L’engagement de chefs d’Etat et de gouvernement sur la base de la Déclaration sur l’information et la démocratie : “une démarche historique”

L’engagement de chefs d’Etat et de gouvernement sur la base de la Déclaration sur l’information et la démocratie : “une démarche historique”

Dimanche 11 novembre, à l’occasion du Forum de Paris sur la paix, 12 pays démocratiques ont lancé un processus politique sur l’information et la démocratie. Ils se sont engagés sur la base de la Déclaration édictée par la Commission mise en place à l’initiative de Reporters sans frontières (RSF)

C’est à l’évidence une démarche historique en faveur de garanties démocratiques sur l’information et la liberté d’opinion. Depuis l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’Homme en 1948, jamais des chefs d’Etat de pays démocratiques ne s’étaient mobilisés sur une position aussi forte en faveur de la liberté, de l’indépendance, du pluralisme et de la fiabilité de l’information, sur la base d’une déclaration édictée par une Commission indépendante. Le 11 novembre, à l’occasion du Forum de Paris sur la paix, 12 chefs d’Etat et de gouvernement (Burkina Faso, Canada, Costa Rica, Danemark, France, Lettonie, Liban, Lituanie, Norvège, Sénégal, Suisse, Tunisie) ont répondu à l’appel lancé par la Commission sur l’information et la démocratie, présidée par Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), et Shirin Ebadi, lauréate du Prix Nobel de la paix.

Pour cette initiative, six chefs d’Etat et de gouvernement étaient réunis pendant une heure, de 17h à 18h, dans la salle de presse du Forum de Paris à la Grande Halle de la Villette. Dans son allocution de présentation de la Déclaration avec Shirin Ebadi, Christophe Deloire a déclaré que “Reporters sans frontières a initié cette Commission sur l’information et la démocratie au moment même où la démocratie connaît une crise profonde qui est aussi une crise systémique de l’espace public : (…) rumeurs, désinformation érigée en modèle, affaiblissement du journalisme de qualité, violence parfois extrême contre les reporters… Au-delà de ces phénomènes, a expliqué le co-président de la Commission, il est de notre responsabilité de considérer les causes structurelles et de prendre les mesures appropriées (…) car les démocraties, ouvertes, subissent de plein fouet ces bouleversements, tandis que les régimes despotiques en tirent profit”.

Le président de la République française Emmanuel Macron, qui avait reçu la Commission à l’Elysée le 11 septembre, à l’occasion de sa première réunion à Paris, a déclaré : “Nous sommes aujourd’hui à un tournant majeur 70 ans après l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, la liberté d’opinion et d’expression qui est au fondement de nos démocraties et dont nous pensions les progrès irréversibles, se trouve à nouveau menacée et contestée,” avant d’ajouter “je soutiens votre initiative, je suis favorable en nous inspirant de la déclaration présentée aujourd’hui à ce que nous nous mettions d’accord sur un ensemble d’engagements et à ce que nous nous efforcions de rallier à ces engagements le maximum d’Etats. Je suis favorable à ce que nous mettions en place un groupement international d’experts sur ce sujet, parce qu’il n’y a pas de bonheur sans liberté et de liberté sans courage. Vous avez décidé de prendre vos responsabilités, je pense que nous devons en tant que chefs d’Etat et de gouvernement les prendre aussi, et donc je veux ici dire la mobilisation complète de la France dans ce soutien et remercier mes amis chefs d’Etat et de gouvernement ici présents qui je le sais partagent cela.

Puis, sur scène, ont tour à tour pris la parole les présidents Carlos Alvarado (Costa Rica), Beji Caïd Essebsi (Tunisie), Macky Sall (Sénégal), et les Premiers ministres Justin Trudeau (Canada) et Erna Solberg (Norvège). Cette dernière a rappelé l’attachement de son pays à tout appel en faveur de la paix mondiale, des droits de l’Homme et du développement durable. “Sans la liberté d’expression et une vraie communication et un vrai espace pour cela, l’Etat de droit est menacé, les institutions qui les protègent seront sapées, a-t-elle expliqué.

Saluant le travail de Reporters sans frontières (RSF) pour la défense des journalistes et de la liberté de la presse, le président du Sénégal, Macky Sall, a indiqué qu’“en Afrique, il y a une volonté de plus en plus affirmée d’assurer la protection des journalistes et de créer les conditions d’un exercice digne de ce processus“. Le président sénégalais a déclaré “s’engager pleinement à accompagner le Pacte pour l’information et la démocratie”.  Tout comme le président tunisien, Beji Caïd Essebsi qui a soutenu pleinement lors de son discours le processus politique sur l’information et la démocratie. “Nous sommes venus ici pour vous dire : oui, nous sommes pour cette initiative et justement l’avenir nous apportera la preuve.

De son côté, le Premier ministre canadien, Justin Trudeau a rappelé la responsabilité des dirigeants de démocraties libres “de soutenir le besoin d’avoir des médias forts et indépendants en qui nos concitoyens ont confiance. Le Canada, a-t-il affirmé, s’engage à défendre la presse libre auprès de la Commission initiée par Reporters sans frontières”.

Le président du Costa Rica a également rappelé l’importance de maintenir “un espace public pluraliste et libre, et de préserver l’accès à information”. “Le pluralisme et la liberté d’opinion doivent être garantis. L’accès à des données factuelles, l’accès à la connaissance notamment en ce qui concerne les événements actuels relèvent d’un droit fondamental,” a ajouté le chef d’Etat.

La directrice générale de l’Unesco, Audrey Azoulay, et le secrétaire général du Conseil de l’Europe, Thorbjørn Jagland, ont également affiché leur soutien à la tribune. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres (ONU), avait d’ailleurs enregistré un message vidéo quelques jours plus tôt dans lequel il assurait : “Je salue l’initiative que vous avez prise de créer la Commission sur l’information et la démocratie. Elle intervient à un moment critique, où les nouveaux moyens de communication et de diffusion de l’information sont en train de transformer notre monde. Il est plus important que jamais d’avoir accès à des informations pertinentes et fiables. Or cette liberté est de plus en plus menacée (…). Aujourd’hui plus que jamais, nous devons réaffirmer l’importance du débat public, et rappeler qu’il doit se dérouler dans la rigueur et le respect, reposer sur des informations exactes et être ouvert à des voix plurielles. Je vous remercie de contribuer à ouvrir le chemin.

Les Etats, contactés par Reporters sans frontières à raison de leur respect des standards démocratiques, de leur place au Classement mondial de la liberté de la presse et des qualités personnelles de leurs dirigeants, se sont engagés à défendre des garanties démocratiques dans l’espace global de l’information et de la communication en prenant pour référence la Déclaration internationale sur l’information et la démocratie publiée lundi 5 novembre. Après avoir salué “le travail de la Commission internationale indépendante sur l’information et la démocratie initiée par Reporters sans frontières (RSF)”, les chefs d’Etat et de gouvernement ont annoncé avoir “décidé de lancer, en s’inspirant des principes énoncés par cette déclaration, une initiative pour l’information et la démocratie”. A travers cette initiative, ils réitèrent leur engagement en faveur de la liberté d’opinion et d’expression. Les chefs d’Etat et de gouvernement annoncent qu’ils “définiront les objectifs à suivre pour en garantir l’exercice dans le contexte technologique et politique du 21ème siècle”.

“Nous remercions les chefs d’Etat et de gouvernement d’avoir entendu notre appel”, a déclaré Christophe Deloire, co-président de la Commission sur l’information et la démocratie, avant d’ajouter qu’il est nécessaire de créer “un Groupe international d’experts pour l’information et la démocratie, à l’instar de ce qu’est le GIEC pour le réchauffement climatique. La comparaison avec le processus sur le climat ne relève pas du hasard, car comme pour le climat, il y a pour l’information et la démocratie un risque de spirale et d’emballement. L’écosystème de l’information est lui aussi déréglé. Le point de rupture est proche”, a conclu Christophe Deloire.

Présents à l’évènement, cinq membres de la Commission ont tour à tour pris la parole afin de rappeler que le journalisme, sous le feu de nombreuses menaces, est plus que jamais essentiel pour protéger la démocratie. “Il faut une information qui soit fiable, qui ne soit pas corrompue et aujourd’hui l’un des fléaux auquel on fait face ce sont les nouvelles corrompues comme la commission l’a souligné,” a déclaré l’économiste indien Amartya Sen.

La Commission est composée de 25 personnalités de 18 nationalités : les lauréats du Nobel Amartya Sen, Joseph Stiglitz et Mario Vargas Llosa, la lauréate du prix Sakharov Hauwa Ibrahim, et également, par ordre alphabétique, des spécialistes des nouvelles technologies, d’anciens dirigeants d’organisations internationales, des juristes et journalistes, à savoir Emily Bell, Yochai Benkler, Teng Biao, Nighat Dad, Can Dündar, Primavera de Filippi, Mireille Delmas-Marty, Abdou Diouf, Francis Fukuyama, Ulrik Haagerup, Ann Marie Lipinski, Adam Michnik, Eli Pariser, Antoine Petit, Navi Pillay, Maria Ressa, Marina Walker, Aidan White et Mikhail Zygar.

voir l’interview de Christophe Deloire

Prix RSF 2018 pour la liberté de la presse

Prix RSF 2018 pour la liberté de la presse

Ce 8 novembre, Reporters sans frontières (RSF) remet le Prix pour la liberté de la presse 2018 au journaliste maltais Matthew Caruana Galizia, à l’Indienne Swati Chaturvedi ainsi qu’à la journaliste philippine Inday Espina-Varona, lors d’une cérémonie organisée pour la première fois à Londres. Un prix spécial a été décerné à la journaliste britannique Carole Cadwalladr.

Pour la première fois de son histoire, RSF remet le Prix pour la liberté de la presse 2018 à Londres, lors d’une cérémonie organisée à la Getty Images Gallery, ce jeudi 8 novembre. La cérémonie, présentée par Lindsey Hilsum, chef du service international de Channel 4 News, a réuni de nombreux invités prestigieux, parmi lesquels Eve Pollard, présidente du conseil d’administration du bureau de RSF à Londres et figure légendaire de Fleet Street, Lyse Doucet, journaliste emblématique de la BBC, le dissident chinois Wu’er Kaixi et deux anciens lauréats du Prix RSF, les journalistes turc et syrienne, Can Dündar et Zaina Erhaim…

Le Prix du Courage
Le Prix du Courage, qui récompense un journaliste pour avoir fait preuve de courage dans l’exercice, la défense ou la promotion du journalisme, a été décerné à Swati Chaturvedi. Cette journaliste d’investigation indienne a fait l’objet de violentes campagnes de harcèlement en ligne pour ses enquêtes sur la “cellule IT” du parti du Premier ministre Narendra Modi (BJP), célèbre pour entretenir une armée de trolls déchaînés. En recueillant des témoignages au coeur même de cette cellule, elle a révélé comment ces millions de “yoddhas” (“guerriers” en hindi), comme les surnomme Narendra Modi, sont chargés d’attaquer sur les réseaux sociaux les journalistes ciblés par le parti nationaliste hindou.

