RSF Suisse appelle le FC Sion à cesser son boycott du Nouvelliste

RSF Suisse appelle le FC Sion à cesser son boycott du Nouvelliste

Pour Reporters sans frontières (RSF) Suisse, le boycott du quotidien valaisan Le Nouvelliste par le FC Sion et son patron Christian Constantin repose sur des conceptions d’un autre âge et doit cesser immédiatement. (FABRICE COFFRINI / AFP)

Alors que le championnat de Super League vient de reprendre, Le Nouvelliste a dû annoncer en fin de semaine dernière qu’il restera boycotté par le club sédunois. Les négociations engagées avec Christian Constantin pour rétablir une situation normale et mettre un terme à des mesures entrées en vigueur l’an dernier déjà ont échoué.

Les journalistes du quotidien continueront donc à ne pas pouvoir accéder à la tribune de presse du stade de Tourbillon à Sion, ni participer aux conférences d’après-match. Plus encore, les joueurs et tous les représentants du club se voient, eux, interdits d’entrer en contact avec la rédaction du journal.

Pour lever ce boycott visant un média globalement, Christian Constantin a exigé de pouvoir disposer gratuitement d’une page entière dans Le Nouvelliste, chaque vendredi de l’année, afin de faire assurer la couverture du FC Sion dans le quotidien par le service de communication du club lui-même.

C’est sur ce point que les discussions ont échoué. Le Nouvelliste ne pouvait évidemment accepter une telle offre, indigne, contraire aux fondements les plus élémentaires de l’indépendance journalistique et foulant aux pieds le respect minimal dû aux lecteurs et au public.

RSF Suisse salue la détermination du quotidien et s’alarme qu’il puisse se trouver un patron de club sportif pour formuler une telle proposition. Nous demandons à l’intéressé d’en prendre conscience, de revenir sur le terrain du raisonnable et d’abandonner sans délai une conception totalement dépassée des relations avec les médias.

Un acteur local de poids tel le FC Sion ne devrait pas impunément abuser de sa position dominante pour mettre la presse régionale à sa botte. RSF Suisse soutient dès lors les démarches que Le Nouvelliste entend entreprendre auprès des instances sportives compétentes et appellent ces dernières à prendre les mesures qui s’imposent, le cas échéant en faisant jurisprudence, pour rétablir le plein respect de la liberté d’informer.

RSF Suisse condamne l’agression d’un journaliste  de la RTS à Genève

RSF Suisse condamne l’agression d’un journaliste de la RTS à Genève

Reporters sans frontières (RSF) Suisse condamne fermement l’agression d’un journaliste de la RTS mercredi à Genève, lors d’un rassemblement d’opposants au régime du président camerounais Paul Biya.

L’organisation de défense des journalistes attend des autorités suisses qu’elles donnent à cette atteinte inadmissible à la liberté d’informer toutes les suites qui s’imposent en dépit des difficultés juridiques et diplomatiques qui pourraient survenir.

Les faits se sont déroulés devant l’hôtel Intercontinental où séjournerait le chef d’Etat africain, selon les informations de la RTS. Alors qu’une dizaine d’opposants au régime s’étaient rassemblés devant l’établissement, sur la voie publique, plusieurs hommes sont sortis de l’hôtel et se sont précipités sur eux pour les disperser.

Sur place pour couvrir le rassemblement, le journaliste était en train de filmer la scène lorsqu’il a été agressé par ces mêmes hommes, qu’il a immédiatement supposé être les gardes du corps du président camerounais.

Alors même qu’Adrien Krause leur avait indiqué être présent en tant que journaliste, ses agresseurs lui ont violemment arraché son sac à dos, lui causant des hématomes, et se sont emparés de son téléphone portable et de son portemonnaie.

Même si ce matériel a pu être restitué intégralement au journaliste après l’intervention des forces de l’ordre, RSF Suisse déplore que deux policiers ayant assisté à la scène ne soient pas intervenus immédiatement pour empêcher de tels agissements de se produire.

Nous alertons également sur le risque extrêmement important que la saisie même momentanée d’un téléphone portable par des personnes non autorisées fait courir au secret et à la protection des sources du journaliste concerné. Dans une telle hypothèse, des investigations devraient être systématiquement entreprises pour vérifier qu’aucun accès indu n’a été pratiqué.

