Le 8 mars, nous voterons sur l’avenir des médias suisses. L’initiative controversée visant à réduire de moitié le budget de la SSR aurait des conséquences lourdes pour le service public et le journalisme en Suisse. C’est pourquoi nous, RSF Suisse, rejetons catégoriquement cette initiative. Cinq arguments plaident en faveur d’un « non » clair le 8 mars. Le directeur général de RSF, le Franco-Suisse Thibaut Bruttin, sera par ailleurs au Club suisse de la presse à Genève, le vendredi 13 février prochain à 11h, pour dire l’importance que notre organisation accorde à ce scrutin (plus d’informations suivront).

L’initiative visant à réduire de moitié le budget de la SSR est déjà la deuxième attaque frontale contre la SSR en quelques années. En 2018, l’initiative « No Billag » proposait de supprimer complètement la redevance pour la SSR, ce qui aurait signifié la fin de la radiodiffusion publique en Suisse. À l’époque, plus de 70 % des électeurs suisses avaient rejeté l’initiative, envoyant ainsi un signal fort en faveur de la SSR dans notre pays. Cette année, la situation semble plus complexe. L’initiative propose de ramener la redevance à 200 francs par an et d’exonérer totalement les entreprises. Si l’initiative était acceptée, la SSR verrait sa part de la redevance réduite de quelque 600 millions de francs, soit la moitié de ce qu’elle perçoit actuellement. Une somme qui serait définitivement perdue pour le journalisme et l’information, car il n’y a aucune chance réelle que les éditeurs de journaux puissent en profiter.

Les cinq arguments suivants plaident clairement en faveur d’un « non » à l’initiative SSR

1. Il faut un journalisme de qualité pour contrebalancer le chaos des réseaux sociaux. Les médias se trouvent en profonde crise, à un moment où la désinformation, particulièrement sur les réseaux sociaux, menace gravement notre débat démocratique. Le service public, avec ses programmes de haute qualité, offrant des garanties de fiabilité, ne doit pas être affaibli dans ce contexte. Les initiants répondent en affirmant que la diversité des médias n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui, mais c’est à celle des réseaux sociaux qu’ils se réfèrent. Qui peut sérieusement penser que X, Instagram ou TikTok puissent remplacer, ne serait-ce qu’en partie, un service public national suisse comme la SSR?

2. Seule la SSR peut rendre compte de l’actualité suisse et mondiale en faisant le lien entre toutes les régions, sur plus de 20 sites. Les 600 millions de francs qui seront soustraits à la SSR ne profiteraient pas à d’autres médias – un coup dur pour le paysage médiatique, dans un contexte global précaire : en 2025, la situation économique mondiale des médias a atteint un niveau historiquement bas selon le classement de la liberté de la presse établi par RSF. Quoi qu’il en soit, la SSR doit déjà économiser 17 % de son budget. Pourtant, elle dispose encore de plus de 20 sites à travers la Suisse et fournit une large couverture régionale. L’initiative réduirait considérablement cette offre, surtout dans les régions périphériques. Cela pour permettre aux ménages d’économiser 27 centimes par jour.

3. La SSR n’est pas le service public le plus riche du monde. La SSR n’est pas le service public le plus riche du monde. Par exemple, l’Österreichischer Rundfunk (ORF) en Autriche dispose de moyens similaires sur un marché de taille équivalente, mais doit distribuer son contenu dans une seule langue. La diversité linguistique et la structure fédérale de la Suisse ont un coût. Aucun autre acteur du marché ne serait en mesure d’offrir des services équivalents à ceux de la SSR. C’est précisément cette mission transcendant les langues que l’initiative attaque frontalement.

4. La SSR globalement neutre. Les partisans de l’initiative soutiennent que la SSR serait trop à gauche. Les recherches menées à ce sujet ne le confirment pas. Selon une enquête de l’Université de Zurich, la SRF et la RTS se situent presque exactement au centre politique dans leur couverture. De plus, la SSR n’a pas légalement l’obligation d’être totalement neutre, à l’exception des émissions consacrées à des votations ou des élections. La jurisprudence impose seulement à la SSR de représenter un spectre suffisamment large d’opinions en veillant à ne pas accorder trop de poids aux courants extrêmes.

5. En Europe, les médias publics sont soumis à une forte pression presque partout. L’acceptation de cette initiative enverrait un signal inquiétant au reste du continent. Un peu partout dans le monde, un vent mauvais souffle sur l’audiovisuel public. Les radios et les télévisions de service public deviennent des pions dans le jeu politique, comme l’a montré un rapport publié par RSF en 2025. Les préoccupations budgétaires sont certes légitimes, mais cessent de l’être lorsqu’elles cachent la volonté de mettre au pas les chaînes de service public et de saper leur indépendance. L’initiative « 200 francs, ça suffit » participe de cette tendance. C’est pourquoi le vote populaire du 8 mars sera particulièrement important, pour la Suisse et pour le reste du monde.

Le 8 mars, votons donc clairement « non » à l’initiative SSR ! Encouragez également vos connaissances, vos amis et vos collègues à voter dans ce sens. Les sondages indiquent que le résultat sera serré. Chaque voix compte !

Vous trouverez ici notre argumentaire détaillé concernant l’initiative.

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