 

 

Le Prix de l’Impact
Le Prix de l’Impact, qui récompense un journaliste dont le travail a permis une amélioration concrète de la liberté, l’indépendance et le pluralisme du journalisme ou une prise de conscience sur ce sujet, a été remis à Matthew Caruana Galizia, journaliste maltais, lauréat du Prix Pulitzer 2017 pour son travail sur les Panama Papers au sein du Consortium international de journalisme d’investigation (ICIJ). Matthew Caruana Galizia, 32 ans, est le fils de la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia, assassinée dans l’explosion de sa voiture piégée le 16 octobre 2017 à Malte. En 2018, Matthew Caruana Galizia a quitté l’ICIJ pour mener campagne en faveur d’une justice pleine et entière pour sa mère et pour toutes les affaires qu’elle avait mises en lumière lors de ses investigations, et qui lui ont coûté la vie.

 

 

Le Prix de l’Indépendance
Le Prix de l’Indépendance, qui récompense un journaliste pour sa résistance aux pressions financières, politiques, économiques ou religieuses, a été attribué à la Philippine Inday Espina-Varona. Journaliste chevronnée, par ailleurs très active sur les réseaux sociaux, Inday Espina-Varona a mené de nombreuses enquêtes sur des questions sensibles dans la société philippine, comme la prostitution des mineurs, les violences faites aux femmes, les questions LGBT ou encore le Front Moro de libération islamique sur l’île de Mindanao. Défenseuse acharnée de la liberté d’informer, elle représente aujourd’hui la résistance à la “démocrature” du président Rodrigo Duterte qui, depuis son arrivée au pouvoir en 2016, a lancé une guerre ouverte contre les médias indépendants.

 

 

Chaque année, le Prix RSF pour la liberté de la presse salue le courage, la ténacité et la qualité du travail de journalistes du monde entier qui n’hésitent pas à braver de nombreux obstacles et dangers pour la recherche de la vérité, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Nous espérons que ce Prix leur offrira soutien et protection afin qu’ils poursuivent leur travail face aux pressions croissantes exercées contre eux et contre leurs médias dans leurs pays d’origine.”

 

“L’esprit de RSF”
Un Prix spécial, “L’esprit de RSF”, créé pour récompenser un journaliste, un média ou une ONG britannique, a été décerné à la journaliste de The Guardian and The Observer, Carole Cadwalladr, pour son reportage sur la manipulation des processus démocratiques aux États-Unis et au Royaume-Uni. Son enquête a ainsi révélé le rôle de la société d’analyse de données Cambridge Analytica dans les campagnes de Trump et du Brexit. Ses reportages lui valent d’être, aujourd’hui encore, victime de pressions et de harcèlement.

 

 

A propos du Prix RSF
Créé en 1992, le Prix Reporters sans frontières a déjà récompensé le Prix Nobel de la paix, Liu Xiaobo, le blogueur saoudien emprisonné Raïf Badawi, le journal turc Cumhuriyet… Le Prix contribue chaque année aux avancées de la liberté de l’information en récompensant des journalistes et des médias s’étant illustrés dans la défense ou la promotion de la liberté de l’information. Outre leur dimension honorifique, les prix remis aux lauréats sont accompagnés d’une dotation d’une valeur de 2500 euros.

________________________
Partenaires 
TV5MONDE est le partenaire historique du Prix RSF.
Cette année, le Prix RSF est également soutenu par 4 New Square Solicitors, the European Publishers Council et Heineken.

A propos de TV5MONDE
TV5MONDE, la chaîne culturelle francophone mondiale, a pour vocation de promouvoir la création francophone et la langue française à travers le monde. Présent dans 198 pays et auprès de 370 millions de foyers, TV5MONDE, qui sous-titre ses programmes en 14 langues, est l’un des plus grands réseaux mondiaux de télévision avec 9 chaînes généralistes régionalisées et 2 chaînes thématiques (TiVi5MONDE et TV5MONDE Style). La chaîne fait rayonner les programmes de ses chaînes partenaires, ses émissions propres et diffuse des œuvres francophones tels que le cinéma, la fiction, le documentaire ou le spectacle vivant.

 


A PROPOS DE L’ÉVÉNEMENT :

·  le Prix pour la liberté de la presse 2018 a eu lieu le 8 novembre à la Gallerie Getty Images à Londres

·  Les lauréats seront disponibles à Londres pour des interviews les 8 et 9 novembre

·  Pour plus d’informations, demandes d’interviews et d’images, merci de contacter :
Rebecca Vincent, Directrice du bureau RSF Royaume-Uni à rvincent@rsf.org ou +44 (0) 7583 137 751
Padraig Reidy, Directeur éditorial, agence 89up à padraig@89up.org ou +44 (0) 7947 242 476.
Julie Bance, Chargée des relations presse au siège de RSF Paris à jbance@rsf.org ou +33 (0) 781 760 225

100 photos pour la liberté de la presse Vincent Munier

100 photos pour la liberté de la presse Vincent Munier

Des photos époustouflantes à la force hypnotique et aux blancs subtils : les animaux, tour à tour fragiles, puissants et gracieux, saisis dans leurs biotopes traités à l’égal de leurs habitants …

En cette fin d’année 2018, RSF met au pied des sapins un manifeste visuel pour la préservation de la biodiversité ! Vincent Munier, photographe au style inimitable, nous offre ses plus beaux clichés animaliers, de l’Antarctique au Japon en passant par la savane africaine et les Vosges.

Ouvrier horticole à 20 ans pour financer l’achat de son premier téléobjectif, puis reporter-photographe à L’Est Républicain, le jeune Vosgien décide en 2002 de se consacrer exclusivement et professionnellement à la vie sauvage. Très rapidement, il se fait connaître par une écriture unique où la brume, la pluie, la neige et le blizzard enveloppent poétiquement paysages graphiques et animaux rares, dont on distingue parfois seulement la silhouette. Ces images exceptionnelles naissent de quêtes lointaines dans les espaces inhabités près des pôles ou sur les hauts plateaux d’Asie et d’Afrique, et de longues patiences pour se fondre dans le grand blanc et y surprendre ses légitimes occupants : ours du Kamtchatka, loups de l’Arctique, manchots de l’Antarctique… Au fil de ses voyages et de ses exploits photographiques, Vincent Munier s’est naturellement imposé comme l’un des plus grands photographes animaliers de sa génération. Premier à avoir reçu le prix Eric Hosking du concours international de BBC Wildlife trois années de suite, il expose dans des galeries d’art et publie dans des magazines prestigieux à travers le monde.

DOSSIER SPÉCIAL ” LE JOURNALISME VERT BROIE DU NOIR “

Dans de nombreux pays du monde, les journalistes qui traitent d’environnement ressemblent de plus en plus à leurs confrères et consoeurs reporters de guerre ou spécialistes des mafias : quand on ne les assassine pas comme au Brésil, aux Philippines, au Mexique ou en Inde, quand on ne les emprisonne pas comme en Russie ou aux Etats-Unis, on tente par tous les moyens d’empêcher, de saboter ou de confiner leurs enquêtes. La criminalité environnementale et l’urgence écologique, qui décuplent leur courage, convaincront-elles les médias de leur accorder la primauté qui leur revient ?

Dossier de presse à télécharger : DP_MUNIER_V5

L’album est disponible ici

La “Déclaration internationale sur l’information et la démocratie” : des principes fondamentaux pour l’espace global de l’information et de la communication

La “Déclaration internationale sur l’information et la démocratie” : des principes fondamentaux pour l’espace global de l’information et de la communication

La Commission présidée par Christophe Deloire et Shirin Ebadi divulgue ce 5 novembre la “Déclaration internationale sur l’information et la démocratie”, qui pose les garanties démocratiques dans l’espace global de l’information et de la communication.

Soixante-dix ans après l’adoption à Paris de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, la “Déclaration internationale sur l’information et la démocratie” pose les principes fondamentaux de l’espace global de l’information et de la communication, un “bien commun de l’humanité”, est-il déclaré dans le préambule. L’organisation de cet espace “relève de la responsabilité de l’humanité toute entière, par l’intermédiaire d’institutions démocratiques”. Ce texte de six pages, publié lundi 5 novembre 2018, précise les garanties démocratiques pour la liberté, l’indépendance, le pluralisme et la fiabilité de l’information, dans un contexte de mondialisation, de digitalisation et de bouleversement de l’espace public.

La Commission sur l’information et la démocratie, présidée par Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), et Shirin Ebadi, lauréate du prix Nobel de la Paix, a adopté cette déclaration solennelle à l’unanimité des membres. La commission, qui s’était réunie pour la première fois les 11 et 12 septembre 2018 à Paris, a œuvré pendant près de deux mois, en procédant à des échanges notamment par les moyens technologiques. La lettre de mission, rédigée par les coprésidents, prévoyait que la déclaration constitue “une référence qui permette de mobiliser tous ceux qui sont attachés à préserver un espace public libre et pluraliste, condition de la démocratie”.

La Commission est composée de 25 personnalités de 18 nationalités, parmi lesquels les lauréats du Nobel Amartya Sen, Joseph Stiglitz et Mario Vargas Llosa, la lauréate du prix Sakharov Hauwa Ibrahim, et également, par ordre alphabétique, de spécialistes des nouvelles technologies, d’anciens dirigeants d’organisations internationales, de juristes et journalistes, à savoir Emily Bell, Yochai Benkler, Teng Biao, Nighat Dad, Can Dündar, Primavera de Filippi, Mireille Delmas-Marty, Abdou Diouf, Francis Fukuyama, Ulrik Haagerup, Ann Marie Lipinski, Adam Michnik, Eli Pariser, Antoine Petit, Navi Pillay, Maria Ressa, Marina Walker, Aidan White et Mikhail Zygar.

