Journée internationale des victimes de disparition forcée :  ces Etats qui font disparaître les journalistes

Journée internationale des victimes de disparition forcée : ces Etats qui font disparaître les journalistes

A l’occasion de la Journée internationale des victimes de disparition forcée le 30 août 2017, Reporters sans frontières (RSF) révèle qu’un nombre croissant d’États rivalisent d’imagination pour faire disparaître les journalistes “gênants”.

Dawiit Isaak, Jean Bigirimana, Akram Raslan, Guy-André Kieffer…. Ces journalistes ont en commun d’avoir subitement disparu, laissant leurs proches dans une angoisse sans fin. Tous ont été victimes de “disparitions forcées”. Une pratique qui implique les Etats, directement ou tacitement. Ce sont les pouvoirs en place, ou des personnes ou des groupes qui agissent avec leur appui ou acquiescement, qui arrêtent, séquestrent, privent de liberté la personne qui dérange, la voix qu’il fallait faire taire. Ce délit multiforme, perpétré en toute discrétion et impunité par de plus en plus de régimes, est pourtant reconnu depuis 2002 comme un crime contre l’humanité.

La Chine a inventé les “vacances forcées”, la Syrie a développé les disparitions de masse, le continent africain s’est mis à imiter l’Amérique du Sud, tristement pionnière en matière de disparition forcée. Au lieu de diminuer, cette pratique barbare se diversifie et se répand à travers le monde pour faire chaque année un peu plus de victimes parmi les journalistes et les blogueurs, dénonce Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, qui regrette l’impunité dont jouissent le plus souvent les auteurs des crimes, et le manque d’engagement de la part des États démocratiques pour y mettre fin.”

La macabre tradition des “desaparecidos” s’est mondialisée

Dans les dictatures militaires d’Amérique du Sud des années 60 et 70, la pratique des “disparitions” d’opposants était tellement courante que le mot espagnol “desaparecidos” (disparus) est entré dans le vocabulaire pour désigner les victimes du terrorisme d’État. Dans la seule période 1976-1980, l’Argentine du dictateur Videla s’était ainsi débarrassé de 91 journalistes. Au Brésil et au Chili, entre 1973 et 1975, plus de 18 journalistes ont disparu de la même manière.

Malgré un niveau de violence contre la presse qui reste très élevé, le phénomène s’est atténué depuis en Amérique latine, à l’exception du Mexique où au moins 23 journalistes ont disparu depuis l’an 2000, des crimes tous impunis. La plupart du temps, les cartels de la drogue sont montrés du doigt, mais dans certains cas les familles et les proches soupçonnent l’implication d’agents de l’État.

Entre temps, la pratique s’est généralisé dans le monde, gagnant de nombreux territoires comme l’Algérie, les États du Golfe, l’Erythrée, le Pakistan, le Bangladesh, l’Iran, le Turkménistan, la Tchétchénie, l’Est de l’Ukraine… La liste est loin d’être exhaustive. Sur tous les continents, la disparition est devenue l’arme privilégiée des régimes autoritaires pour éliminer les opposants sans avoir à rendre des comptes.

Disparitions de masse en Syrie

En Syrie, les exécutions extra-judiciaires étaient déjà une pratique courante sous le régime de Bachar al-Assad. Cependant, depuis 2011, les disparitions ont pris une tournure industrielle avec au bas mot, 65 000 victimes, dont un grand nombre de journalistes et de blogueurs, selon les estimations de Réseau Syrien pour les Droits de l’Homme. À tel point que le Conseil de sécurité des Nations unies a dû adopter, en février 2014, une résolution condamnant ces exactions.

Les défenseurs de l’information sont les premiers visés, l’objectif commun du régime et des factions rivales étant de neutraliser voire éliminer tous les témoins du conflit. L’arrestation est systématiquement suivie de tortures et se termine souvent par une exécution. Akram Raslan, dessinateur caricaturiste arrêté par les forces de sécurité syriennes en octobre 2012, est ainsi mort sous la torture un an après son arrestation, après avoir été secrètement jugé devant une cour anti-terroriste, sans défense ni témoins. Il a fallu attendre encore deux ans pour que l’annonce de son décès soit confirmée.

Les familles des victimes, privées d’informations et risquant de subir le même sort si elles se plaignent, en sont réduites à faire leur propre enquête en se basant sur les rumeurs. Les proches de Bassel Khartabil, informaticien défenseur de l’Internet libre, sont restés sans nouvelle de lui pendant deux ans. Jusqu’au jour où ils ont appris qu’il avait été exécuté dès 2015, peu après avoir été transféré dans un lieu inconnu.

