Quand la violence du régime kazakh brisait le destin d’une journaliste aujourd’hui réfugiée en Suisse

Quand la violence du régime kazakh brisait le destin d’une journaliste aujourd’hui réfugiée en Suisse

C’est dans un univers glaçant et au cœur d’un récit poignant que nous plonge le dernier livre de Laurence Deonna, l’infatigable écrivain et journaliste genevoise, présidente de la section suisse de Reporters sans frontières (RSF) de 2000 à 2003. Lira Baiseitova Lanceuse d’alerte (L’Aire), préfacé par l’une des figures internationales de la lutte contre la corruption, l’ancienne magistrate française Eva Joly, retrace l’itinéraire de cette journaliste kazakhe aujourd’hui réfugiée en Suisse, fondatrice du journal Respublika 2000 fermé après deux années d’existence seulement sur ordre des autorités.

Reconnue par ses pairs du monde entier, lauréate de plusieurs prix prestigieux récompensant des journalistes ayant pris tous les risques pour révéler le dessous des cartes, Lira a payé affreusement cher son courage professionnel. Les autorités ne lui ont en particulier jamais pardonné la publication d’une interview de celui qui était à l’époque procureur général du canton de Genève, Bernard Bertossa. L’éminent magistrat y attestait de l’existence de comptes en Suisse abritant des fonds du président kazakh Nursultan Nazarbaev. Peu après, Leila, la fille adorée de Lila, mourait en détention à 25 ans après son arrestation par la police kazakhe. A l’époque, un rapport accablant de Reporters sans frontières avait documenté autant qu’il était possible de le faire les circonstances troubles de cette mort violente, ne laissant hélas à Lira aucune possibilité de douter que les sbires du régime avaient fait payer à Leila le courage de sa mère.

Parmi ses amis et ses proches, d’autres morts jalonnent la vie de Lira, à commencer par son petit frère, officiellement décédé d’une crise cardiaque lors d’un voyage en train mais dont le corps était curieusement couvert d’ecchymoses. Au fil des pages, Laurence Deonna dresse, en arrière-fonds de la vie brisée de la journaliste, le portrait d’un pays gangréné par la corruption, égaré par les années chaotiques ayant suivi l’effondrement de l’URSS dont la population a été la première victime, et où la violence, le meurtre déguisé en accident, l’intimidation et les menaces sont, pour le gouvernement et l’appareil de l’Etat, des méthodes de routine.

En 2019, le Kazakhstan occupait le158e rang sur 180 pays au classement mondial de la liberté de la presse publié chaque année par RSF. Dans sa note concernant ce pays, notre organisation relève que «les principaux médias d’opposition nationaux ont tous été interdits en 2013, les derniers croulent sous les procédures judiciaires, et même des titres peu critiques sont désormais visés. Internet est étroitement contrôlé : coupures périodiques de l’accès aux sites d’information, aux réseaux sociaux et aux services de messagerie, surveillance généralisée, blogueurs jetés en prison, voire en asile psychiatrique… Un héritage de censure qu’il est grand temps de solder.»

Laurence Deonna: Lira Baiseitova Lanceuse d’alerte, Editions de l’Aire, 2020 (141 p.)

 

 

Reporters sans frontières (RSF) Suisse salue l’acquittement du journaliste de « 20 minutes » par la justice neuchâteloise

Reporters sans frontières (RSF) Suisse salue l’acquittement du journaliste de « 20 minutes » par la justice neuchâteloise

La section suisse de Reporters sans frontières (RSF) a pris acte avec satisfaction et soulagement de l’acquittement du journaliste Frédéric Nejad prononcé ce mardi 17 décembre 2019 par la justice neuchâteloise. Celui-ci était poursuivi pour avoir enfreint une injonction adressée par la Cour criminelle aux chroniqueurs judiciaires chargés de couvrir le procès, en mars dernier, du double homicide perpétré aux Verrières (NE).

La justice n’a pas à adresser aux journalistes d’injonctions à caractère obligatoire sur la manière de rendre compte d’un procès. De tels ordres portent une atteinte manifeste à la liberté de la presse. Il faut donc saluer le désaveu infligé par les juges neuchâtelois à leurs pairs aujourd’hui.