Nous saluons en revanche la réaction ferme et rapide du Département fédéral des affaires étrangères, qui est intervenu directement auprès des autorités camerounaises. C’est en condamnant de tels actes avec toute la fermeté voulue que la Suisse montrera le mieux son attachement aux libertés d’informer et de manifester, toutes deux indispensables au fonctionnement de la démocratie et de l’Etat de droit.

Journée mondiale de la liberté de la presse: lettre ouverte au Conseil fédéral

Journée mondiale de la liberté de la presse: lettre ouverte au Conseil fédéral

A l’occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse, RSF Suisse ainsi que les organisations de journalistes impressum, SSM et syndicom adressent une lettre ouverte au Conseil fédéral pour lui demander d’intervenir activement en faveur de  la libération de journalistes arbitrairement détenus, en particulier en Chine et en Arabie saoudite (Photo GREG BAKER / AFP). En voici le texte:

Genève/Zurich, le 3 mai 2019

Mesdames et Messieurs les conseillers fédéraux,

Le Président de la Confédération, M. Ueli Maurer, vient de rentrer d’une visite d’Etat en Chine. Lors de ce voyage, il a signé une lettre d’intention avec Robin Li, dirigeant de Baidu, en vue d’une coopération entre cette société et l’ambassade de Suisse.

Baidu domine le marché chinois des moteurs de recherche sur internet. Selon un rapport sur la Chine que vient de publier le siège international de Reporters sans frontières (RSF) à Paris, Baidu coopère avec la censure et la propagande gouvernementales. Les informations auxquelles les utilisateurs de ce moteur de recherche ont accès ne sont dès lors pas libres mais sous le contrôle invasif du gouvernement.

Dans la dernière édition du classement mondial de la liberté de la presse publié le mois dernier par RSF, la Chine se classe 177e sur 180 pays. La Suisse, elle, occupe le 6e rang. C’est un résultat qui est à l’honneur de notre pays. La section suisse de Reporters sans frontières ainsi que les organisations de journalistes impressum, SSM et syndicom se rejoignent toutefois pour affirmer que ce très bon classement comporte aussi certaines obligations pour la Suisse, à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières, y compris à l’égard d’un pays comme la Chine.

Or, notre pays a récemment montré peu d’empressement à assumer le rôle exemplaire qui devrait être le sien dans la défense de la liberté de la presse. Lors de la dernière session du Conseil des droits de l’homme, au mois de mars, la Suisse a fâcheusement renoncé à soutenir la déclaration d’un groupe de 36 Etats sur l’Arabie saoudite. Ces pays, principalement européens et emmenés par l’Islande, réclamaient à Ryad la libération des nombreux journalistes et activistes arbitrairement détenus. Ils lui demandaient aussi de coopérer à toutes les investigations internationales visant à faire la lumière sur la mort de Jamal Khashoggi.

A l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse ce vendredi 3 mai 2019, RSF Suisse, impressum, SSM et syndicom appellent le Conseil fédéral – en particulier le président de la Confédération Ueli Maurer et le chef du Département fédéral des affaires étrangères Ignazio Cassis – à s’engager clairement et activement en faveur de la liberté de l’information, de la sécurité des journalistes et de leur intégrité.

Nous demandons que les autorités suisses interviennent en ce sens auprès de tous leurs contacts et lors toutes leurs missions à l’étranger. Nous rappelons qu’actuellement, 14 journalistes et 50 blogueurs sont détenus en Chine, alors qu’en Arabie saoudite, ils sont respectivement 23 et 14 à être enfermés. En vous priant d’intervenir en faveur de leur libération, nous vous assurons, Mesdames et Messieurs les conseiller fédéraux, de notre haute considération.

Reporters sans frontières (RSF) Suisse

Impressum

Syndicat suisse des mass media (SSM)

Syndicom

Classement mondial de la liberté de la presse 2019: la mécanique de la peur

Classement mondial de la liberté de la presse 2019: la mécanique de la peur

18 avril 2019 – L’édition 2019 du Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières (RSF) montre que la haine des journalistes a dégénéré en violence, laquelle est facteur d’une montée de la peur. Le nombre de pays considérés comme sûrs, où les journalistes peuvent exercer leur métier en toute sécurité, continue de se réduire, tandis que les régimes autoritaires renforcent leur emprise sur les médias.  