Des “enlèvements d’État” pour s’affranchir de la loi

La pratique de l’enlèvement permet aux dirigeants de contourner les dispositifs qui garantissent les droits de la défense: code de procédure, information des proches, présence d’un avocat, examen médical, durée limitée de détention. En Chine, Liu Xia, la veuve du prix Nobel de la paix Liu Xiaobo, est officiellement libre de ses mouvements. Les autorités la retiennent pourtant prisonnière dans un lieu secret, une situation qui a obligé son avocat à porter plainte à l’ONU pour “disparition forcée” le 3 août dernier.

Il y a longtemps que le régime de Pékin a pris l’habitude d’offrir des “vacances forcées” à certains opposants dans la station balnéaire de Hainan (sud), notamment à la veille d’événements risquant de leur offrir une tribune: Jeux Olympiques, sommet du G20, commémorations de Tian’anmen, Congrès du Parti Communiste… Cette pratique “soft” ne s’applique malheureusement qu’aux personnages protégés par leur notoriété internationale. Pour les anonymes, les “vacances” s’effectuent au cachot et s’accompagnent d’actes de torture et de privation de soins qui rendent souvent les victimes méconnaissables.

Depuis l’accession du président Xi Jinping à la tête de l’État chinois, en 2013, l’enlèvement est devenu une pratique systématique en ce qui concerne les défenseurs des droits de l’homme et de la liberté de l’information. L’an dernier, le couple de journalistes citoyens Lu Yuyu et Li Tingyu, lauréats du prix RSF 2016, qui recensait dans un blog les mouvements sociaux dans le pays, a ainsi été enlevé brutalement par des hommes en civils et détenus au secret plusieurs semaines avant d’être officiellement arrêtés.

Assassinés pour empêcher des révélations

La paranoïa des dirigeants les pousse souvent à confondre les journalistes avec des espions ou des terroristes, quand ce n’est pas tout simplement un prétexte pour les arrêter. Il y a tout juste un an, le 22 juillet 2016, le journaliste Jean Bigirimana qui travaillait pour Iwacu, le dernier média indépendant du Burundi, s’est ainsi volatilisé alors qu’il partait rencontrer un de ses contacts professionnels. Un an après, en dépit d’une pétition qui a recueilli plus de 13 000 signatures, nul ne sait si le journaliste est encore vivant, et où il serait détenu.

Si les journalistes et blogueurs sont particulièrement visés, c’est le plus souvent pour les empêcher de publier des informations gênantes pour le pouvoir. En Côte d’Ivoire, le journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer, ancien de Libération et de La Tribune, enquêtait ainsi sur les malversations au sein de la filière du cacao quand il a été enlevé en avril 2004. Le président Laurent Gbagbo est soupçonné de l’avoir fait assassiner pour l’empêcher de révéler des informations le mettant en cause dans ce dossier.

L’enlèvement est d’autant plus prisé des autocrates que les journalistes, pour protéger leurs sources, sont d’ordinaire discrets sur leurs enquêtes. Quand le journaliste et les documents qu’il collectait ont disparu, le secret est bien gardé. Portées par le mince espoir que leur collègue soit encore en vie, les rédactions concentrent leurs efforts sur une mobilisation pour libérer le captif et évitent de publier ses notes, ce qui pourrait signifier son arrêt de mort.

Des enquêtes remarquablement inefficaces

“Pas de preuve, pas de droit”, dit l’adage bien connu des juristes. Le point commun des affaires de disparition de journalistes est la remarquable inefficacité avec laquelle les autorités conduisent l’enquête, une désinvolture qui frise souvent le sabotage. Les proches des victimes sont d’autant plus démunis que les auteurs du crime ont souvent le pouvoir de faire pression sur les témoins et sur les enquêteurs, voire de faire purement et simplement classer l’affaire.

Le cas d’Ahmed Rilwan Abdulla aux Maldives est édifiant. Ce collaborateur du journal en ligne indépendant Minivan News a disparu le 8 août 2014. Il était connu pour s’intéresser aux trois sujets qui fâchent dans cet État insulaire: la religion, la politique et l’environnement. Une fois sa disparition déclarée, les autorités ont attendu 29 heures avant de se rendre à son appartement et 11 jours avant de visiter son bureau. La police a aussi “oublié” d’informer la famille qu’elle avait retrouvé un couteau sur les lieux de la disparition supposée. Récemment, la police a fini par admettre du bout des lèvres l’hypothèse de l’enlèvement par un groupe extrémiste, sans apporter plus de précisions.