Le journaliste rendant compte d’un procès doit être entièrement libre de citer la totalité des éléments évoqués à l’audience lorsqu’ils sont pertinents pour la compréhension des faits, de la procédure et du jugement. Toute autre solution représenterait une atteinte grave à la fonction de contrôle sur la manière dont la justice est rendue reconnue aux médias, notamment par la jurisprudence du Tribunal fédéral et de la Cour européenne des droits de l’homme.

Dans le cas précis, les informations que le journaliste a choisi de ne pas censurer avaient trait à la présence de certains tiers au moment des crimes. La Cour criminelle était partie de l’idée que la protection de la personne concernée justifiait de faire interdiction aux journalistes de révéler cette présence. Le fait qu’un tiers avait pu assister au crime ayant cependant joué un rôle dans la décision du Ministère public de réclamer la réclusion à vie de l’accusé, le journaliste avait logiquement estimé qu’elle devait figurer dans son compte-rendu.

Il importe de souligner que dans le cas précis, le président du Conseil suisse de la presse, Dominique von Burg, entendu comme témoin, a estimé que le journaliste, en décidant de passer outre l’interdiction faite par la Cour criminelle, avait pleinement respecté la déontologie professionnelle.

Notre communiqué de presse au format pdf: CP RSF Drame des Verrières

 

En prétendant dicter ses conditions aux journalistes, c’est au public citoyen que la Grève du climat Vaud s’en prend

En prétendant dicter ses conditions aux journalistes, c’est au public citoyen que la Grève du climat Vaud s’en prend

La section suisse de Reporters sans frontières (RSF) a pris connaissance avec stupéfaction des conditions imposées aux médias par le mouvement de la « Grève du climat Vaud » pour la couverture journalistique du tirage au sort d’une candidature en vue de l’élection complémentaire au gouvernement vaudois. La prétention de ce mouvement à orienter et contrôler préventivement le travail des journalistes invités à couvrir l’événement ne tient pas seulement du ridicule : elle constitue une atteinte flagrante à la liberté de la presse. (Crédit photo: Fabrice Coffrini / AFP)

Mercredi 11 décembre, la Grève du climat Vaud a médiatisé le tirage au sort d’une candidature auquel le mouvement entendait procéder en vue de l’élection complémentaire au Conseil d’Etat. Les représentants des médias se sont vus contraints de signer une « Charte médias » pour avoir accès à la salle de la conférence de presse. Cette charte posait certaines conditions ayant trait à la manière dont les médias devaient rendre compte de l’événement.

Un tel procédé, qu’aucun mouvement ou parti politique ne se permettrait, est aussi inhabituel qu’intolérable dans une société démocratique, pluraliste et ouverte. Le journalisme n’a qu’un seul et unique intérêt à servir : celui du public à s’informer afin de pouvoir participer lui-même au débat public. Et c’est ce public citoyen que la Grève du climat Vaud méprise en agissant de la sorte, quelque légitime que puisse être par ailleurs la cause défendue par ce mouvement.

Sur plusieurs points, la charte que les journalistes étaient enjoints de signer prétend se substituer à l’éthique des journalistes eux-mêmes et à orienter leur travail en limitant ostensiblement toute approche critique. Les journalistes ont assez dénoncé les dérives poursuivant des buts finalement semblables qui ont pu se produire dans le monde des entreprises et du marketing pour devoir protester aujourd’hui avec force contre une tentative touchant cette fois au journalisme politique lui-même.

Lire notre communiqué de presse: CP RSF Suisse

«Lorsqu’il y a un bombardement, tu sais que tu vas mourir. Mais lorsqu’ils t’embarquent, tu ne sais pas ce qui va t’arriver»

«Lorsqu’il y a un bombardement, tu sais que tu vas mourir. Mais lorsqu’ils t’embarquent, tu ne sais pas ce qui va t’arriver»

Swissinfo, la plateforme internationale en ligne de la SSR, a 20 ans. Reporters sans frontières Suisse était partenaire de l’événement marquant cet anniversaire, mercredi 20 novembre à Berne. A cette occasion, RSF Suisse a été très fier de présenter le témoignage de deux journalistes vivant aujourd’hui en Suisse et qui ont reçu l’appui de notre le Fonds de soutien et de solidarité en faveur des journalistes et autres acteurs de l’information persécutés ou en danger.