Lire le dossier sur www.rsf.org

Le Classement RSF, qui évalue chaque année la situation du journalisme dans 180 pays et territoires révèle le déclenchement d’une mécanique de la peur très préjudiciable à l’exercice serein du journalisme. L’hostilité à l’encontre des journalistes, voire la haine relayée dans nombre de pays par des dirigeants politiques, a fini par susciter des passages à l’acte plus graves et plus fréquents, qui provoquent un accroissement des dangers et, de ce fait, un niveau de peur inédit dans certains endroits.

« Si le débat politique glisse subrepticement ou manifestement vers une ambiance de guerre civile, où les journalistes font figure de victimes expiatoires, les modèles démocratiques sont en grand danger, explique Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Enrayer cette mécanique de la peur est une urgence absolue pour les femmes et les hommes de bonne volonté, attachés aux libertés acquises au long de l’histoire. »

Au Classement 2019, la Norvège conserve pour la troisième année consécutive sa place de premier, tandis que la Finlande (+2) retrouve sa deuxième position, au détriment des Pays-Bas (4e, -1), où deux reporters spécialistes du crime organisé sont contraints de vivre sous protection policière permanente. La recrudescence du cyberharcèlement a fait perdre une place à la Suède (3e). Au titre des bonnes nouvelles sur le continent africain, l’Ethiopie (110e, +40) et la Gambie (92e, +30) progressent significativement.

Plusieurs régimes autoritaires perdent des places au Classement. C’est le cas du Venezuela (148e, -5), où les journalistes ont été confrontés aux arrestations et violences infligées par les forces de l’ordre. Et de la Russie (149e, -1), où le Kremlin a accentué la pression contre les médias indépendants et internet, à coup d’arrestations, de perquisitions arbitraires et de lois liberticides. Le Vietnam (176e), talonné par la Chine (177e, -1), perd également une place. Dans la Corne de l’Afrique, l’Erythrée atteint l’antépénultième place (178e, +1), malgré la pacification de ses relations avec l’Ethiopie, tandis que le Turkménistan (180e, – 2) est désormais dernier, à la place de la Corée du Nord (179e, +1).

Seulement 24% des 180 pays et territoires affichent une situation “bonne” (zone blanche) ou “plutôt bonne” (zone jaune) contre 26% l’année dernière. Les Etats-Unis (48e), où un climat toujours plus hostile s’est installé au-delà des propos de Donald Trump, perdent trois places en 2019 et basculent dans la zone orange, ce qui signale une situation problématique. Jamais les journalistes américains n’avaient fait l’objet d’autant de menaces de mort. Ils n’avaient jamais non plus autant sollicité d’entreprises privées pour assurer leur sécurité. La détestation des médias est telle que, dans le Maryland, un homme a délibérément ouvert le feu dans la rédaction du quotidien local d’Annapolis, The Capital Gazette, faisant cinq morts. Avant de passer à l’acte, le tueur avait abondamment partagé sa haine du journal sur les réseaux sociaux.

Menaces, insultes et agressions font désormais partie des “risques du métier” de journaliste dans de nombreux pays. En Inde (140e, -2), où ceux qui critiquent l’idéologie nationaliste hindoue sont qualifiés d’éléments ”anti-indiens” dans le cadre de campagnes de cyberharcèlement, six journalistes ont été assassinés en 2018. Au Brésil (105e, -3), depuis la campagne électorale, la presse est devenue une cible pour les partisans de Jair Bolsonaro, tant sur le terrain virtuel que physique.

Le courage des journalistes d’investigation traqués

Dans ce climat d’hostilité généralisée, il faut du courage pour continuer à enquêter sur la corruption, l’évasion fiscale ou le crime organisé. En Italie (43e, +3), le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, a envisagé de remettre en question la protection policière du journaliste Roberto Saviano à la suite de ses critiques contre le dirigeant de la Ligue, tandis qu’un peu partout dans le monde et notamment en Algérie (141e, -5) ou en Croatie (64e, +5), médias et journalistes sont confrontés à un harcèlement judiciaire croissant.