Qu’apporte cette Déclaration par rapport au corpus de droit et de déontologie en vigueur ? Reconnaître que l’espace global de la communication et de l’information est un bien commun de l’humanité, donne une base de légitimité à l’instauration de garanties démocratiques. La consécration d’un “droit à l’information”, entendu comme un droit à l’information fiable, est une innovation qui établit que les êtres humains sont titulaires d’un droit fondamental qui leur permet de revendiquer la réception d’informations collectées, traitées et diffusées de manière libre, conformément à un idéal d’engagement pour la vérité, de pluralité des points de vue et une méthode rationnelle d’établissement des faits. Cette extension prolonge une évolution historique du droit.

Alors que la notion de “liberté d’expression” est utilisée pour justifier l’irresponsabilité d’entités qui créent des moyens techniques, des architectures de choix et des normes pour l’espace de l’information et de la communication, la Déclaration rappelle que la liberté d’expression est un droit des individus, avec des exceptions limitées. Les entités structurantes doivent respecter des principes fondamentaux : leurs activités doivent par exemple respecter une neutralité politique, idéologique et religieuse et il leur revient d’assurer le pluralisme, notamment par la sérendipité, et de mettre en place des mécanismes de promotion de l’information fiable. Ces entités structurantes doivent être prévisibles pour ceux sur qui elles ont de l’influence, résistantes à la manipulation et transparentes à l’inspection.

La Déclaration s’attache aussi à consacrer la fonction sociale du journalisme, qui justifie un effort particulier pour assurer sa viabilité financière. Le journalisme a pour rôle d’être un « tiers de confiance » pour les sociétés. Les journalistes ont vocation à rendre compte de la réalité de la manière la plus large, la plus profonde et la plus pertinente possible, en s’attachant à décrire les événements mais aussi les situations complexes et les évolutions, en conservant un équilibre entre les aspects positifs et négatifs des activités humaines et en distinguant l’important du trivial. La liberté et la sécurité des journalistes, l’indépendance de l’information, le respect de la déontologie sont des conditions essentielles pour l’exercice du journalisme, quel que soit le statut de ceux qui l’exercent.

Comment mettre en œuvre les principes de la Déclaration ? La Commission réclame la mise en place d’un groupe international d’experts, dont le mandat et le financement permettraient de garantir l’indépendance à l’égard des sociétés privées comme des gouvernements. Ce groupe devrait avoir le pouvoir d’enquêter sur les pratiques et les incidences de celles-ci sur les moyens, architectures et normes de la communication. “Le contrôle démocratique nécessitera la participation permanente d’experts qui auront vocation à assurer à la fois la représentation de la diversité de l’humanité et l’évaluation rigoureuse des pratiques et conditions de la production de connaissance dans l’espace de l’information et de la communication”, précise la Déclaration.

Les membres de la Commission sur l’information et la démocratie lancent un appel, publié dans la presse internationale à partir du 5 novembre : “Nous appelons les dirigeants de bonne volonté de tous les continents à se mobiliser en faveur des modèles démocratiques et d’un débat public ouvert dans lequel les citoyens peuvent prendre leurs décisions sur la base de faits. L’espace global de la communication et de l’information, qui est un bien commun de l’humanité, doit être protégé en tant que tel, afin de favoriser l’exercice de la liberté d’expression et d’opinion en respectant les principes de pluralisme, de liberté, dignité et tolérance, ainsi que l’idéal de la raison et de la connaissance. Nous demandons l’expression d’un engagement fort dès le 11 novembre, à l’occasion du Forum sur la paix, lorsque des dizaines de dirigeants politiques seront réunis à Paris.

La “Déclaration internationale sur l’information et la démocratie” a été écrite en anglais. Deux traductions officielles, français et espagnol, sont actuellement disponibles. D’autres traductions officielles seront fournies ultérieurement

A propos de Reporters sans frontières

Reporters sans frontières (RSF) est une organisation non-gouvernementale à but non lucratif, reconnue d’intérêt public, indépendante, avec un statut consultatif à l’ONU, à l’Unesco, au Conseil de l’Europe, à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et à la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples. Avec un siège à Paris, elle dispose de bureaux, de sections ou de représentants dans 17 villes (Berlin, Bruxelles, Genève, Helsinki, Istanbul, Karachi, Kiev, Londres, Madrid, México, Rio de Janeiro, San Francisco, Stockholm, Taipei, Tunis, Vienne, Washington), de correspondants dans 130 pays et d’une quinzaine d’organisations partenaires locales.

Un mois après la mort de Khashoggi, RSF éteint symboliquement la tour Eiffel en hommage aux journalistes tués

Un mois après la mort de Khashoggi, RSF éteint symboliquement la tour Eiffel en hommage aux journalistes tués

A la veille de la Journée internationale de la fin de l’impunité des crimes commis contre les journalistes, et en hommage au célèbre éditorialiste saoudien assassiné le 2 octobre dernier et à ses confrères tués en raison de leur activité professionnelle, Reporters sans frontières (RSF) fait éteindre symboliquement la tour Eiffel. 

A 18 heures 30 précises, ce jeudi 1er novembre 2018, la tour Eiffel a été plongée dans le noir pendant une minute, le temps d’un hommage rendu en silence à Jamal Khashoggi, assassiné le 2 octobre dernier dans le consulat saoudien à Istanbul, ainsi qu’à tous les journalistes assassinés dans le monde et dont les meurtres restent impunis à ce jour.

Cet événement, qui a été rendu possible grâce au soutien de la mairie de Paris, a été organisé à la veille du 2 novembre, « Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes ». Depuis le début de l’année, 77 journalistes et collaborateurs de médias ont été tués. Dans neuf cas sur 10, les crimes commis contre les journalistes restent impunis.

L’assassinat barbare de Jamal Khashoggi montre qu’il n’y a plus de limite en terme d’élimination délibérée de journalistes, a déclaré Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, lors d’une conférence de presse organisée pour l’occasion, juste en face de la tour Eiffel, place de Varsovie. Pour protester contre cette situation insupportable à l’esprit, il fallait un geste fort comme celui d’éteindre l’un des monuments les plus emblématiques du monde. En plongeant ainsi la tour Eiffel dans le noir, la couleur du deuil, nous rendons hommage à nos confrères assassinés. Mais la lumière revenue signifie aussi aux tueurs de journalistes que tôt ou tard, justice devra être rendue.”

Au côté du secrétaire général de RSF se trouvaient également Fabiola Badawi, une ancienne collègue de Jamal Khashoggi, Andrew Caruana Galizia, l’un des fils de Daphné Caruana Galizia, la journaliste d’investigation maltaise tuée le 16 octobre dernier par l’explosion d’une bombe placée sous sa voiture, ainsi que Christophe Boisbouvier, journaliste à Radio France Internationale (RFI) et représentant de l’association des amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, qui ont été assassinés au Mali il y a tout juste cinq ans.

Une fois l’éclairage de la tour Eiffel rétabli, des portraits de Jamal Khashoggi ont été symboliquement brandis, au côté de ceux de Ghislaine Dupont, Claude Verlon et Daphné Caruana Galizia, avec le hashtag #NoImpunity.

Récit de la répression contre la liberté de l’information en Iran depuis le 1er janvier 2018

Récit de la répression contre la liberté de l’information en Iran depuis le 1er janvier 2018

26.10.2018 – Un journaliste arrêté en Iran pour une erreur de frappe dans un article écrire décéder à la place du martyre  

Reporters sans frontières (RSF) condamne fermement l’arrestation le 24 octobre 2018 de Poyan Khoshhal, journaliste pour le quotidien Ebtekar à Téhéran. Le jour même, le procureur de Téhéran a annoncé lors d’un point presse des poursuites pour « insulte envers le 3e imam chiite » dans un article. Suite à ces propos, une campagne de haine contre le journaliste s’est propagée sur les réseaux sociaux de la part d’internautes pro-régime qui ont publié sa photo et son numéro de téléphone. Le journaliste a également été licencié du journal par le directeur Mohammad Ali Vakili, député réformateur de Téhéran.

L’article incriminé, publié le 22 octobre 2018, portait en réalité sur des conseils médicaux et d’hygiène pour les pèlerins qui effectuent la grande marche politique et religieuse d’Arbain. Son crime avoir écrit le terme “décès” au lieu de “martyre” pour désigner l’imam Hussein, troisième imam chiite. Les raisons de l’arrestation du journaliste démontrent l’absurdité et l’obsession de la justice à trouver des prétextes pour faire taire les voix critiques contre la politique propagandiste du régime en utilisant des prétextes religieux.

———-

25.10.2018 – Saeed Malekpour malade et privé de soin

Reporters sans frontières (RSF) dénonce avec fermeté l’acharnement de la justice iranienne contre le journaliste-citoyen emprisonné Saeed Malekpour. Détenu depuis dix ans, il a été transféré à l’hôpital Taléghani de Téhéran, le 22 octobre 2018, à la suite d’une attaque cardiaque. Contre l’avis des médecins, il a regagné sa cellule deux jour plus tard. Pendant dix ans, il n’a bénéficié d’aucune journée de permission, contrairement à ce que prévoit la loi.

Ce concepteur de sites internet, résident permanent au Canada, a été arrêté en 2008 alors qu’il rendait visite à sa famille, mis au secret pendant plus d’un an à la prison d’Evin, et torturé, selon des informations recueillies par RSF. Condamné à mort en novembre 2010 pour création de sites “pornographiques” et “insultes aux principes sacrés de l’islam”. Saeed Malekpour avait créé un programme de téléchargement de photos, qui avait ensuite été utilisé, à son insu, pour diffuser des images pornographiques. Toujours emprisonné, sa peine a été réduit à la prison à vie.

———-

25.10.2018 – Un journaliste-citoyen libéré après 8 mois de prison

Reporters sans frontières (RSF) a appris la libération, le 19 octobre  2018, de Poriya Nouri, journaliste-citoyen, collaborateur du site Majzooban Nor. Il avait été arrêté avec les autres collaborateurs du site, dans la nuit du 19 au 20 février 2018, dans le quartier de Pasdaran (nord de Téhéran), en marge d’affrontements entre la police et des membres de cette communauté soufie iranienne.

———-

17.10.2018 Des journalistes portés disparu dans la prison de Téhéran depuis 50 jours

Cela fait maintenant 50 jours que les familles n’ont plus aucune nouvelle de leurs proches  membres du site Majzooban Nor, les journalistes Reza Entesari, Kasra Nouri, Mohammad Sharifi Moghadam, et les citoyens-journalistes Sina Entesari et Amir Nouri. Tous ont été séparés des autres détenus début septembre à la suite d’une intervention des gardes anti-émeute qui réprimaient un mouvement de protestation notamment contre les conditions de détention dégradantes des femmes dans la prison de Téhéran.