Umut Akar (à droite sur la photo), kurde de Turquie, et  le Syrien Maher Akraa (à gauche, en compagnie du secrétaire général de RSF Suisse Denis Masmejan), sont venus partager leur expérience et leur parcours. Ils ont en commun tout à la fois leur métier de journaliste, la nécessité de fuir leur pays, puis l’arrivée en Suisse où chacun, depuis, tente coûte que coûte de rester fidèle à sa vocation.

«En Turquie si vous êtes un journaliste kurde, le gouvernement vous regarde comme un terroriste», a dénoncé Umut Akar. Maher Akraa raconte, lui, qu’il avait tout le temps peur d’être arrêté lors de ses derniers reportages en Syrie. «Lorsqu’il y a un bombardement, tu sais que tu vas mourir. Mais lorsqu’ils t’embarquent, tu ne sais pas ce qui va t’arriver.»

Notre fonds de soutien a été créé en 2015, à l’occasion des 25 ans de la section suisse de RSF. Il a permis d’accorder de l’aide à plusieurs dizaines de journalistes ayant dû fuir leur pays, sous forme d’achat de matériel de travail, de cours de langues, de formation continue, etc. Le but est de leur permettre de poursuivre, d’une manière ou d’une autre, l’exercice de la liberté d’informer.

Lors de cette soirée, une collecte a été également organisée en notre faveur. Pour nous soutenir, vous pouvez suivre ce lien.

Lire le communiqué de Swissinfo: .MM_20Jahre_21112019_FRA

RSF Suisse appelle les autorités helvétiques à la plus grande fermeté vis-à-vis de l’Arabie saoudite

RSF Suisse appelle les autorités helvétiques à la plus grande fermeté vis-à-vis de l’Arabie saoudite

Il y a une année exactement, le 2 octobre 2018, le journaliste saoudien Jamal Khashoggi était sauvagement mis à mort dans les locaux du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul. Aujourd’hui, toute la lumière n’a pas encore été faite sur cet assassinat d’une indescriptible barbarie commis par des agents de l’Etat. Signe plus qu’alarmant, trente journalistes, éditorialistes ou blogueurs continuent à être arbitrairement détenus dans les prisons saoudiennes pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression. Dans ces conditions, Reporters sans frontières (RSF) Suisse estime que les autorités helvétiques, mais aussi les entreprises suisses, ne sauraient considérer que des relations « normales » peuvent être entretenues avec un tel Etat.

RSF Suisse demande une nouvelle fois au Conseil fédéral d’intervenir auprès de l’Arabie saoudite, malgré mais aussi à cause du rôle particulier que la Suisse joue dans la région en raison du mandat de puissance protectrice qui lui a été confié par les deux parties pour représenter les intérêts de l’Iran en Arabie saoudite et inversement.

Relayant les demandes de RSF International, la section suisse de Reporters sans frontières exhorte les autorités helvétiques à tout mettre en œuvre pour obtenir la libération immédiate des 30 journalistes, éditorialistes et blogueurs arbitrairement détenus, tels le journaliste du quotidien AlWatan Saleh Al-Shehi, Raif Badawi ou les militantes féministes Nouf Abdulaziz et Nassima Al-Sada. Le nombre de personnes détenues pour avoir exercé leur liberté d’expression a doublé depuis la désignation de Mohammed ben Salmane comme prince héritier en 2017.

RSF Suisse appelle les autorités fédérales à agir sans relâche pour exiger de l’Arabie saoudite qu’elle respecte la liberté d’expression et assure la protection des journalistes. Aucun accord de coopération quelconque ne doit être conclu ou ratifié par la Suisse avec l’Arabie saoudite tant et aussi longtemps que la situation désastreuse dénoncée par Reporters sans frontières n’aura pas évolué favorablement. Cela vise en particulier la nouvelle convention de double imposition signée entre les deux pays en 2018 mais dont l’examen par le parlement a été suspendu, à juste titre, à la suite de l’assassinat de Jamal Khashoggi. Les autorités politiques et judiciaires suisses saisies du dossier doivent doit également faire preuve de la plus grande fermeté à l’égard des activités contestées de l’avionneur Pilatus en Arabie saoudite.