Les procédures bâillons engagées contre les journalistes d’investigation en France ou à Malte (77e, -12) visent à les épuiser financièrement, voire à les conduire en prison, comme en Pologne (59e, -1), où les journalistes du quotidien Gazeta Wyborcza sont menacés de peines d’emprisonnement pour avoir mis en cause le dirigeant au pouvoir dans une affaire de construction douteuse. C’est aussi le cas en Bulgarie (111e), où deux journalistes indépendants ont été placés en détention alors qu’ils enquêtaient depuis plusieurs mois sur des détournements de fonds européens. En plus des pressions judiciaires, les journalistes d’investigation sont la cible d’intimidations multiformes dès lors que leur travail lève le voile sur des pratiques ou des affaires véreuses. La maison de l’un d’entre eux a été incendiée en Serbie (90e, -14), et d’autres ont été froidement éliminés, comme cela a été le cas à Malte, en Slovaquie (35e, -8), au Mexique (144e, +3) ou encore au Ghana (27e, -4).

La traque des journalistes qui gênent les pouvoirs en place semble ne plus avoir de limite. Le meurtre sordide de l’éditorialiste saoudien Jamal Khashoggi, commis de sang-froid au sein du consulat en Turquie en octobre dernier, a envoyé un message glaçant aux journalistes bien au-delà des frontières du seul royaume d’Arabie saoudite (172e, -3). Par peur pour leur vie, nombre de journalistes de la région pratiquent l’autocensure ou ont tout simplement cessé d’écrire. 

Les plus fortes dégradations affectent des régions en principe vertueuses

Cette année, c’est la zone Amérique du Nord et du Sud qui enregistre la plus grande dégradation de son score régional (+3,6%). Ce mauvais résultat n’est pas seulement dû aux piètres performances des Etats-Unis, du Brésil et du Venezuela. Le Nicaragua (114e), qui dévisse de 24 places, subit l’une des baisses les plus significatives en 2019. Les journalistes nicaraguayens qui couvrent les manifestations anti-gouvernement Ortega, considérés comme des opposants, sont fréquemment agressés. Nombre d’entre eux ont été contraints à l’exil pour éviter d’être accusés de terrorisme et jetés en prison. Le continent abrite aussi l’un des pays les plus meurtriers, le Mexique, où au moins dix journalistes ont été assassinés en 2018. Même si l’arrivée au pouvoir du président Andrés Manuel López Obrador a quelque peu apaisé les relations entre les pouvoirs publics et la presse mexicaine, la permanence des violences et de l’impunité des assassinats perpétrés contre les journalistes a par ailleurs conduit RSF à saisir, en mars dernier, la Cour pénale internationale (CPI).

L’Union européenne et les Balkans enregistrent la deuxième plus forte dégradation du Classement  (+1,7%). Dans cette zone qui reste celle où la liberté de la presse est la mieux respectée et qui est en principe la plus sûre, les journalistes doivent aujourd’hui faire face aux pires menaces : le meurtre à Malte, en Slovaquie et en Bulgarie (111e), des attaques verbales et physiques notamment en Serbie ou au Monténégro (104e, -1), ou un niveau inédit de violences lors des manifestations de “gilets jaunes” en France (32e, +1) – au point que nombre d’équipes de télévision n’osent plus afficher leur logo ni couvrir les manifestations sans être accompagnées de gardes du corps. La stigmatisation des journalistes s’affiche aussi désormais de façon décomplexée : en Hongrie (87e, -14), les responsables du parti de Viktor Orban refusent de répondre aux questions des journalistes qui ne travailleraient pas pour des médias considérés comme des “amis du Fidesz”. En Pologne, ce sont les médias publics transformés en instruments de propagande qui permettent, de façon de plus en plus intensive, d’exercer des pressions sur les journalistes.

En dépit d’une dégradation moins importante cette année de son indice régional, la zone Moyen-Orient et Afrique du Nord reste celle où il est le plus difficile et le plus dangereux pour les journalistes d’exercer leur profession. Même si le nombre de journalistes tués en 2018 en Syrie (174e, +3) a légèrement diminué, le pays, tout comme le Yémen (168e, -1) reste extrêmement dangereux pour eux. Au-delà des guerres et des crises profondes comme en Libye (162e), un autre grand danger plane sur les journalistes de la région : l’arrestation arbitraire et l’emprisonnement. L’Iran (170e, -6) est l’une des plus grandes prisons de journalistes au monde. Des dizaines d’entre eux croupissent également derrière les barreaux en Arabie saoudite, en Egypte (163e, -2) et au Bahreïn (167e, -1) sans forcément avoir été jugés. Et quand ils le sont, comme au Maroc (135e), ils sont confrontés à des procédures interminables. Dans ce sombre tableau, seule la Tunisie fait figure d’exception (72e, +25) et enregistre une baisse notable du nombre d’exactions.