Depuis 50 jours, le ministère des Renseignements et les responsables pénitentiaires refusent de préciser aux familles où sont détenus ces journalistes ainsi que trois autres membres de la confrérie des derviches Gonabadi, Mehdi Eskandari, Hessam Moieni et Morteza Kangarlou.

RSF a demandé à Javaid Rehman, le nouveau Rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des droits de l’homme en Iran d’agir en faveur de ces journalistes arbitrairement arrêtés et injustement condamnés.

Les collaborateurs du site Majzooban Nor, qui s’avère être la seule source d’information indépendante de la communauté des derviches Gonabadi, ont été arrêtés dans la nuit du 19 au 20 février 2018, dans le quartier de Pasdaran, (nord de Téhéran) en marge d’affrontements entre la police et des membres de cette communauté soufie iranienne.

———–

06.09.2018 – Un journaliste acquitté après 15 mois de prison  

Reporters sans frontières (RSF) a appris la libération le 1er septembre 2018, d’Abdol Reza Davari, l’ancien directeur du quotidien Shahrvand et de l’agence officielle Irna. La cour suprême de Téhéran a annulé sa condamnation après quinze mois de prison. Le journaliste devait initialement purger une peine de trois ans de prison ferme. En septembre 2013, il avait été condamné pour trois commentaires sur sa page Facebook à six ans d’emprisonnement pour “insulte envers Ali Khamenei”, une peine réduite ensuite par le tribunal d’appel à trois ans de prison ferme.  Abdol Reza Davari a également été arrêté deux jours après avoir publié une lettre ouverte, dans laquelle il interpellait Ebrahim Raïssi et Mostafa Pour Mohammadi, tous les deux membres d’une commission qui a condamné à mort en 1988 des milliers de prisonniers politiques qui refusaient de renoncer à leurs convictions.

———-

04.09.2018 – Arrestation du Reza Khandan l’époux de l’avocat emprisonnée Nasrin Sotoudeh

Reporters sans frontières (RSF) condamne l’arrestation le 4 septembre 2018 de Reza Khandan, un mois et demi après celle de son épouse, Nasrin Sotoudeh, avocate de plusieurs journalistes, par des agents du ministère des Renseignements devant son domicile à Téhéran.

La veille de son arrestation, il avait signalé dans un post sur Facebook qu’un agent du ministère des Renseignements l’avait appelé et demandé de se présenter le lendemain au ministère avant de préciser : “ J’ai expliqué que cette convocation par téléphone sans décision de justice était illégale. Il m’a répondu :  donc vous serez arrêté. » Père de deux enfants, Reza Khandani publie régulièrement des informations sur les réseaux sociaux sur la situation de sa femme.

La veille de son arrestation, Reza Khandan avait également fait part de son inquiétude à propos de l’état de santé de son épouse et avait tenu le ministère des Renseignements responsable de sa situation, dans une interview avec Radio Farda ( Radio Free Europe).

Nasrin Sotoudeh, lauréate en 2012 du Prix Sakharov “pour la liberté de l’esprit”,  et avocate de plusieurs journalistes et journalistes-citoyens emprisonnées a été arrêtée le 13 juin 2018. Elle a entamé une grève de la faim depuis 10 jours pour protester contre son arrestation et sa condamnation à cinq ans de prison. Elle a été condamné par contumace à cinq ans de prison.

———–

28.08.2018 – Narges Mohammadi renvoyée dans sa cellule après avoir été hospitalisée

Reporters sans frontière s’inquiète de l’état de santé de la journaliste et militante des droits humains Narges Mohammadi qui, après dix jour d’hospitalisation, a été renvoyé en prison malgré son état de santé.

C’est la troisième fois au moins de quatre mois que Narges Mohammadi a dû être hospitalisée.  Le 28 mai 2017, elle l’avait été après une hémorragie utérine. La journaliste avait été renvoyée en prison deux jours après avoir subi une opération. Narges Mohammadi a de nouveau été hospitalisée le 30 juin 2018 suite d’une inflammation de la vésicule biliaire et des reins puis le 16 août dernier suite à un malaise.

Depuis trois ans Narges Mohammadi, est non seulement illégalement privée de soins nécessaires, mais en plus elle n’a bénéficié d’aucune permission de sortie, alors que la loi prévoit d’accorder un jour par mois de sortie à tous les détenus.

Emprisonnée depuis le 5 mai 2015, cette journaliste de 46 ans, également porte-parole du Centre des défenseurs des droits de l’Homme en Iran, a été condamnée à 16 ans de prison par un tribunal de Téhéran. Selon une loi adoptée à l’été 2015, un accusé condamné pour plusieurs délits ou crimes ne purge que la peine principale. La journaliste a ainsi été condamnée officiellement à 10 ans.

———-

17.08.2018 – Libération provisoire du journaliste Amir Hossein Miresmaili

Reporters sans frontières (RSF) a appris la libération provisoire, le 10 août 2018, du journaliste du quotidien Jahan Sanat (Le Monde de l’Industrie), Amir Hossein Miresmaili. La publication d’un tweet qui évoquait l’aide apportée aux Palestiniens de Gaza pendant le mois de Ramadan par la Fondation de Secours Imam Khomeini (Imam Khomeini Relief Foundation) lui avait valu d’être arrêté le 12 juillet dernier. Le journaliste a été libéré suite au versement d’une caution en attendant son jugement.

———-

18.07.2018 – Soheil Arabi condamné à une nouvelle peine de six ans prison ferme et sa femme à un an et demi

Reporters sans frontières (RSF) exprime sa plus vive indignation après la condamnation à six ans de prison ferme du lauréat du prix RSF 2017 dans la catégorie Journaliste-citoyen, Soheil Arabi et celle de son épouse, Nastaran Naïmi à un an et demi prison ferme, par la  28e chambre du tribunal de la révolution de Téhéran. Le journaliste-citoyen a été accusé de « propagande contre le régime » et « d’insultes envers les symboles sacrés de l’Islam » pour ces écrits en prison tandis que son épouse a été condamnée pour «assistance» à ces crimes et pour avoir publié des informations sur les conditions de détention de son mari.

Arrêté fin 2013 à Téhéran, maintenu pendant deux mois à l’isolement, Soheil Arabi a subi des mauvais traitements dans le but de lui faire notamment avouer son implication dans la mise en place d’un réseau sur Facebook blasphémant l’islam et diffusant des informations critiques du régime. S’en est suivie une longue saga judiciaire, au cours de laquelle il a été successivement condamné à trois ans de prison, 30 coups de fouets et une lourde amende, puis quelques mois plus tard à la peine capitale, peine finalement annulée. En septembre 2015, il a été condamné à sept ans et demi de prison ferme. En juillet 2017, sa femme a été arrêtée puis libérée huit jours plus tard. Elle est toujours la cible de harcèlement et de menaces.

Emprisonné et sous pression dans la grande prison de Téhéran, l’état de santé de Soheil Arabi est assez préoccupant suite à ses grèves de la faim successives et les traitements inhumains et dégradants infligés par les responsables des centres pénitentiaires. Cet acharnement de la justice iranienne contre lui et sa famille a pour but de lui faire cesser toutes critiques qu’il continue de proférer, même derrière les barreaux.

———–

16.07.2018 – Arrêté pour un tweet  

Reporters sans frontières (RSF) condamne l’arrestation le 12 juillet 2018 du journaliste du quotidien Jahan Sanat (Le Monde de l’Industrie), Amir Hossein Miresmaili. C’est un tweet qui évoquait l’aide apportée aux Palestiniens de Gaza pendant le mois de Ramadan par la Fondation de Secours Imam Khomeini (Imam Khomeini Relief Foundation) qui aurait valu au journaliste d’être interpellé. Cette puissante fondation est l’une des plus importantes organisations caritatives d’Iran et brasse des sommes colossales. Placée sous la responsabilité d’Ali Khamenei, la fondation, qui a plusieurs sections dans différents pays, dont la Palestine, la Somalie ou encore l’Afghanistan, fonctionne comme un Etat dans l’Etat. Le journaliste avait publié la confirmation d’une information, selon laquelle les déshérités de Gaza avaient été aidés avec de l’argent qui avait initialement été récolté par la Fondation pour aider les Iraniens. Les activités à l’étranger de la Fondation sont très contestées en Iran, où  selon des données officielles, au moins 20 millions de personnes vivent sous seuil de pauvreté.

Amir Hossein Miresmaili avait déjà été arrêté le 23 avril 2018, également pour un tweet considéré par les autorités judiciaires comme une « insulte envers les sacrés de l’Islam », avant d’être libéré 24 jours plus tard, après avoir versé une caution, en attendant son jugement.

———-

12.07.2018 – Lourd condamnation à la prison ferme et coup de fouet pour un journaliste-citoyen

Reporters sans frontières (RSF) dénonce la condamnation du journaliste citoyen Sadeq Qeisari à sept ans de prison ferme, 74 coups de fouets, deux ans interdictions d’activités journalistique et deux ans interdiction de sortie du territoire, qui a été rendue le 26  juin 2018 par le 15e chambre du tribunal de la révolution de Téhéran. Sadeq Queisari a été arrêté le 20 février 2018, dans le quartier de Pasdaran, (nord de Téhéran) lors de la répression de la protestation des derviches Gonabadi.  Bien qu’il ne soit pas membre du mouvement derviches Gonabadi et qu’il se trouvait sur les lieux de la manifestation dans un seul but de la couvrir, il a été condamné, comme de nombreux autres journalistes citoyens, à une lourde peine.

———-

02.07.2018 – La journaliste Narges Mohammadi de nouveau hospitalisée.

Reporters sans frontières (RSF) est extrêmement préoccupée par l’état de santé de Narges Mohammadi. La journaliste et militante des droits humains, qui souffre d’une inflammation de la vésicule biliaire et des reins, a été hospitalisée le 30 juin 2018.

La journaliste souffre de plusieurs maladies, notamment d’une paralysie musculaire. Le 28 mai 2017, elle avait déjà été hospitalisée après une hémorragie utérine. Opérée le lendemain, la journaliste avait été renvoyée en prison deux jours après.

RSF rappelle que Narges Mohammadi n’a rien à faire en prison et demande sa libération immédiate.

Proche collaboratrice de Shirin Ebadi, et porte-parole du Centre des défenseurs des droits de l’homme, (arbitrairement interdit en Iran depuis 2006) Narges Mohammadi a été arrêtée et condamnée à plusieurs reprises. Après avoir été libérée pour raison de santé, elle a été de nouveau  arrêtée le 5 mai 2015 pour purger une peine de six ans de prison. En mars 2017, elle a entamé une deuxième peine de prison, qui s’élève cette fois à 10 ans de prison ferme.

