, je suis favorable en nous inspirant de la déclaration présentée aujourd’hui à ce que nous nous mettions d’accord sur un ensemble d’engagements et à ce que nous nous efforcions de rallier à ces engagements le maximum d’Etats. Je suis favorable à ce que nous mettions en place un groupement international d’experts sur ce sujet, parce qu’il n’y a pas de bonheur sans liberté et de liberté sans courage. Vous avez décidé de prendre vos responsabilités, je pense que nous devons en tant que chefs d’Etat et de gouvernement les prendre aussi, et donc je veux ici dire la mobilisation complète de la France dans ce soutien et remercier mes amis chefs d’Etat et de gouvernement ici présents qui je le sais partagent cela.

Puis, sur scène, ont tour à tour pris la parole les présidents Carlos Alvarado (Costa Rica), Beji Caïd Essebsi (Tunisie), Macky Sall (Sénégal), et les Premiers ministres Justin Trudeau (Canada) et Erna Solberg (Norvège). Cette dernière a rappelé l’attachement de son pays à tout appel en faveur de la paix mondiale, des droits de l’Homme et du développement durable. “Sans la liberté d’expression et une vraie communication et un vrai espace pour cela, l’Etat de droit est menacé, les institutions qui les protègent seront sapées, a-t-elle expliqué.

Saluant le travail de Reporters sans frontières (RSF) pour la défense des journalistes et de la liberté de la presse, le président du Sénégal, Macky Sall, a indiqué qu’“en Afrique, il y a une volonté de plus en plus affirmée d’assurer la protection des journalistes et de créer les conditions d’un exercice digne de ce processus“. Le président sénégalais a déclaré “s’engager pleinement à accompagner le Pacte pour l’information et la démocratie”.  Tout comme le président tunisien, Beji Caïd Essebsi qui a soutenu pleinement lors de son discours le processus politique sur l’information et la démocratie. “Nous sommes venus ici pour vous dire : oui, nous sommes pour cette initiative et justement l’avenir nous apportera la preuve.

De son côté, le Premier ministre canadien, Justin Trudeau a rappelé la responsabilité des dirigeants de démocraties libres “de soutenir le besoin d’avoir des médias forts et indépendants en qui nos concitoyens ont confiance. Le Canada, a-t-il affirmé, s’engage à défendre la presse libre auprès de la Commission initiée par Reporters sans frontières”.

Le président du Costa Rica a également rappelé l’importance de maintenir “un espace public pluraliste et libre, et de préserver l’accès à information”. “Le pluralisme et la liberté d’opinion doivent être garantis. L’accès à des données factuelles, l’accès à la connaissance notamment en ce qui concerne les événements actuels relèvent d’un droit fondamental,” a ajouté le chef d’Etat.

La directrice générale de l’Unesco, Audrey Azoulay, et le secrétaire général du Conseil de l’Europe, Thorbjørn Jagland, ont également affiché leur soutien à la tribune. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres (ONU), avait d’ailleurs enregistré un message vidéo quelques jours plus tôt dans lequel il assurait : “Je salue l’initiative que vous avez prise de créer la Commission sur l’information et la démocratie. Elle intervient à un moment critique, où les nouveaux moyens de communication et de diffusion de l’information sont en train de transformer notre monde. Il est plus important que jamais d’avoir accès à des informations pertinentes et fiables. Or cette liberté est de plus en plus menacée (…). Aujourd’hui plus que jamais, nous devons réaffirmer l’importance du débat public, et rappeler qu’il doit se dérouler dans la rigueur et le respect, reposer sur des informations exactes et être ouvert à des voix plurielles. Je vous remercie de contribuer à ouvrir le chemin.

Les Etats, contactés par Reporters sans frontières à raison de leur respect des standards démocratiques, de leur place au Classement mondial de la liberté de la presse et des qualités personnelles de leurs dirigeants, se sont engagés à défendre des garanties démocratiques dans l’espace global de l’information et de la communication en prenant pour référence la Déclaration internationale sur l’information et la démocratie publiée lundi 5 novembre. Après avoir salué “le travail de la Commission internationale indépendante sur l’information et la démocratie initiée par Reporters sans frontières (RSF)”, les chefs d’Etat et de gouvernement ont annoncé avoir “décidé de lancer, en s’inspirant des principes énoncés par cette déclaration, une initiative pour l’information et la démocratie”. A travers cette initiative, ils réitèrent leur engagement en faveur de la liberté d’opinion et d’expression. Les chefs d’Etat et de gouvernement annoncent qu’ils “définiront les objectifs à suivre pour en garantir l’exercice dans le contexte technologique et politique du 21ème siècle”.

“Nous remercions les chefs d’Etat et de gouvernement d’avoir entendu notre appel”, a déclaré Christophe Deloire, co-président de la Commission sur l’information et la démocratie, avant d’ajouter qu’il est nécessaire de créer “un Groupe international d’experts pour l’information et la démocratie, à l’instar de ce qu’est le GIEC pour le réchauffement climatique. La comparaison avec le processus sur le climat ne relève pas du hasard, car comme pour le climat, il y a pour l’information et la démocratie un risque de spirale et d’emballement. L’écosystème de l’information est lui aussi déréglé. Le point de rupture est proche”, a conclu Christophe Deloire.

Présents à l’évènement, cinq membres de la Commission ont tour à tour pris la parole afin de rappeler que le journalisme, sous le feu de nombreuses menaces, est plus que jamais essentiel pour protéger la démocratie. “Il faut une information qui soit fiable, qui ne soit pas corrompue et aujourd’hui l’un des fléaux auquel on fait face ce sont les nouvelles corrompues comme la commission l’a souligné,” a déclaré l’économiste indien Amartya Sen.

La Commission est composée de 25 personnalités de 18 nationalités : les lauréats du Nobel Amartya Sen, Joseph Stiglitz et Mario Vargas Llosa, la lauréate du prix Sakharov Hauwa Ibrahim, et également, par ordre alphabétique, des spécialistes des nouvelles technologies, d’anciens dirigeants d’organisations internationales, des juristes et journalistes, à savoir Emily Bell, Yochai Benkler, Teng Biao, Nighat Dad, Can Dündar, Primavera de Filippi, Mireille Delmas-Marty, Abdou Diouf, Francis Fukuyama, Ulrik Haagerup, Ann Marie Lipinski, Adam Michnik, Eli Pariser, Antoine Petit, Navi Pillay, Maria Ressa, Marina Walker, Aidan White et Mikhail Zygar.

voir l’interview de Christophe Deloire