Même quand elles ne sont pas directement impliquées dans leur disparition, les autorités considèrent les journalistes comme responsables de leur sort. Le refus d’assistance est alors une manière de dissuader leurs confrères d’aller “mettre leur nez là où ils ne devraient pas”. Depuis près de trois ans, la société civile et les organisations de défense des droits humains dénoncent la passivité et l’indifférence qui entourent la disparition en Libye des journalistes tunisiens Sofiane Chourabi et Nadhir Guetari, le 8 septembre 2014. A Tunis, la principale mesure des autorités aura été d’annoncer, un an après les faits, la création d’une commission mixte d’enquête… qui n’a toujours pas vu le jour.

En Colombie, la police n’a pas déployé plus d’efforts pour retrouver le photographe indépendant espagnol Borja Lázaro, disparu dans la nuit du 7 au 8 janvier 2014 dans une zone de narcotrafic où opèrent les anciens paramilitaires. En dépit de l’intervention des autorités espagnoles, l’enquête n’a pas permis de récolter la moindre information en quatre ans et est aujourd’hui officiellement close.

Ne pas laisser les victimes tomber dans l’oubli

En Érythrée, le journaliste suédo-érythréen Dawit Isaak, co-fondateur du journal Setit et prix UNESCO Guillermo Cano 2017, est détenu au secret depuis 2001, sans accès à sa famille ni à ses avocats, tout comme dix autres journalistes faussement accusés de “terrorisme”. Des éléments réunis par RSF laissent à penser que sept d’entre eux seraient déjà morts en détention. Le témoignage d’un gardien, recueilli en 2010, dernière fois que Dawit a été vu en vie, évoque des conditions de détention inhumaine où les journalistes, menottés, sont maintenus à l’isolement sous des températures infernales.

RSF a effectué de nombreuses démarches pour que le cas de Dawit Isaak ne tombe pas dans l’oubli, dont une pétition en 2002, de nombreux communiqués et plusieurs appels au Parlement européen. En 2011, l’association a déposé un recours devant la Cour constitutionnelle érythréenne, qui est resté sans réponse. En 2012, elle a porté l’affaire devant la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples. L’an dernier, RSF a écrit une lettre ouverte au président Issayas Afeworki et, plus récemment, lancé une seconde pétition pour réclamer sa libération.

En 2015, RSF a aussi déposé une requête formelle concernant des cas de disparitions de journalistes dans dix pays auprès du Groupe de travail sur les disparitions forcées de l’ONU. Si les conclusions de cette instance ne peuvent être rendues publiques, pour assurer l’efficacité des enquêtes et la sécurité des victimes, RSF souligne néanmoins l’importance du travail qu’elle effectue dans l’ombre pour centraliser les cas de disparition et faire pression sur les États pour obtenir des libérations, et la nécessité pour les États de lui fournir les moyens de réaliser sa mission.

Il est crucial, rappelle RSF, que l’ensemble des États ratifient la “Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées” adoptée il y a maintenant dix ans par l’Assemblée générale de l’ONU. A ce jour, elle n’a été signée que par la moitié des États et ratifiée par seulement 57 d’entre eux. Parmi les grands absents, quatre des cinq membres permanents du Conseil de sécurité: la Chine, les États-Unis, le Royaume Uni et la Russie. Des pays connus pour avoir parfois recours aux enlèvements extra-judiciaires ciblés et qui, semble-t-il, sont réticents à priver leurs services secrets d’un outil aussi commode.

Lynchage médiatique, emprisonnement : le prix exorbitant de la solidarité en Turquie

Lynchage médiatique, emprisonnement : le prix exorbitant de la solidarité en Turquie

Alors que des journalistes font l’objet d’un lynchage médiatique pour avoir suivi le procès de leurs collègues de Cumhuriyet, un autre a été incarcéré le 14 août 2017 pour avoir manifesté sa solidarité avec le quotidien Özgür Gündem. Reporters sans frontières (RSF) dénonce les pressions croissantes dont sont victimes les défenseurs de la liberté de la presse en Turquie.

Des “traîtres” en train de “fomenter un coup d’Etat”, des “ennemis d’Erdoğan” prêts à tout pour “semer le chaos” : c’est ainsi qu’une trentaine de personnalités des médias sont dépeints depuis une semaine par la presse pro-gouvernementale. Parmi les cibles de ce lynchage médiatique, des journalistes de premier plan comme Ertuğrul Mavioğlu, Banu Güven, Fatih Polat ou encore Canan Coşkun, et des défenseurs de la liberté de la presse tels qu’Erol Önderoğlu (RSF) ou Faruk Eren (DİSK Basın-İş). A la base de ces accusations, leur appartenance réelle ou supposée à un groupe Whatsapp destiné à échanger des informations sur le procès de 17 journalistes de Cumhuriyet, qui s’est ouvert le 24 juillet.