———-

19.06.2018 – Arrestation de l’avocate et défenseure des droits humains, Nasrin Sotoudeh

Reporters sans frontières (RSF) condamne fermement l’arrestation le 13 juin 2018 de l’avocate de plusieurs journalistes et journalistes-citoyens emprisonnées et lauréate en 2012 du Prix Sakharov “pour la liberté de l’esprit”, Nasrin Sotoudeh. Cette célèbre figure du combat pour les droits des femmes a été arrêtée à son domicile par des agents en civil du parquet du Téhéran, et transféré à la prison d’Evin. Un jour après son arrestation, lors  d’un bref appel téléphonique, elle a informée sa famille être poursuivie “pour avoir défendu les filles de l’avenue de la Révolution”, une référence qui désigne les femmes qui, depuis décembre 2017, descendent dans les rues de Téhéran pour protester contre les lois imposant le port obligatoire du voile.  Nasrin Sotoudeh est aussi accusée d’avoir relayé leurs messages dans les médias et sur les réseaux sociaux.

La célèbre avocate avait déjà été arrêtée en septembre 2010 après avoir dénoncé des arrestations arbitraires et illégales et demandé aux autorités de respecter les droits des personnes victimes d’injustice, dont les journalistes et journalistes-citoyens que le régime cherche à faire taire. Condamnée à six ans de prison, elle avait finalement été libérée trois ans plus tard grâce à la pression internationale.

Une fois libérée, Nasrin Sotoudeh n’a eu de cesse de dénoncer la répression du régime contre les droits fondamentaux des Iraniens. Dans des interviews accordées à la presse internationale, elle s’était notamment dressée contre la nouvelle loi sur la procédure pénale qui oblige désormais les prisonniers d’opinion à choisir leur avocat dans une liste confirmée par le responsable du système judiciaire.

———

12.06.2016 – Harcèlement judiciaire contre trois journalistes-citoyens emprisonnés

Sans aucune raison légale, le ministère des Renseignements s’est opposé à la libération conditionnelle de trois jeunes journalistes-citoyens, Mohammad Mohajer, Alireza Tavakoli et Mohammad Mehdi Zaman Zadeh. Arrêtés en septembre 2016, ils ont été jugés le 9 avril 2017, et condamnés à 12 ans de la prison ferme pour “insulte envers Ali Khamenei et Rouhollah Khomeiny, le fondateur du régime », «insulte envers des sacrés de l’islam» et «propagande contre le régime». Ces condamnations ont été ultérieurement réduites en appel à cinq ans de prison.

D’après des informations recueillies par RSF, la pression sur ces prisonniers s’est intensifiée ces deux derniers mois. Le directeur de la prison d’Evin leur interdit notamment de recevoir des médicaments et des vêtements. Mohammad Mohajer a également été privé de sortie de prison pour voir un médecin, en dépit d’un accord écrit du procureur.

———-

11.06.2018 – Condamnation de responsables de pages Telegram

Le porte-parole de la justice Golamhossien Mohsseni Ejehi a confirmé lors d’un point presse le 27 mai 2018 que « la justice avait demandé des peines allant de 91 jours à cinq ans de prison ferme pour 14 responsables de pages Telegram». D’autres dossiers sont également “en attente de réquisition judiciaire».

L’un d’eux concerne Hamidreza Amini, qui risque la peine capitale. Arrêté en décembre 2017, en tant que responsables de plusieurs chaînes d’information sur messagerie Telegram, il a déjà été condamné à verser une amende de quatre millions de toman pour la « publication des fausses informations destinées à troubler l’opinion publique». Selon son avocat, Hamidreza Amini est également poursuivi pour deux autres chefs d’accusation: “insultes envers le prophète de l’islam et les imams saints chiites” et « envers des institutions et des responsables du régime ». Les procès vont commencer le 25 juin prochain bien que les propos qui lui sont reprochés n’ont pas été écrits directement par le responsable de la page mais sont en fait des commentaires des internautes.

RSF a par ailleurs appris que le journaliste-citoyen Said Ali Bighi, proche du courant politique de l’ancien président controversé Mahmoud Ahmadinejad, a été condamné à cinq ans prison ferme et deux ans interdiction d’activités sur les réseaux sociaux pour ses activités sur la messagerie Telegram, et la publication d’articles et d’informations considérés commes des “insultes envers des institutions et responsables du régimes”.

———–

29.05.2018 – Vive préoccupation sur l’état de santé de Soheil Arabi

Reporters sans frontières (RSF) exprime sa plus vive inquiétude pour l’état de santé du lauréat du prix RSF 2017 dans la catégorie Journaliste-citoyen, Soheil Arabi. Le lundi 28 mai 2018, après cinq heures d’attente devant la grande prison de Téhéran, la mère du journaliste a été informé par les responsables du centre de détention que Soheil était interdit de visite. Ce sont finalement ses codétenus qui lui ont appris que Soheil avait été transféré à l’hôpital après une tentative de suicide.

Le journalistes-citoyen a finit pas regagner sa cellule mais la famille n’a toujours pas de nouvelle officielle sur sa santé.

RSF exige la libération immédiate et sans conditions de Soheil Arabi et rappelle que le traitement inhumain et dégradant réservé aux prisonniers d’opinion, notamment aux journalistes et aux journalistes-citoyens, constitue une violation flagrante de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques dont l’Iran est partie prenante. Ces mauvais traitements sont la cause de nombreux décès parmi les prisonniers.

———–

18.05.2018 – Procès inéquitable pour treize collaborateurs de Majzooban Nor après trois mois de détention arbitraire

Reporters sans frontières (RSF) condamne fermement l’attitude des autorités iraniennes contre les collaborateurs du site d’information indépendant Majzooban Nor. Près de 90 jours après leur arrestation, ces prisonniers sont toujours privés de leurs droits fondamentaux, en dépit de toutes les règles et lois du pays et du droit international. Les hommes se trouvent actuellement dans la prison de Téhéran et les 3 femmes (Sepideh Moradi, Avisha Jalaledin, Shima Entesari) sont elles dans la sinistre prison Gerchake. Tous sont privés de visites et de soins médicaux.

Arrêtés dans la nuit du 19 au 20 février 2018, Reza Entesari, Kasra Nouri, Mostafa Abdi, Saleh Moradi, Sina Entesari, amir Nouri, Mohammad Sharifi Moghadam, Mohammad Reza Darvishi, Abass Dehghan et Poriya Nouri, avaient été brutalement tabassés par les forces de l’ordre et les milices en civil. La majorité d’entre eux souffrent de factures notamment sur les mains et la tête.

Selon les informations recueillies par RSF, ces journalistes et journalistes-citoyens ont été sauvagement torturés par les forces de l’ordre et les agents des renseignements lors d’interrogations musclées au commissariat Shahpour (sud de Téhéran), un des pires endroits pour la torture des prisonniers de droit commun ou encore dans la section sécurité 209 de la prison d’Evin. A la veille du troisième mois de détention arbitraire, les procès de ces journalistes privés de leurs droits les plus élémentaires ont commencé à huis clos devant les tribunaux de la révolution, sans présence de leur avocat. Ils ont été accusés de « complot et réunion contre la sécurité nationale », « désobéissance aux ordres de la police » et « collaboration avec le site Majzooban Nor. »

———–

28.02.2018 – Deux journalistes Majzooban Nor gravement blessé transférés à la Grande Prison de Téhéran

Reporters sans frontières (RSF) a appris le transfert le 23 février 2018 vers la grande prison de Téhéran des deux journalistes du Majzooban Nor, Reza Entesari et Kasra Nouri, après leur sortie du coma. Ils avaient été arrêtés dans la nuit du lundi 19 au mardi 20 février 2018, avec plusieurs autres collaborateurs du site d’information, dont Mostafa Abdi, Avisha Jalaledin, Saleh Moradi, Sina Entesari,Shima Entesari, amir Nouri, Mohammad Sharifi Moghadam,Mohammad Reza Darvishi et Sepideh Moradi. Les journalistes avaient été brutalement tabassés par les forces de l’ordre et les milices en civil, comme le montre

la vidéo d’arrestations violentes des derviches Gonabadi, publié par le directeur du site.

———-

01.02.2018 – Le photographe Soheil Arabi victime de mauvais traitement en prison

Reporters sans frontières (RSF) s’inquiète de l’état de santé de Soheil Arabi, lauréat du prix RSF 2017 dans la catégorie Journaliste-citoyen, qui vient d’être transféré vers la grande prison de Téhéran ( sud de la capitale iranienne ) et en grève de la faim depuis le 25 janvier 2018. Le photographe a signalé à sa mère qu’il avait été la cible de violence de la part de ses gardiens lors de son transfert: « Treize personnes me sont tombées dessus et m’ont frappé, mais je continu ma grève de la faim.” Soheil Arabi a cessé de s’alimenter pour protester contre la décision des responsables pénitentiaires de transférer deux femmes prisonniers politique dans une prison réservée aux prisonniers de droits communs.

Arrêté fin 2013 à Téhéran, maintenu pendant deux mois à l’isolement, Soheil Arabi avait déjà subi des mauvais traitements dans le but de lui faire avouer son implication dans la mise en place d’un réseau sur Facebook blasphémant l’islam et diffusant des informations critiques du régime. S’en est suivie une longue saga judiciaire, au cours de laquelle il a été successivement condamné à trois ans de prison, 30 coups de fouets et une lourde amende, puis quelques mois plus tard à la peine capitale, peine finalement annulée.

———–

31.01.2018- L’arrestation de journaliste-citoyens se poursuit

Reporters sans frontières (RSF) a été informé de l’arrestation le 29 janvier 2018 d’Omid Delfani, administrateur de la chaîne Bahar é moghavemat ( Le Printemps de la Résistance) sur Telegram. Ce journaliste-citoyen, proche du courant politique de l’ancien président controversé Mahmoud Ahmadinejad, a été arrêté après que son domicile a été perquisitionné en son absence. Les motifs de son arrestation et le lieu de détention n’ont toujours pas été officiellement notifiés. Il s’agit du deuxième journaliste-citoyen arrêté dans la ville de Khorramabad (sud-ouest du pays).

———-

24.01.2018 – Libération de deux journalistes

Reporters sans frontières (RSF) a appris le 22 janvier 2018 avec soulagement la libération d’Afarine Chitsaz, journaliste pour le quotidien Iran, qui a finit de purger sa peine. Elle était l’une des victimes de la vague d’arrestations du 2 novembre 2015. Initialement condamnée à 10 ans de prison ferme le 7 mars 2016 pour “activités de propagande contre le régime” et “complot et insultes envers des responsables du régime », sa peine avait ensuite été réduite à deux ans de prison et deux ans d’interdiction d’activité journalistique par la 36ème chambre du Tribunal d’appel de Téhéran.