L’Afrique enregistre la plus faible dégradation régionale de l’édition 2019 du Classement mais aussi certaines des plus fortes évolutions de l’année écoulée. Un changement de régime a permis à l’Ethiopie (110e) de vider ses prisons des journalistes et de faire un bond spectaculaire de 40 places. C’est aussi une alternance politique qui a permis à la Gambie (92e, +30) d’afficher l’une des hausses les plus importantes du Classement. Les changements de pouvoir sur le continent ne profitent toutefois pas tous aux journalistes. En Tanzanie (118e, -25e), l’arrivée depuis 2015 du président John Magufuli, surnommé “le Bulldozer”, s’est accompagnée d’attaques sans précédent contre la presse. Autre baisse significative : la Mauritanie (94e, -22) où le blogueur Mohamed Cheikh Ould Mohamed Mkhaïtir, initialement condamné à mort pour apostasie avant d’être déclaré libérable, est maintenu en détention dans un lieu secret depuis plus d’un an et demi. Continent des contrastes, l’Afrique est aussi celui de la continuité du côté du pire : la République démocratique du Congo (RDC), qui se maintient à la 154e place, est le pays d’Afrique où RSF a enregistré le plus d’exactions en 2018, tandis que la Somalie (164e) reste le pays de la région le plus meurtrier pour les journalistes.

Malgré des évolutions nationales inhabituellement contrastées et une légère amélioration de son indice régional, la zone Europe de l’Est et Asie centrale conserve, année après année son avant-dernière place dans le Classement. C’est dans cette région que l’indicateur qui évalue la qualité du cadre légal est le plus dégradé. Plus de la moitié des pays et territoires de la zone pointent toujours autour ou derrière la 150e place. Les deux poids lourds de la région, la Russie et la Turquie (157e), persistent à réprimer la presse indépendante. Plus grande prison pour les professionnels des médias, la Turquie est le seul pays au monde à avoir poursuivi une journaliste pour ses enquêtes sur les “Paradise Papers”. Dans cette partie du monde où tout est largement figé, les hausses sont rares et méritent d’être signalées. L’Ouzbékistan (160e, + 5), qui a libéré les derniers journalistes emprisonnés sous la dictature de feu Islam Karimov, quitte la zone “noire”, qui indique les situations le plus critiques. L’Arménie (61e, +19) dont la “révolution de velours” a permis de desserrer l’emprise du pouvoir sur l’audiovisuel public, fait de son côté un bond d’autant plus important qu’elle est située dans la zone volatile du Classement.

Propagande totalitaire, censure et intimidations, violences physiques et cyberharcèlement : l’Asie-Pacifique concentre tous les maux qui entravent l’exercice du journalisme et affiche cette année un indice régional stable qui la maintient dans les plus mauvaises places. Le nombre de journalistes assassinés a été particulièrement élevé en Afghanistan (121e), en Inde et au Pakistan (142e, -3). La désinformation devient aussi un véritable fléau régional. En Birmanie, l’instrumentalisation des réseaux sociaux a contribué à banaliser les messages de haine anti-rohingyas et à normaliser le fait que deux journalistes de Reuters se retrouvent condamnés à sept de prison pour avoir tenté d’enquêter sur le génocide dont est victime cette communauté. Sous l’influence croissante de la Chine, la censure se répand à Singapour (151e) ou au Cambodge (143e, -1). Dans cet environnement difficile, les 22 places gagnées par la Malaisie (123e) et les Maldives (98e) illustrent à quel point les alternances politiques peuvent radicalement changer l’environnement de travail des journalistes et de quelle façon l’écosystème politique d’un État influence directement la situation de la liberté de la presse.