Le communiqué de RSF International

Notre lettre ouverte au Conseil fédéral du 3 mai 2019, Journée mondiale de la liberté de la presse

Berne doit soutenir l’initiative pour l’information et la démocratie, demande RSF Suisse

Berne doit soutenir l’initiative pour l’information et la démocratie, demande RSF Suisse

Le G7 a apporté un «soutien unanime», lundi 26 août, à l’Initiative sur l’information et la démocratie lancée par RSF. Les chefs d’Etat et de gouvernement du G7 ont discuté du «Partenariat sur l’information et la démocratie» lors de la session numérique du sommet du G7 à Biarritz. Cet accord intergouvernemental, fondé sur l’initiative lancée par RSF en septembre 2018, sera signé par une vingtaine d’Etats lors de l’Assemblée générale de l’ONU.

L’an dernier, le président de la Confédération Alain Berset avait soutenu le lancement de cette initiative, qui énonce des principes fondamentaux pour l’espace de la communication et de l’information. L’objectif est de favoriser la liberté et la fiabilité de l’information. RSF Suisse souhaite donc que Berne signe cet accord le mois prochain.

Lors de la session numérique du sommet du G7 à Biarritz (France), le 26 août 2019, Emmanuel Macron a présenté à ses homologues l’Initiative sur l’information et la démocratie initiée par Reporters sans frontières (RSF) en les invitant à la rejoindre. Lors de sa conférence de presse finale, le président français a évoqué l’initiative : «Nous avons formalisé un soutien unanime au Partenariat sur l’information et la démocratie qui est comme vous le savez une initiative extrêmement importante, qui a été lancée par Reporters sans frontières avec de nombreux partenaires, qui avait été présentée au premier Forum de Paris en novembre dernier. Il y a eu un très gros travail qui a été fait avec les acteurs économiques et les puissances qui étaient là et il a été endossé. Il y aura une signature formelle en marge de l’Assemblée Générale des Nations Unies au mois de septembre.»

La Commission sur l’information et la démocratie, qui s’était réunie pour la première fois à Paris le 11 septembre 2018, a édicté le 5 novembre 2018 une Déclaration internationale sur l’information et la démocratie. Celle-ci sert désormais de fondement à un processus politique international qui débouchera sur l’adoption d’un partenariat intergouvernemental, prévue en marge de la prochaine session de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre prochain.

«Nous nous réjouissons que cette initiative que nous avons lancée il y a moins d’un an ait été portée auprès des dirigeants présents à Biarritz à l’occasion du sommet du G7, explique Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Je tiens à remercier les membres de la Commission sur l’information et la démocratie, qui ont permis une avancée majeure pour la liberté d’opinion et d’expression. La Déclaration sur l’information et la démocratie, rendue public en novembre dernier, énonce des principes fondamentaux pour l’espace de la communication et de l’information, afin de favoriser la liberté et la fiabilité de l’information. Nous savons que l’ensemble des dirigeants de la planète ne partage pas cet idéal, mais c’est une raison supplémentaire pour porter sur le plan international une initiative qui, au-delà des mots, permettra de mettre bientôt en oeuvre des garanties concrètes.»

Une initiative portée par la société civile 

Le soutien du G7 fait suite à un engagement pris en novembre dernier à l’occasion du Forum de Paris sur la Paix. L’Initiative sur l’information et la démocratie avait alors reçu le soutien de 12 chefs d’Etat et de gouvernement (Burkina Faso, Canada, Costa Rica, Danemark, France, Lettonie, Liban, Lituanie, Norvège, Sénégal, Suisse, Tunisie), du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres ainsi que de la directrice générale de l’UNESCO Audrey Azoulay et du secrétaire général du Conseil de l’Europe, Thorbjorn Jagland). Les chefs d’Etat et de gouvernement s’étaient alors engagés à lancer un processus politique basé sur les principes édictés par la Commission sur l’information et la démocratie créée par RSF. La Commission sur l’information et la démocratie, composée de 25 personnalités de 18 nationalités, tels que des lauréats du prix Nobel, des journalistes de renom, des spécialistes des nouvelles technologies, des juristes et d’anciens dirigeants d’organisations internationales, est co-présidée par Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, et Shirin Ebadi, lauréate du Prix Nobel de la Paix.