RSF a également été informé de la libération le 25 décembre 2017, d’Arash Zad rédacteur en chef de Weblogina et du blog http://arashzad.net/, aprés deux ans passé en prison. Le journaliste avait été arrêté à l’aéroport international de Téhéran le 31 juillet 2015 par les agents des renseignements des gardiens de la révolution. Pendant sa détention dans la prison d’Evin, sa famille avait préféré gardé le silence. Le journaliste a annoncé sa libération sur son compte twitter.

———-

23.01.2018 – Arrestation de journalistes-citoyens utilisant Telegram

Reporters sans frontières (RSF) dénonce l’arrestation de Yousef Hassani Tabar, directeur de la chaîne d’information Seh Noghteh ( Trois points) sur Telegram. Initialement libéré sous caution après avoir été inculpé par le parquet de la ville de Khorramabad (sud-ouest du pays), le journaliste-citoyen a été arrêté trois semaines plus tard par des agents en civil des gardiens de la révolution, puis transféré dans un lieu inconnu. Après s’être mis en grève de la faim, Yousef Hassani Tabar a finalement été transféré à la prison centrale de la ville. La maison de son père et son lieu de travail ont été perquisitionnés le 13 janvier dernier. Des agents en civil ont confisqué l’ensemble des téléphones portables de sa famille et de ses collègues. La chaîne Seh Noghteh a annoncé sa fermeture.

Le 8 janvier 2018, le procureur de la ville de Kerman (sud-est de l’Iran) a par ailleurs annoncé l’arrestation de huit directeurs de chaînes d’informations diffusant sur l’application de messagerie cryptée Telegram. RSF est actuellement en train de vérifier l’ensemble de ces cas.

Depuis le début de la nouvelle vague de protestation, qui a touché plus de 100 villes dans l’ensemble du pays, près de 3 700 personnes ont été arrêtées selon différentes sources, dont plusieurs journalistes citoyens.

———-

16.01.2018 – Telegram de nouveau accessible en Iran

Les autorités iraniennes ont débloqué l’application Telegram le 13 janvier 2018. La messagerie sécurisée était inaccessible depuis quinze jours, suite au refus de son fondateur Pavel Durov de fermer l’ensemble des chaînes d’opposition alors que le pays se trouvait confronté à une nouvelle vague de contestation. Telegram, très populaire en Iran est suivie par 40 millions d’utilisateurs. L’application a d’ailleurs continué à être utilisée pendant le blocage via des VPN.

Parallèlement, le régime et surtout la radio télévision d’État ont tenté de promouvoir des applications nationales comme Soroush. Cette messagerie “ nationale” qui utilise les codes sources de l’application française Linphone a été approuvée par le Conseil suprême du cyberespace. Cette haute autorité du Net, créée le 7 mars 2012 sur ordre du guide suprême Ali Khamenei, composée de hautes personnalités militaires et politiques est chargée de surveiller Internet.

Le régime a également débloqué d’autres applications comme Instagram ou le logiciel de discussion instantanée Wechat, qui collabore étroitement avec le gouvernement chinois. Facebook et Twitter restent pour leur part inaccessible et internet reste très perturbé en Iran.

———-

10.01.2018 -Libération de quatre journalistes-citoyens

Reporters sans frontières (RSF) a appris la libération provisoire, le 9 janvier 2018, des journalistes-citoyens Mohammad Sharifi Moghadam, Mohammad Reza Sharifi, Faezeh Abdipour et Kasra Nouri. Arrêtés le 31 décembre 2017, par des agents du ministère des Renseignements puis transférés dans les prison d’Evin et de Rajai Shahr, les collaborateurs du site d’information Majzooban Nor, (proche du mouvement soufiste iranien) ont été libérés sous la pression notamment de leurs familles et de leurs proches qui avaient organisé une sit-in devant la prison d’Evin.

Les familles de centaines de prisonniers, inquiètent pour leur situation, se sont rassemblées devant les différentes prisons du pays, notamment la tristement célèbre prison d’Evin.

———

09.01.2018 – Plusieurs journalistes convoqués et menacés dans différentes provinces

Reporters sans frontières (RSF) condamne une nouvelle fois la répression exercée par les autorités iraniennes à l’encontre des journalistes. Dans la capitale, Téhéran et les villes d’Ispahan, Machhad, Kermanshah et Mahabad, plusieurs journalistes et journalistes-citoyens ont été convoqués et interrogés par des agents du ministère des Renseignements. Le directeur du site d’information Mokeryan, Khosro Kurdpour, a été convoqué à deux reprises, le 31 décembre 2017, puis de nouveau huit jours plus tard. Pendant plusieurs heures il a été interrogé sur les informations publiées sur son site concernant les manifestations qui se sont déroulées dans la province Kurdistan (ouest du pays). Les autorités lui ont notifié que les manifestations étaient illégales et qu’il était par conséquent interdit pour les médias de publier des informations sur ce sujet. Khosro Kurdpour a déjà passé quatre ans derrière les barreaux entre novembre 2013 à septembre 2017 pour ses activités journalistiques.

Depuis le 28 décembre 2017, la vague de protestation qui secoue plusieurs villes du pays a fait au moins 25 morts et provoqué l’arrestation de plus de 3 700 personnes, dont plusieurs journalistes-citoyens. Selon plusieurs sources, au moins trois jeunes manifestants arrêtés ont été tués pendant leur détention en Arak, Dezful et la prison d’Evin de Téhéran. Le régime affirme de son côté que ces personnes “se sont suicidées”.

———-

RSF lance une “procédure d’alerte” sur la position de l’Arabie saoudite au Classement mondial de la liberté de la presse

RSF lance une “procédure d’alerte” sur la position de l’Arabie saoudite au Classement mondial de la liberté de la presse

Après l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, Reporters sans frontières (RSF) émet une “procédure d’alerte” à propos de la situation de la liberté de la presse en Arabie saoudite. Elle vise également l’arrestation de plus d’une quinzaine de journalistes dans le pays en un an.

En avril 2018, l’Arabie saoudite se classait déjà très bas, 169e sur 180 pays au Classement de la liberté de la presse. Or, le pays pourrait bien perdre encore des places dans la prochaine édition. Constatant la gravité des violences de tous ordres contre les journalistes dans le pays, RSF déclenche une “procédure d’alerte” sur la place du pays au Classement mondial de la liberté de la presse. Deux des sept indicateurs qui contribuent à l’évaluation – “exactions” et “environnement et autocensure” – attestent d’une évolution vers le pire. Seul un sursaut spectaculaire des autorités permettrait de l’enrayer.

Exactions aggravées contre les journalistes

Depuis l’été 2017 et la désignation de Mohammed Ben Salman comme prince héritier, RSF constate une aggravation constante des exactions contre les journalistes. L’assassinat du journaliste et commentateur saoudien Jamal Khashoggi au consulat saoudien à Istanbul le 2 octobre dernier démontre comment le régime, sous une apparente façade de modernisme, ne recule devant rien pour faire taire les journalistes critiques. Le nombre de journalistes et de blogueurs derrière les barreaux en Arabie saoudite a été multiplié par deux depuis son accession au pouvoir. Ils sont actuellement au moins 27 à être détenus. La plupart ont été arrêtés fin 2017. Les raisons de leur interpellation et le lieu où ils sont détenus sont très souvent secrets au moment de leur arrestation. De nombreux journalistes ont ainsi “disparu” pour réapparaître quelque temps plus tard dans des prisons saoudiennes.

Une fois connus, les motifs de ces arrestations démontrent la volonté d’étouffer les voix indépendantes. Diffuser des informations qui contredisent le discours officiel est susceptible d’être perçu comme une menace pour la sécurité nationale ou un outrage aux dirigeants. En février 2018, le journaliste Saleh al Shehia été condamné à cinq ans de prison pour “outrage à la Cour royale”, dont il avait dénoncé au mois de décembre précédent la complaisance pour la corruption et le népotisme. Deux éditorialistes Essam al Zamel(économiste) et Abdullah al Malki(universitaire), sont, eux, actuellement jugés pour avoir partagé des informations et leurs analyses parfois critiques sur la politique ou l’économie saoudiennes.

L’indicateur “Environnement et autocensure” dégradé

Déjà fort d’une emprise totale sur les médias traditionnels, le gouvernement saoudien a resserré encore un peu plus son étau sur les réseaux sociaux en 2018. L’Arabie saoudite a ainsi renforcé son arsenal de prédateur de la liberté de la presse. Les phénomènes de “désinformation, amplification, et intimidation”, régulièrement dénoncés par RSF, ont atteint des sommets ces deux dernières semaines.

Les menaces de privation de liberté ou l’opprobre suscité par les accusations de trahison encouragent les journalistes à se taire. La presse saoudienne pro-régime a ainsi rappelé l’existence de la loi anti-crimes électroniques à l’occasion de l’affaire Khashoggi,punissant “la propagation de rumeurs ou fausses nouvelles” de 5 ans de prison : une invitation claire à soutenir le discours officiel qui a nié pendant trois semaines toute implication de l’Arabie saoudite dans la disparition du journaliste. Plus tôt, en mai 2018, la blogueuse Eman al Nafjan,qui écrivait sur des sujets sensibles comme la politique ou les droits des femmes en Arabie saoudite, a été arrêtée et accusée de“traîtrise” dans les médias saoudiens et, officiellement, de nuire à “la sécurité et la stabilité” du royaume. Elle est à notre connaissance toujours en attente de son procès.

Propagande amplifiée

Face aux accusations, le royaume a riposté et démontré une nouvelle fois sa capacité à orchestrer un système de propagande bien rôdé. Les médias saoudienspro-régime ont ainsi diffusé massivement dans la presse et sur les réseaux sociaux la version officielle du pouvoir, accusant notamment le Qatar et la Turquie d’une couverture médiatique partiale et alarmiste de l’affaire Khashoggi. Les médias saoudiens ont entre autres nié les fiançailles du journaliste avec Hatice Cengiz, qui a eu un rôle capital puisque c’est elle qui a donné l’alerte sur sa disparition.

Les armées de trolls à la solde du régime et les hashtags sur Twitter en soutien au pouvoir saoudien, assimilant tout esprit critique à un manque de patriotismeet à de la trahison, ont explosé avec l’affaire Khashoggi. Les hashtags “Nous sommes tous Salmane et Mohamed”, (ce qui fait référence au roi saoudien et au prince héritier)  “Le royaume saoudien refuse les menaces”, et “Cessez de suivre les ennemis de la patrie” ont été postés et retweetés des dizaines de milliers de fois.