“Ces accusations délirantes pourraient prêter à sourire si elles ne mettaient pas sérieusement en danger les journalistes visés, déclare Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’est et Asie centrale de RSF. Nous dénonçons cette nouvelle campagne orchestrée par le gouvernement pour instiller la peur et achever de réduire au silence toute opposition médiatique.”

Lynchage médiatique

Les défenseurs des droits de l’homme turcs doivent être libérés !Signez la pétitionDepuis le 12 juillet, les journaux Sabah, Akşam, Star, Türkiye et Güneş développent une théorie du complot rassemblant les journalistes qui suivent le procès de Cumhuriyet, des élus d’opposition et huit défenseurs des droits de l’homme de premier plan incarcérés depuis le 6 juillet. Ces derniers, parmi lesquels figure la directrice d’Amnesty International Turquie İdil Eser, ont été arrêtés alors qu’ils participaient à un séminaire avec deux formateurs étrangers dans un hôtel d’Istanbul. Une formation décrite par le président Erdoğan et dans la presse pro-gouvernementale comme une “réunion du chaos” destinée à “préparer un soulèvement”.

C’est en examinant le téléphone de ces défenseurs des droits de l’homme que les enquêteurs semblent avoir découvert l’existence du groupe Whatsapp sur le procès de Cumhuriyet. Il n’en fallait pas plus pour que les éditorialistes pro-gouvernementaux se déchaînent : le premier suggère que ce groupe, baptisé “Nous serons libres ensemble le 24 juillet”, est un outil de coordination entre putschistes en puissance. Le second énumère certains de ses membres présumés, les désignant comme “les journalistes associés au groupe du chaos”. Un autre reprend cette liste et y ajoute d’autres noms : “regardez qui travaille avec FETÖ”, avance-t-il. “Ils vont mettre le feu aux rues, ou ils vont se faire sauter !”

Ces dernières années, l’intensification de la répression et la mainmise croissante du gouvernement turc sur les médias se sont accompagnées d’un recours de plus en plus massif à ce genre de campagne de calomnie. Elles préparent souvent le terrain pour l’arrestation des personnalités visées, et se soldent parfois par leur agression.

En prison pour une campagne de solidarité

Cette nouvelle campagne d’intimidation intervient à un moment critique pour les défenseurs de la liberté de la presse. Condamné à un an et demi de prison pour “propagande d’une organisation terroriste”, le journaliste et défenseur des droits de l’homme Murat Çelikkan a été incarcéré le 14 août. Son crime ? Avoir pris part à une campagne de solidarité avec le quotidien pro-kurde Özgür Gündem : au nom du pluralisme, 56 personnalités s’étaient relayées, entre mai et août 2016, pour prendre symboliquement la direction de ce journal persécuté par la justice. Murat Çelikkan est le premier à être condamné à de la prison ferme.

“Une société sans pluralisme n’est pas une société démocratique, a-t-il déclaré dans sa plaidoirie. Punir et condamner des gens qui rapportent des informations, qui travaillent comme journalistes et défendent la liberté d’expression, ne blesse pas seulement ces personnes mais le système démocratique tout entier.”

Le représentant de RSF en Turquie, Erol Önderoğlu, est lui aussi poursuivi pour avoir pris part à cette campagne de solidarité. Son procès reprendra le 26 décembre à Istanbul, devant le même tribunal qui a condamné Murat Çelikkan.

La Turquie occupe la 155e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi en 2017 par RSF. Déjà très préoccupante, la situation des médias est devenue critique sous l’état d’urgence proclamé à la suite de la tentative de putsch du 15 juillet 2016 : près de 150 médias ont été fermés et plus de 100 journalistes sont emprisonnés.

Liberté pour Cumhuriyet, liberté pour tous les journalistes turcs !

Liberté pour Cumhuriyet, liberté pour tous les journalistes turcs !

Monsieur Erdogan,

Accusés de “terrorisme”, 17 journalistes et collaborateurs du quotidien Cumhuriyet risquent jusqu’à 43 ans de prison. Sept d’entre eux ont été libérés le 28 juillet après de longs mois de détention provisoire, mais les dirigeants du journal et certaines de ses plus grandes plumes [Ahmet Şık et Kadri Gürsel,] restent derrière les barreaux. Leur procès reprendra le 11 septembre.