 

RSF Suisse appelle le FC Sion à cesser son boycott du Nouvelliste

RSF Suisse appelle le FC Sion à cesser son boycott du Nouvelliste

Pour Reporters sans frontières (RSF) Suisse, le boycott du quotidien valaisan Le Nouvelliste par le FC Sion et son patron Christian Constantin repose sur des conceptions d’un autre âge et doit cesser immédiatement. (Photo Fabrice Coffrini / AFP)

Alors que le championnat de Super League vient de reprendre, Le Nouvelliste a dû annoncer en fin de semaine dernière qu’il restera boycotté par le club sédunois. Les négociations engagées avec Christian Constantin pour rétablir une situation normale et mettre un terme à des mesures entrées en vigueur l’an dernier déjà ont échoué.

Les journalistes du quotidien continueront donc à ne pas pouvoir accéder à la tribune de presse du stade de Tourbillon à Sion, ni participer aux conférences d’après-match. Plus encore, les joueurs et tous les représentants du club se voient, eux, interdits d’entrer en contact avec la rédaction du journal.

Pour lever ce boycott visant un média globalement, Christian Constantin a exigé de pouvoir disposer gratuitement d’une page entière dans Le Nouvelliste, chaque vendredi de l’année, afin de faire assurer la couverture du FC Sion dans le quotidien par le service de communication du club lui-même.

C’est sur ce point que les discussions ont échoué. Le Nouvelliste ne pouvait évidemment accepter une telle offre, indigne, contraire aux fondements les plus élémentaires de l’indépendance journalistique et foulant aux pieds le respect minimal dû aux lecteurs et au public.

RSF Suisse salue la détermination du quotidien et s’alarme qu’il puisse se trouver un patron de club sportif pour formuler une telle proposition. Nous demandons à l’intéressé d’en prendre conscience, de revenir sur le terrain du raisonnable et d’abandonner sans délai une conception totalement dépassée des relations avec les médias.

Un acteur local de poids tel le FC Sion ne devrait pas impunément abuser de sa position dominante pour mettre la presse régionale à sa botte. RSF Suisse soutient dès lors les démarches que Le Nouvelliste entend entreprendre auprès des instances sportives compétentes et appellent ces dernières à prendre les mesures qui s’imposent, le cas échéant en faisant jurisprudence, pour rétablir le plein respect de la liberté d’informer.

RSF Suisse condamne l’agression d’un journaliste  de la RTS à Genève

RSF Suisse condamne l’agression d’un journaliste de la RTS à Genève

Reporters sans frontières (RSF) Suisse condamne fermement l’agression d’un journaliste de la RTS mercredi à Genève, lors d’un rassemblement d’opposants au régime du président camerounais Paul Biya.

L’organisation de défense des journalistes attend des autorités suisses qu’elles donnent à cette atteinte inadmissible à la liberté d’informer toutes les suites qui s’imposent en dépit des difficultés juridiques et diplomatiques qui pourraient survenir.

Les faits se sont déroulés devant l’hôtel Intercontinental où séjournerait le chef d’Etat africain, selon les informations de la RTS. Alors qu’une dizaine d’opposants au régime s’étaient rassemblés devant l’établissement, sur la voie publique, plusieurs hommes sont sortis de l’hôtel et se sont précipités sur eux pour les disperser.

Sur place pour couvrir le rassemblement, le journaliste était en train de filmer la scène lorsqu’il a été agressé par ces mêmes hommes, qu’il a immédiatement supposé être les gardes du corps du président camerounais.

Alors même qu’Adrien Krause leur avait indiqué être présent en tant que journaliste, ses agresseurs lui ont violemment arraché son sac à dos, lui causant des hématomes, et se sont emparés de son téléphone portable et de son portemonnaie.

Même si ce matériel a pu être restitué intégralement au journaliste après l’intervention des forces de l’ordre, RSF Suisse déplore que deux policiers ayant assisté à la scène ne soient pas intervenus immédiatement pour empêcher de tels agissements de se produire.