Dans ce contexte, l’indicateur “environnement et autocensure“, qui était déjà très mauvais l’année dernière en Arabie saoudite, a de fortes chances d’être impacté. Il représente 13% de l’évaluation globale de chaque pays dans le Classement mondial de RSF. Si l’on y ajoute l’indicateur “exactions” (20%) , c’est le tiers du score global de l’Arabie saoudite pour le Classement 2019 qui est d’ores et déjà gravement affecté.

Recommandations

Afin d’enrayer cette tendance, RSF recommande donc aux autorités de :

  • Rendre public tous les éléments de l’enquête qu’elles ont conduite sur le sort de Jamal Khashoggi et accepter de coopérer avec une commission internationale d’enquête qui serait mandatée par le Secrétaire général des Nations unies
  • Libérer immédiatement et sans condition tous les journalistes, professionnels ou non, détenus ou condamnés au seul motif d’avoir exercé leur métier et leur droit à la liberté d’information ; et notamment appliquer la décision du groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire concernant Raif Badawi, Fadhel al Manasef,et Waleed Abu-l-Khair, 
  • Garantir le droit à un procès équitable aux journalistes, notamment leur parution devant un juge indépendant et impartial dans un délai raisonnable ; ainsi que l’accès à un avocat.
  • Modifier les dispositions liberticides contenues dans la loi antiterroriste (2014 amendée en 2017) et la loi sur les cybercrimes (2007) et abroger les peines de prison et amendes exorbitantes en matière de délit de presse, renoncer aux mécanismes législatifs et techniques permettant la surveillance et la répression des voix critiques, dissidents, et journalistes
  • Cesser les intimidations politiques et sécuritaires et le cyber-harcèlement contre les journalistes ou les figures médiatiques qui partagent des informations différentes de la ligne officielle.

Reporters sans frontières (RSF) met en place une procédure d’alerte lorsqu’elle constate une dégradation conséquente d’un ou plusieurs indicateurs utilisés pour déterminer le positionnement des 180 pays répertoriés dans le Classement mondial de la liberté de la presse. L’organisation lance ainsi un avertissement à l’Etat concerné.

Les indicateurs retenus par RSF sont au nombre de sept et concernent le pluralisme, l’indépendance des médias, les exactions contre les journalistes, l’environnement et l’autocensure, le cadre légal, la transparence et, enfin, la qualité des infrastructures soutenant la production de l’information.

Disparition de Khashoggi : RSF et plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme demandent une enquête internationale de l’ONU

Disparition de Khashoggi : RSF et plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme demandent une enquête internationale de l’ONU

Reporters sans frontières (RSF), Human Rights Watch (HRW), Amnesty International et Committee to Protect Journalists (CPJ) lancent un appel à la Turquie afin qu’elle demande à l’ONU d’ouvrir une enquête indépendante sur la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 2 octobre, au sein du consulat saoudien à Istanbul. 

Le 18 octobre, dans un communiqué conjoint, RSF et trois autres organisations de défense de la liberté de la presse et de la liberté d’expression ont demandé à la Turquie de saisir dans les meilleurs délais Antonio Guterres, afin que le secrétaire général de l’ONU initie une enquête indépendante et impartiale. Cette enquête devrait déterminer les circonstances de la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi et le rôle de l’Arabie saoudite dans cette affaire.

La recherche de la vérité et la garantie de la justice ne peuvent s’établir qu’à travers une enquête indépendante et impartiale”,déclare pour sa part Christophe Deloire, le secrétaire général de RSF. Si les Nations unies sont effectivement engagées contre l’impunité des crimes visant les journalistes, le moins qu’elles puissent faire est de se mobiliser pleinement pour une telle enquête dans l’un des cas les plus extrêmes et choquants des dernières années.

Cette disparition – et probable assassinat – s’inscrit dans la vague de répression contre les journalistes et défenseurs des droits humains qui a suivi le sacre de Mohammed Ben Salman comme prince héritier.

L’intégralité du communiqué conjoint est consultable, dans sa version originale en anglais, ci-dessous :

https://rsf.org/en/news/rsf-jo…

Douze nominés pour le Prix RSF 2018 remis pour la 1ere fois à Londres

Douze nominés pour le Prix RSF 2018 remis pour la 1ere fois à Londres

Douze nominés pour le Prix RSF 2018 remis pour la 1ere fois à Londres

Pour la première fois de son histoire, Reporters sans frontières (RSF) remettra le Prix pour la liberté de la presse lors d’une cérémonie à Londres, le 8 novembre prochain. Au total, 12 journalistes, ONG et médias du monde entier ont été nominés dans trois catégories : le courage, l’impact et l’indépendance du journalisme. Pour honorer la ville hôte de Londres, un quatrième prix, « L’esprit de RSF », sera remis à un journaliste ou un média britannique.

Pour la première fois en 26 ans, la cérémonie de remise du Prix RSF pour la liberté de la presse aura lieu à Londres, à la Getty Images Gallery, le 8 novembre 2018. Douze journalistes, ONG et médias du monde entier concourent dans trois catégories renouvelées cette année afin d’être conforme au mandat et à la stratégie de RSF: le courage, l’impact et l’indépendance du journalisme. Pour honorer la ville hôte de Londres, un quatrième prix, « L’esprit de RSF », sera remis à un journaliste ou un média britannique désigné parmi quatre finalistes.

Parmi les nominés, Matthew Caruana Galizia, journaliste maltais dont la mère, Daphne Caruana Galizia, a été assassinée en 2017 à la suite de son enquête sur la corruption ; Paolo Borometti, journaliste italien et spécialiste de la mafia sicilienne, victime d’un complot meurtrier déjoué par la police italienne ; Swati Chaturvedi, journaliste indienne et auteur du livre “I am a Troll : Inside the Secret World of the BJP’s Digital Army” (“Je suis un troll : mon incursion dans le monde secret de l’armée digitale du BJP”) et Anas Aremeyaw Anas, journaliste ghanéen infiltré qui vit désormais dans la clandestinité après ses révélations sur la corruption dans le monde du football africain.

« La liste des finalistes de l’édition 2018 reflète les défis que relèvent avec courage et ténacité des journalistes du monde entier, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Tous luttent contre des forces qui convergent pour affaiblir l’indépendance du journalisme, que ce soit les cyber-harceleurs, le crime organisé ou les Etats autoritaires » .

Cette année, les lauréats ont été désignés par un jury international composé depersonnalités telles Shirin Ebadi, lauréate du prix Nobel de la paix, Wu’er Kaixi, militant chinois – tous deux membres du Conseil émérite de RSF – et Pierre Haski, président de RSF. Le conseil d’administration du bureau RSF de Londres – constitué notamment d’Eve Pollard, figure légendaire de Fleet Street (rue historique de la presse londonienne), de James Harding, ex-directeur de BBC News, et de Jon Snow, présentateur de Channel 4 News – a sélectionné le lauréat du prix spécial « L’esprit de RSF ».

Créé en 1992, le prix RSF pour la liberté de la presse contribue chaque année aux avancées de la liberté de l’information en récompensant des journalistes et médias s’étant illustrés dans la défense ou la promotion de la liberté de l’information. Outre sa dimension honorifique, les prix remis aux lauréats sont accompagnés d’une dotation d’une valeur de 2500 euros. Le Prix RSF a déjà récompensé le célèbre dissident chinois Liu Xiaobo, le blogueur saoudien emprisonné Raif Badawi, la courageuse journaliste syrienne Zaina Erhaim et le journal turc en lutte Cumhuriyet.

Voir ci-dessous la liste complète des nominés :

1/ Le Prix du Courage 
Le Prix du courage récompense un journaliste, un média ou une organisation pour avoir fait preuve de courage dans l’exercice, la défense ou la promotion du journalisme, dans un environnement hostile et en dépit du danger pour sa liberté ou sa sécurité.

Journaliste et écrivain italien, né en Sicile en 1983, Paolo Borrometi est un expert de la mafia sicilienne. En raison de ses courageuses enquêtes publiées par le «Giornale di Sicilia» puis par le quotidien en ligne La Spia qu’il a créé en 2013, il est régulièrement menacé et vit sous escorte, nuit et jour, entouré par cinq policiers. En avril 2018, les forces de l’ordre italiennes ont déjoué un attentat à la bombe qui le visait ainsi que les cinq agents de police qui le protègent. Depuis Rome, où il s’est exilé, il continue sans relâche son combat contre la criminalité organisée en dépit des systématiques intimidations qu’il reçoit encore.

Journaliste indienne, Swati Chaturvedi a fait l’objet de violentes campagnes de harcèlement en ligne. A ces menaces, elle a décidé de répondre avec les armes du journalisme : elle a notamment enquêté sur la “cellule IT” du parti du Premier ministre Narendra Modi (BJP), célèbre pour entretenir une armée de trolls déchaînés. De là est né son ouvrage “I am a Troll : Inside the Secret World of the BJP’s Digital Army”. En recueillant des témoignages au coeur même de cette cellule montée de toute pièce par le BJP, elle montre comment ces millions de “yoddhas” (“guerriers” en hindi), comme les surnomme Narendra Modi, sont chargés d’attaquer sur les réseaux sociaux les journalistes inscrits sur une “liste de cibles” établie par le parti nationaliste hindou. Aujourd’hui, l’enquête réalisée par Swati Chaturvedi l’expose encore plus aux menaces de mort lancées par les trolls qu’elle reçoit de façon quotidienne.

Malgré les menaces, la journaliste d’investigation Çiğdem Toker multiplie les enquêtes sur la corruption dans une Turquie où la répression atteint des niveaux inégalés. Lorsque le journal Akşam est mis sous tutelle par les autorités en 2013, elle rejoint l’un des derniers titres indépendants du pays, Cumhuriyet. Forte de 32 ans de carrière au cours desquels elle a couvert les questions économiques, politiques et judiciaires, Çiğdem Toker s’impose aujourd’hui comme une des grandes figures de l’investigation. Ce qui lui vaut une reconnaissance croissante — et des procès en cascade. Conflits d’intérêts, clientélisme, népotisme, marchés truqués, appropriation de domaines non constructibles… Ses révélations sur ces thèmes hautement sensibles lui valent les poursuites de puissantes sociétés privées aux ramifications politiques, du ministère de la Santé et de bien d’autres.