Publié chaque année depuis 2002 à l’initiative de RSF, le Classement mondial de la liberté de la presse permet d’établir la situation relative de 180 pays et territoires en matière de liberté d’information. La méthodologie du Classement s’appuie sur leurs performances en matière de pluralisme, d’indépendance des médias, d’environnement et d’autocensure, de cadre légal, de transparence et de qualité des infrastructures soutenant la production de l’information. Il ne s’agit pas ici d’évaluer les politiques gouvernementales des pays. 

Les indices globaux et régionaux sont calculés à partir des scores obtenus par les différents pays et territoires. Ces scores sont eux-mêmes établis à partir d’un questionnaire proposé en vingt langues à des experts du monde entier, doublé d’une analyse qualitative. A noter que plus l’indice est élevé, pire est la situation. La notoriété du Classement mondial de la liberté de la presse en fait un outil de plaidoyer essentiel.

La Suisse bien placée, mais la diversité de ses médias en danger

La Suisse bien placée, mais la diversité de ses médias en danger

Genève, le 18 avril 2019 – La Suisse se situe toujours parmi les pays où la liberté de la presse est la mieux protégée, selon l’édition 2019 du classement mondial de la liberté de la presse établi chaque année depuis 2002 par Reporters sans frontières (RSF), publiée ce jeudi. Ce bon résultat s’accompagne néanmoins d’un point faible : la détérioration de la situation économique des médias, qui peut devenir un risque pour un journalisme critique et indépendant, estime RSF Suisse. Dans le reste du monde, les risques pour les journalistes s’aggravent de manière inquiétante, y compris dans certains pays européens.

La Suisse perd une place, passant du 5e au 6e rang sur 180 pays, selon le nouveau classement de RSF. Ce recul n’est toutefois pas significatif, puisqu’il est dû avant tout au meilleur score obtenu par le Danemark, qui retrouve la place qu’il occupait il y a deux ans.

“La mécanique de la peur”: le communiqué de RSF international: Index2019_Analyse Générale _ La mécanique de la peur_FR_OK

Une analyse plus détaillée fait néanmoins apparaître la principale zone d’ombre planant sur la liberté de la presse en Suisse, qui tient à la précarité économique toujours plus visible de bon nombre de médias : effectifs en baisse, moyens réduits pour le journalisme d’investigation, diversité des contenus mise à mal, couverture insuffisante des événements locaux, etc.

RSF Suisse s’alarme de ce constat et demande en particulier que le débat politique sur l’aide aux médias entre enfin dans une phase plus concrète. L’attachement des Suissesses et des Suisses à un service public audiovisuel de qualité s’est certes manifesté de manière éclatante lors du rejet de l’initiative No Billag le 4 mars 2018. La pression sur la SSR n’a toutefois pas disparu et a amené la direction à présenter un plan d’économie de 100 millions de francs. Quant à la presse écrite, le bouleversement de son modèle d’affaires entraîné par la révolution numérique n’a pas fini de faire sentir ses effets : après la restructuration de l’ATS et la disparition de l’édition imprimée du Matin, ce sont maintenant 200 emplois dont la suppression a été annoncée au sein du groupe de presse CH Media, ainsi que l’abandon de deux publications dominicales.

Face à l’ampleur de ces défis, la réponse des pouvoirs publics tarde. L’avant-projet de nouvelle loi sur les médias électroniques préparé par le Conseil fédéral l’an dernier a été mal accueilli lors de la procédure de consultation. Ce texte ne constitue pas une base de discussion solide pour l’avenir et devra être entièrement repensé.

RSF Suisse est par ailleurs préoccupé par les procès ouverts coup sur coup ces derniers mois contre des médias par des magistrats en fonction, en particulier dans les cantons de Vaud et de Genève par les conseillers d’Etat Pascal Broulis et Pierre Maudet. Ces attaques sont trop récentes pour avoir été prises en compte dans le classement mondial. Mais RSF Suisse suivra  attentivement ces procès et attend des décisions de justice à venir qu’elles reconnaissent une portée sans concession à la liberté d’informer.

Une mécanique de la peur

Les difficultés qui viennent d’être évoquées n’empêchent pas la Suisse de figurer, dans le classement mondial de RSF, au sein de la « zone blanche » des pays où la liberté de la presse est pleinement assurée. Seuls quelques pays nordiques font mieux que la Suisse.