Nous alertons également sur le risque extrêmement important que la saisie même momentanée d’un téléphone portable par des personnes non autorisées fait courir au secret et à la protection des sources du journaliste concerné. Dans une telle hypothèse, des investigations devraient être systématiquement entreprises pour vérifier qu’aucun accès indu n’a été pratiqué.

Nous saluons en revanche la réaction ferme et rapide du Département fédéral des affaires étrangères, qui est intervenu directement auprès des autorités camerounaises. C’est en condamnant de tels actes avec toute la fermeté voulue que la Suisse montrera le mieux son attachement aux libertés d’informer et de manifester, toutes deux indispensables au fonctionnement de la démocratie et de l’Etat de droit.

Journée mondiale de la liberté de la presse: lettre ouverte au Conseil fédéral

Journée mondiale de la liberté de la presse: lettre ouverte au Conseil fédéral

A l’occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse, RSF Suisse ainsi que les organisations de journalistes impressum, SSM et syndicom adressent une lettre ouverte au Conseil fédéral pour lui demander d’intervenir activement en faveur de  la libération de journalistes arbitrairement détenus, en particulier en Chine et en Arabie saoudite (Photo GREG BAKER / AFP). En voici le texte:

Genève/Zurich, le 3 mai 2019

Mesdames et Messieurs les conseillers fédéraux,

Le Président de la Confédération, M. Ueli Maurer, vient de rentrer d’une visite d’Etat en Chine. Lors de ce voyage, il a signé une lettre d’intention avec Robin Li, dirigeant de Baidu, en vue d’une coopération entre cette société et l’ambassade de Suisse.

Baidu domine le marché chinois des moteurs de recherche sur internet. Selon un rapport sur la Chine que vient de publier le siège international de Reporters sans frontières (RSF) à Paris, Baidu coopère avec la censure et la propagande gouvernementales. Les informations auxquelles les utilisateurs de ce moteur de recherche ont accès ne sont dès lors pas libres mais sous le contrôle invasif du gouvernement.

Dans la dernière édition du classement mondial de la liberté de la presse publié le mois dernier par RSF, la Chine se classe 177e sur 180 pays. La Suisse, elle, occupe le 6e rang. C’est un résultat qui est à l’honneur de notre pays. La section suisse de Reporters sans frontières ainsi que les organisations de journalistes impressum, SSM et syndicom se rejoignent toutefois pour affirmer que ce très bon classement comporte aussi certaines obligations pour la Suisse, à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières, y compris à l’égard d’un pays comme la Chine.

Or, notre pays a récemment montré peu d’empressement à assumer le rôle exemplaire qui devrait être le sien dans la défense de la liberté de la presse. Lors de la dernière session du Conseil des droits de l’homme, au mois de mars, la Suisse a fâcheusement renoncé à soutenir la déclaration d’un groupe de 36 Etats sur l’Arabie saoudite. Ces pays, principalement européens et emmenés par l’Islande, réclamaient à Ryad la libération des nombreux journalistes et activistes arbitrairement détenus. Ils lui demandaient aussi de coopérer à toutes les investigations internationales visant à faire la lumière sur la mort de Jamal Khashoggi.

A l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse ce vendredi 3 mai 2019, RSF Suisse, impressum, SSM et syndicom appellent le Conseil fédéral – en particulier le président de la Confédération Ueli Maurer et le chef du Département fédéral des affaires étrangères Ignazio Cassis – à s’engager clairement et activement en faveur de la liberté de l’information, de la sécurité des journalistes et de leur intégrité.

Nous demandons que les autorités suisses interviennent en ce sens auprès de tous leurs contacts et lors toutes leurs missions à l’étranger. Nous rappelons qu’actuellement, 14 journalistes et 50 blogueurs sont détenus en Chine, alors qu’en Arabie saoudite, ils sont respectivement 23 et 14 à être enfermés. En vous priant d’intervenir en faveur de leur libération, nous vous assurons, Mesdames et Messieurs les conseiller fédéraux, de notre haute considération.

Reporters sans frontières (RSF) Suisse

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