Hamid el Mahdaoui est un journaliste marocain, directeur du site badil.info, figure incontournable des réseaux sociaux marocains. Connu pour ses prises de position critiques envers le pouvoir et ses vidéos diffusées sur YouTube dans lesquels il commente l’actualité, el Mahdaoui est dans le collimateur des autorités et a déjà fait l’objet d’une dizaine de plaintes notamment pour diffamation. Il a été arrêté le 20 juillet 2017 alors qu’il se trouvait à Al-Hoceïma, dans la région du Rif, pour couvrir la marche pacifique interdite quelques jours plus tôt par les autorités marocaines. En 2017, il a été condamné à un an de prison ferme pour “incitation à une manifestation interdite”. Le 28 juin dernier, la cour d’appel de Casablanca l’a condamné à trois ans de prison ferme pour “non dénonciation de l’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat”.

2/ Le Prix de l’Impact
Le Prix de l’impact récompense un journaliste, un média ou une organisation dont le travail a permis une amélioration concrète de la liberté, l’indépendance et le pluralisme du journalisme ou une prise de conscience sur ce sujet.

Matthew Caruana Galizia, 32 ans, est un journaliste d’investigation maltais. Il a travaillé pendant cinq ans pour le Consortium international de journalisme d’investigation (ICIJ) au sein duquel il a co-fondé l’unité “Data and Research” en 2014. Il a occupé le poste d’ingénieur en chef dans six enquêtes majeures du consortium : Offshore Leaks, Swiss Leaks, Luxembourg Leaks, Fatal Extraction, Panama Papers, and Paradise Papers et a reçu le prix Pulitzer en 2017 pour son travail sur les Panama Papers et le soutien apporté aux enquêtes de centaines de journalistes à travers le monde. En 2018, Matthew a quitté l’ICIJ pour se consacrer à l’enquête sur l’assassinat de sa mère, Daphne Caruana Galizia, elle-même journaliste d’investigation tuée en octobre 2017 par une voiture piégée près de son domicile à Malte.

Le Centre “Communication et Information de la Femme” (CIMAC) est une association civile fondée en 1988 par des femmes journalistes et des professionnelles de la communication. Ce collectif fait la promotion de l’égalité des genres et des droits humains auprès des journalistes, des acteurs politiques, de la société civile et du monde universitaire. Le Cimac vise notamment à construire un journalisme plus sensible à la question du genre et cherche à s’assurer que les médias, qu’il considère comme un outil d’éducation et de transformation sociale, respectent les droits des femmes dans leur travail quotidien.

Khaled el Balshy est un journaliste égyptien, ancienne grande figure du syndicat des journalistes, dans le collimateur du régime pour ses activités professionnelles et son engagement sans faille à défendre la liberté de la presse et ses confrères dans le pays. Khaled el Balshy a été fondateur et rédacteur en chef de plusieurs sites d’informations. Ardent défenseur de la liberté de la presse, il milite auprès des autorités pour ses confrères emprisonnés et n’hésite pas à lancer ou à collaborer à des pétitions pour protester contre des mesures ou textes de lois répressifs pour la presse. Il est régulièrement victime de campagnes de diffamation.

Afssar Sadeq Vali est directeur de la radio DéHilo Karavan dans la province de Khost (sud-est du pays) à la frontière avec le Pakistan, une des régions les plus traditionalistes et dangereuses du pays. Son média a commencé à émettre en 2009 et est depuis la seule radio destinée aux femmes dans la région. Dans un pays où la propagande fondamentaliste est encore appliquée dans certaines régions et où le simple fait d’être journaliste pour une femme peut valoir de sérieuses menaces, Afssar Sadeq a fait le choix de former des femmes au journalisme radio. Menacé à plusieurs reprises par les Taliban et des chefs de villages et boycotté par une partie de la population « parce qu’il travaille avec et pour les femmes. », Afssar Sadeq Vali  a fait le choix de résister. Aujourd’hui, sa radio est écoutée par plus d’un million de personnes de par et d’autres de la frontière.

3/ Le Prix de l’Indépendance
Le Prix de l’indépendance récompense un journaliste, un média ou une organisation pour sa résistance aux pressions financières, politiques, économiques, religieuses…

Masqué par un voile de perles à chacune de ses apparitions publiques, Anas Aremeyaw Anas s’est imposé comme la figure du journalisme d’investigation indépendant en Afrique de l’Ouest. A quelques jours de la sortie de sa dernière enquête sur la corruption dans le football ghanéen, Anas Aremeyaw Anas a été menacé de mort en direct à la radio par un député de la majorité au pouvoir. Le journaliste vit caché et communique via des messageries cryptées avec ses interlocuteurs. Malgré les pressions politiques et les menaces pour sa sécurité, il ne recule pas. “Numéro 12”, son documentaire, diffusé en juin dernier, montre en caméra cachée le président de la fédération ghanéenne de football en train d’accepter des pots-de-vin. En 2015, son enquête sur la magistrature avait abouti à la suspension d’une trentaine de juges.

Péter PETŐ est rédacteur en chef adjoint du site d’information hongrois www.24.hu. Entre août 2015 et octobre 2016, il a été rédacteur en chef adjoint du principal quotidien politique hongrois Népszabadsag qui a fermé du jour au lendemain au motif de “difficultés économiques”, alors qu’il venait de publier plusieurs articles sur des scandales impliquant des hommes politiques proches de Viktor Orban. Jeune journaliste talentueux et incorruptible, Peter Peto est fortement attaché à la cause de la liberté de la presse et persuadé qu’une presse libre permet d’assurer un contrôle sur ceux qui gouvernent le pays. Il défend sans relâche sa foi dans le journalisme et s’emploie à résister aux pressions économiques et financières dont il a souvent fait l’objet.

Journaliste philippine chevronnée, par ailleurs très active sur les réseaux sociaux, Inday Espina-Varona a mené de nombreuses enquêtes sur des questions sensibles dans la société philippine, comme la prostitution des mineurs, les violences faites aux femmes, les questions LGBT ou encore le Front Moro de libération islamiques sur l’île de Mindanao. Défenseuse acharnée de la liberté d’informer, elle est aussi célèbre pour avoir promu et animé de nombreux ateliers d’éducation aux médias. Aujourd’hui, avec le site Rappler, dont Inday est proche, ABS-CBN, le média auquel elle collabore, représente la résistance à la “démocrature” du président Rodrigo Duterte qui, depuis son arrivée au pouvoir en 2016, a lancé une guerre ouverte contre les médias indépendants.

Fondé par Taha Siddiqui, journaliste pakistanais forcé à l’exil après une tentative d’enlèvement en janvier 2018, safenewsrooms.org est une plate-forme digitale dont le but est de lutter contre la censure qui frappe les médias d’Asie du Sud – “SAFE” fait référence à la nécessité de pouvoir produire de l’information indépendante en toute sécurité, mais c’est aussi l’acronyme de South Asians for Freedom of Expression. Establishment militaire et services secrets au Pakistan, milieux nationalistes hindous en Inde, extrémistes islamistes au Bangladesh… Dans tout le sous-continent, des groupes violents menacent, enlèvent ou tuent des reporters parce qu’ils osent aborder des sujets jugés “interdits”. Safenewsrooms.org se veut un espace de liberté où les journalistes peuvent déposer leurs enquêtes, témoigner des intimidations dont ils sont victimes, dénoncer les cas de censure dont ils font l’objet…

4/ L’Esprit de RSF
« L’esprit de RSF » est un prix spécial créé cette année pour récompenser un journaliste, un média ou une ONG britannique qui a fait preuve d’un courage exceptionnel, a exercé un impact considérable ou a fait montre d’indépendance face à des pressions significatives.

Journaliste primée travaillant pour The Guardian and The Observer, Carole Cadwalladr a réalisé un reportage sur la manipulation des processus démocratiques aux États-Unis et au Royaume-Uni, révélant le rôle de Cambridge Analytica dans les campagnes de Trump et du Brexit. L’enquête de la journaliste démontre que la société d’analyse de données qui a travaillé avec l’équipe électorale de Trump aux États-Unis et avec la campagne Leave au Royaume-Uni a recueilli des millions de profils Facebook d’électeurs américains à l’occasion de l’une des plus importantes fuites de données du géant technologique, avant de les utiliser pour créer un puissant logiciel capable de prévoir et d’influencer le choix des votants. Ses reportages lui valent d’être, aujourd’hui encore, victime de pressions et de harcèlement.

Correspondante du Financial Times spécialisée dans la comptabilité et la fiscalité, Madison Marriage a infiltré, en janvier, le 33e dîner de charité annuel du Presidents Club à Londres. Embauché comme hôtesse pour cette soirée de collecte de fonds réservée aux hommes, Marriage a révélé, à travers son enquête, que de nombreuses femmes employées pour l’évènement ont été victimes d’attouchements et de harcèlement sexuel. Officiellement, la soirée de gala visait à récolter des fonds à but caritatif. À la suite de son reportage, nombre d’œuvres de bienfaisance bénéficiaires ont publiquement refusé les dons, et les invités se sont désolidarisés du Presidents Club, qui a été contraint de fermer.

Réseau collaboratif de journalisme d’investigation rassemblant 762 personnes à travers tout le Royaume-Uni, The Bureau Local a pour vocation de déclencher une nouvelle vague de journalisme d’investigation fondé sur des données au niveau régional. Depuis son lancement en mars 2017, le réseau a produit 180 articles, souvent consacrés à la responsabilisation du gouvernement local et national, ainsi que des entreprises. The Bureau Local œuvre également pour la promotion de la transparence et propose des ressources libres permettant à d’autres journalistes d’approfondir leur travail d’investigation. L’objectif est de faciliter le travail des journalistes dans la poursuite de leurs enquêtes et dans l’analyse de vastes ensembles de données.

La BBC et The Guardian font partie des 96 médias de 67 pays à avoir participé à l’enquête de l’ICIJ sur les Paradise Papers. Les révélations des Paradise Papers a provoqué un débat mondial sur les arrangements fiscaux offshore. En décembre 2017, le cabinet d’avocats britannique spécialisé dans les mécanismes offshore, Appleby, a entamé une procédure d’abus de confiance contre la BBC et The Guardian, et demandé la divulgation des documents et des sources des Paradise Papers. RSF a condamné le procès Appleby, notant qu’il pouvait représenter une nouvelle et grave remise en cause du journalisme d’investigation au Royaume-Uni, tout en soulignant que les informations publiées servaient indiscutablement l’intérêt public.

CONTACTS PRESSE :
Julie Bance : jbance@rsf.org / +33 (0)7 81 76 02 25