Journalistes tués, reporters ukrainiens déportés et incarcérés en Russie, infrastructures médiatiques bombardées… Depuis le 24 février 2022, plus de 175 journalistes ont été victimes d’exactions imputées aux forces russes. Face à ces attaques répétées, Reporters sans frontières (RSF) dépose sa onzième plainte contre le Kremlin auprès du procureur général ukrainien et de la Cour pénale internationale (CPI). Pour la première fois, elle repose sur la qualification de crime contre l’humanité, notamment de persécution, contre les journalistes en Ukraine, ciblés en raison de leur activité professionnelle.

Bombardements d’hôtels logeant des journalistes, reporters tués, tirs de drones, arrestations, déportations et détentions… Depuis la guerre du Donbass et l’annexion de la Crimée en 2014 et plus encore depuis le 24 février 2022 et l’invasion russe à grande échelle, le Kremlin s’attaque délibérément aux professionnels des médias en Ukraine. Le bilan documenté par RSF est lourd : plus de 175 reporters ukrainiens et internationaux ont subi des exactions imputées à la Russie depuis le début de l’invasion à grande échelle. 

« Le Kremlin cible les journalistes et les infrastructures médiatiques qui couvrent sa guerre d’agression. Ses attaques ne sont ni isolées ni accidentelles. Leur caractère généralisé et systématique révèle une politique d’État et relève du crime contre l’humanité de persécution des journalistes en raison de leur activité professionnelle. C’est ce que démontre pour la première fois cette onzième plainte de RSF. Nous appelons la Cour pénale internationale et le procureur général d’Ukraine à lui réserver, comme aux précédentes, une réponse déterminée et plus encore considérant l’extrême gravité du crime allégué. »
Antoine Bernard
Directeur du plaidoyer et de l’assistance de RSF

Journalistes dans le viseur du Kremlin : une attaque tous les onze jours en moyenne 

Une attaque russe visant un ou des professionnels des médias a lieu en moyenne tous les onze jours, selon les données recueillies par RSF, depuis le 24 février 2022. Cela inclut notamment : 

Attaques systématique contre les infrastructures médiatiques 

Au moins 25 attaques russes contre des tours de télévision et de radio, dont huit dans les dix premiers jours de la guerre à grande échelle, ont été recensées par RSF depuis 2022. Elles ont fait des victimes : le caméraman ukrainien Yevhenii Sakun a été le premier reporter tué après le 24 février 2022 lors du bombardement de la tour de télévision de Kyiv. Les attaques contre ces infrastructures visent à priver la population d’information et à accentuer la désorientation, dans le chaos de la guerre.

Les forces russes visent aussi des hôtels qui logent des journalistes dans le nord, l’est et le sud de l’Ukraine. Selon le rapport de RSF et de l’organisation ukrainienne Truth Hounds, Last Check-In: The Russian strikes on Ukrainian hotels silencing the press, 24 hotels connus pour être utilisés par des journalistes ont été ciblés lors d’attaques russes, majoritairement de nuit et à proximité du front. Vingt-cinq professionnels des médias ont été exposés à ces bombardements, faisant au moins sept blessés et un tué.

Procédures judiciaires intentées par RSF

Depuis le 24 février 2022, RSF a déjà déposé sur l’ensemble de ces exactions dix plaintes pour crimes de guerre commis par la Russie auprès de la CPI, neuf devant la justice ukrainienne, ainsi que deux plaintes en France. L’organisation a contribué à l’instauration progressive par le procureur général d’Ukraine d’une politique pénale de réponse aux crimes de guerre contre les journalistes avec, depuis le 24 février 2022, 127 enquêtes préliminaires ouvertes.

Les données de RSF, documentées en temps réel, peuvent faire l’objet de mises à jour. Si vous avez des informations à transmettre à RSF sur des exactions commises contre des journalistes ou des médias en lien avec l’invasion russe à grande échelle vous pouvez nous écrire de façon sécurisée à ua-investigation@rsfsecure.org 

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