« Il est 5h30 du matin, j’ai la seule heure d’électricité à laquelle je vais avoir le droit toute la journée. Il faut que j’en profite pour réchauffer une pièce de l’appartement. (…) Il fait 7 degrés dans mon appartement. » confiait la correspondante de la RTS Maurine Mercier dans une note vocale envoyée à l’émission Tout un Monde mi-janvier. Quatre ans après le déclenchement de l’invasion de l’Ukraine, ce carnet de bord illustre l’épreuve de survie à laquelle sont soumis les citoyens et journalistes en Ukraine. Ces derniers, n’ont pas d’autre choix que de rédiger leurs articles et de monter leurs reportages alors que le pays connaît son hiver le plus froid depuis 4 ans. Ils luttent chaque jour pour continuer à raconter la réalité de la vie sur place.
Quatre ans de guerre, le noir et le froid subsistent
Quatre ans après le déclenchement de la guerre dévastatrice pour l’Ukraine, les frappes ciblées de Moscou sur le réseau électrique soumettent le journalisme à une épreuve de survie quotidienne. Plongés dans l’obscurité par des pannes de courant qui s’éternisent et frigorifiés par des températures polaires qui envahissent tant leurs domiciles que leurs locaux professionnels, les professionnels des médias présents en Ukraine font preuve d’une persévérance remarquable. Bien qu’épuisés, tout comme le reste de la population, ils déjouent la menace d’un black-out informationnel et incarnent une résistance démocratique, luttant tous les jours pour donner une voix aux Ukrainiens qui continuent de résister dans un froid glacial tout en montrant leur résilience. Et ce, depuis plus de quatre ans maintenant.
La guerre orchestrée par Moscou passe également par la désinformation et l’étouffement des voix dissidentes dans les zones sous contrôle russe. Pour imposer sa propagande, le pouvoir russe distribue des peines vertigineuses sous de fallacieux prétextes de terrorisme. Aujourd’hui, au moins 26 professionnels des médias ukrainiens sont détenus dans des prisons russes pour avoir refusé de se taire. Le sort le plus tragique a été celui de la journaliste Viktorya Roshchyna, alors âgée de 27 ans, qui a été arrêtée par l’armée russe dans les territoires ukrainiens occupés, puis emprisonnée et torturée. Elle a été tuée dans une prison russe le 19 septembre 2024.
La guerre désinformationnelle du Kremlin
Quatre ans après le début de l’invasion russe, RSF alerte sur la machine répressive du Kremlin qui s’attaque aussi aux journalistes en exil. Moscou traque désormais les professionnels des médias par-delà ses frontières : ils sont frappés par des procès fantômes et condamnés en leur absence pour de prétendues entorses aux lois sur les « agents de l’étranger » ou la diffusion de « fausses informations ». Ces sanctions prononcées, parfois à des milliers de kilomètres de leur refuge, criminalisent tout espoir de retour, les asphyxient financièrement et terrorisent les familles encore dans le pays.
RSF aide les médias ukrainiens à lutter contre la répression
Face à l’étau imposé par le Kremlin, Reporters sans frontières oppose une riposte concrète avec, entre autres, le déploiement d’aide matérielle et d’outils numériques de contournement de la censure, pour protéger les journalistes sur la ligne de front et lutter contre la désinformation russe.
Fer de lance de cette stratégie : le projet Svoboda (« liberté » en russe), qui s’impose depuis deux ans comme bouclier satellitaire indépendant. Il diffuse une information fiable directement aux foyers russophones d’Europe de l’est. Hors de portée des censeurs russes, ce satellite touche plus de 60 millions de foyers en Europe, dont 4,5 millions en Russie.
La Russie tente manifestement d’aveugler la communauté internationale. Pour documenter et dénoncer cela, RSF s’est également alliée à l’ONG ukrainienne Truth Hounds. Ensemble, nous avons dévoilé une enquête sur le ciblage méthodique des hôtels hébergeant des professionnels des médias. En l’espace de trois ans, entre le début de la guerre en février 2022 et le printemps 2025, des dizaines de frappes nocturnes de haute précision ont visé ces refuges situés près de la ligne de front, blessant ou tuant plusieurs journalistes – sous le faux prétexte d’éliminer des cibles militaires.
RSF s’est également attelé à l’urgence économique sur le terrain en cofondant le Fonds international pour la reconstruction des médias ukrainiens (IFRUM) avec des partenaires locaux. En palliant l’effondrement des modèles économiques traditionnels ravagés par la guerre, ce mécanisme de financement indépendant doit garantir la survie et l’intégrité des rédactions locales, même dans les conditions les plus difficiles.
En février, Reporters sans frontières a annoncé franchir un nouveau cap judiciaire. Face au rythme d’une exaction commise tous les 11 jours contre un journaliste et à un bilan de plus de 175 journalistes ciblés depuis le début de la guerre dans le pays, nous refusons de voir ces actes comme des dommages collatéraux. C’est pourquoi, nous avons déposé une onzième plainte devant la Cour Pénale Internationale à La Haye. Contrairement aux plaintes précédentes celle-ci ne mentionne pas seulement les « crimes de guerre » mais dénonce également les « crimes contre l’humanité » commis par l’armée russe.