Dans le reste du monde, les résultats du classement 2019 sont inquiétants. RSF constate l’apparition d’une « mécanique de la peur » qui s’étend désormais non seulement aux régimes non démocratiques ou en proie à des conflits armés mais aussi à l’Europe elle-même. Les meurtres successifs de 3 journalistes, à Malte, en Slovaquie et en Bulgarie ont démontré que l’Europe n’est plus un sanctuaire pour les professionnels de l’information.

La Suisse ne peut rester indifférente face à cette évolution. RSF Suisse appelle toutes les autorités, jusqu’au plus niveau, à en prendre conscience et à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour combattre les atteintes à la liberté de la presse avec détermination, où qu’elles se produisent.

RSF Suisse salue l’acquittement du photo-journaliste Demir Sönmez

RSF Suisse salue l’acquittement du photo-journaliste Demir Sönmez

Le photo-journaliste Demir Sönmez a été acquitté jeudi 11 avril par le Tribunal de police de Genève de l’infraction d’entrave à l’action de la police. Les faits remontent à fin 2017. Demir Sönmez couvrait une manifestation de rue. Il a été accusé de gêner le travail de la police. Reporters sans frontières (RSF) Suisse salue l’acquittement prononcé jeudi par la justice genevoise. Une telle décision préserve la liberté d’information et de presse, en particulier celle des photo-journalistes amenés à opérer au plus près des forces de l’ordre.

Lire notre communiqué :Communiqué RSF Suisse Demir Sonmez

Arabie saoudite et assassinat de Jamal Khashoggi: la Suisse se dérobe

Arabie saoudite et assassinat de Jamal Khashoggi: la Suisse se dérobe

Reporters sans frontières (RSF) Suisse est consterné par le choix incompréhensible de la Suisse de ne pas s’associer à une déclaration faite jeudi 7 mars au Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève. Déposée au nom de 36 Etats, ce texte appelle l’Arabie saoudite à faire toute la lumière et à coopérer à toutes les enquêtes internationales destinées à élucider les circonstances de la mort sordide trouvée par le journaliste Jamal Khashoggi au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul.
Lire notre communiqué: Khashoggi

Intolérables menaces de mort contre un journaliste suisse

Intolérables menaces de mort contre un journaliste suisse

Reporters sans frontières (RSF) Suisse a pris connaissance avec la plus vive inquiétude des menaces de mort dont le journaliste à « L’Illustré » Arnaud Bédat (Photo: Jean Revillard) a récemment fait l’objet. Ces menaces, qui font suite aux enquêtes qu’Arnaud Bédat a publiées sur Andriy Pavelko, le président de la fédération ukrainienne de football, sont intolérables. Elles doivent être condamnées avec la plus grande fermeté. RSF Suisse appelle les autorités judiciaires et policières compétentes à réagir avec une détermination sans faille et à assurer une protection absolue au journaliste.

Notre communiqué de presse du jeudi 14 février 2019BEDAT CP -F 14.02.2019

Vendredi 15 mars 2019 : concert inaugural de l’Orchestre des Nations, en partenariat avec RSF

Vendredi 15 mars 2019 : concert inaugural de l’Orchestre des Nations, en partenariat avec RSF

Reporters sans frontières (RSF) Suisse a le plaisir de vous convier au concert inaugural de l’Orchestre des Nations qui se tiendra le vendredi 15 mars 2019 à 20h00, au Victoria Hall de Genève.

Dirigée par Antoine Marguier, chef d’orchestre internationalement reconnu, ce concert exceptionnel présentera trois chefs d’œuvres de la musique classique : l’Ouverture d’Egmont, de Ludwig van Beethoven, le Concerto pour violoncelle de Camille Saint-Saëns, auxquels s’ajoutera l’emblématique Symphonie du Nouveau Monde, d’Antonin Dvořák.

Le soliste de la soirée sera le violoncelliste Gautier Capuçon.

Les billets sont d’ores et déjà disponibles sur le site de l’Orchestre des Nations www.orchestedesnations.ch.

Une partie des bénéfices de ce concert ira au Fonds de soutien et de solidarité en faveur des journalistes et acteurs de l’information persécutés ou en danger de RSF.

Lire le communiqué de presse ODN Comm Presse FR 02.19

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