Depuis plusieurs années, vous ne ménagez pas vos efforts pour réduire au silence ceux qui ont l’audace de faire leur métier : informer. Emprisonnements arbitraires, perquisitions et fermetures de médias, confiscations des cartes de presse … C’en est trop ! La Turquie est aujourd’hui la plus grande prison du monde pour les journalistes.

Monsieur Erdogan, nous ne vous laisserons pas faire.

Nous en avons assez de voir les journalistes turcs traités comme des terroristes. Nous en avons assez de ces procès de masse, de ces accusations extravagantes, de ces détentions arbitraires qui sont autant de tragédies humaines.

Nous demandons la libération immédiate des collaborateurs de Cumhuriyet et de tous leurs confrères jetés en prison pour n’avoir fait que leur travail. Nous demandons l’abandon des accusations absurdes portées contre eux.

Il est temps de restaurer le pluralisme, la liberté de la presse et l’Etat de droit en Turquie. #SaveTurkishJournalists !

Turquie : une nouvelle campagne pour Cumhuriyet

Turquie : une nouvelle campagne pour Cumhuriyet

Accusés de “terrorisme”, 17 journalistes et collaborateurs du quotidien Cumhuriyet risquent jusqu’à 43 ans de prison. Sept d’entre eux ont été libérés le 28 juillet après de longs mois de détention provisoire, mais les dirigeants du journal et certaines de ses plus grandes plumes  -Ahmet Şık et Kadri Gürsel -, restent derrière les barreaux. Leur procès reprendra le 11 septembre.

L’organisation a lancé une campagne et une pétition pour appeler la justice à abandonner les poursuites à leur encontre et remettre en liberté sans délai les journalistes emprisonnés. Elle demandait aux médias de manifester leur solidarité avec l’enregistrement d’un message de soutien.

Visionner les clips réalisés par des personnalités du monde politique, associatif et médiatique.

Turquie : RSF appelle à la libération immédiate du journaliste français Loup Bureau

Turquie : RSF appelle à la libération immédiate du journaliste français Loup Bureau

Reporters sans frontières (RSF) appelle à la remise en liberté immédiate du journaliste indépendant français Loup Bureau, emprisonné en Turquie depuis le 1er août 2017.

Encore un journaliste jeté dans les geôles turques sous des accusations de “terrorisme”. Arrêté le 26 juillet non loin de la frontière irakienne, le Français Loup Bureau a été placé en détention provisoire le 1er août, au terme de sa garde à vue. Le jeune journaliste est désormais en prison à Şırnak, dans le sud-est de la Turquie. Une région instable où il préparait un reportage sur la question kurde et la vie des populations locales.

Loup Bureau est officiellement accusé d’activités en lien avec le terrorisme. Un chef d’accusation malheureusement commun pour les journalistes en Turquie : RSF assistait encore la semaine dernière à l’ouverture du procès de 17 collaborateurs du quotidien indépendant Cumhuriyet, qui risquent jusqu’à 43 ans de prison pour “terrorisme”.

“Nous appelons à la remise en liberté immédiate de Loup Bureau, déclare Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’est et Asie centrale de RSF. Son incarcération et les lourdes accusations portées contre lui nous inquiètent au plus haut point. Loup Bureau n’est qu’un journaliste : nous espérons que l’enquête le reconnaîtra dans les plus brefs délais.”

Âgé de 27 ans, Loup Bureau termine ses études en journalisme : il doit soutenir son mémoire en septembre. Mais il a déjà multiplié les reportages sur différents points chauds de la planète : l’Égypte où il est resté un an après la révolution de 2011, l’Ukraine où il a coréalisé un reportage primé sur Maïdan et assisté à l’annexion russe de la Crimée en 2014, les zones tribales pakistanaises… En 2013, il a réalisé un reportage auprès des milices kurdes syriennes en lutte contre Daech pour TV5Monde. Ce que la justice turque semble tenir pour un élément à charge.

La Turquie est classée 155e sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi en 2017 par RSF. Déjà très préoccupante, la situation est devenue critique sous l’état d’urgence proclamé à la suite de la tentative de putsch de juillet 2016 : près de 150 médias ont été fermés, les procès de masse se succèdent et plus de 100 journalistes sont emprisonnés, un triste record mondial. Les journalistes étrangers ne sont plus épargnés : plusieurs dizaines d’entre eux ont été expulsés depuis deux ans et quelques-uns sont emprisonnés, comme le journaliste germano-turc Deniz Yücel.