Club suisse de la presse : la lettre de démission de RSF Suisse

Club suisse de la presse : la lettre de démission de RSF Suisse

Cette lettre de démission fait suite à un premier courrier adressé à Guy Mettan, directeur du CSP le 23.11.2017. Un communiqué de presse avait également été envoyé aux médias le 24 novembre.

Monsieur le Directeur,

Cher Guy,

Je te fais part de la décision de Reporters sans frontières (RSF) Suisse de démissionner avec effet immédiat du Club suisse de la presse (CSP). Cette décision a été prise à une écrasante majorité par notre comité. Elle fait suite à notre intervention du 23 novembre dernier, dont l’intention était de susciter un débat sur le rôle, la mission et les valeurs respectives du CSP et de ses partenaires média dans un environnement informationnel en profonde transformation.

Il est apparu assez clairement que, dans le contexte actuel, il existe désormais une différence irréconciliable entre le CSP et son mandat, et l’action et la raison d’être de notre organisation. Cette tension a indéniablement toujours existé entre l’institution que tu diriges, par ses statuts en réalité une maison de la communication, et la profession de journaliste. Nous estimons qu’au moment où, après les régimes totalitaires, c’est aussi dans nos démocraties libérales que l’information, le journalisme et ceux qui le pratiquent dans le respect de l’éthique sont désormais victimes d’attaques inqualifiables, cette tension est simplement devenue intolérable pour notre organisation. La poursuite de notre affiliation au CSP aurait été contraire à nos valeurs. La ligne peut paraître ténue pour certains, mais nous estimons aujourd’hui que – sur fond d’un retour massif de la propagande – la distinction entre la communication et le journalisme doit être réaffirmée avec une nouvelle détermination et sans aucun compromis. Quand bien même le CSP est à nos yeux un cas emblématique des conséquences néfastes de la confusion des genres, le problème est infiniment plus large, particulièrement à l’ère des réseaux sociaux.

Au vu de ce qui précède et de notre décision de quitter le CSP, une vigilance redoublée s’appliquera chaque fois que RSF Suisse envisagera de nouveaux partenariats ou associations.

Au nom du comité de RSF Suisse, je te prie d’accepter, Monsieur le Directeur, cher Guy, mes salutations les meilleures.

Gérard Tschopp
Président

 

Bilan de RSF: 65 journalistes tués en 2017, 326 derrière les barreaux

Bilan de RSF: 65 journalistes tués en 2017, 326 derrière les barreaux

18Reporters sans frontières (RSF) publie son bilan annuel des exactions commises contre les journalistes dans le monde. En 2017, 65 journalistes ont été tués, 326 sont actuellement en détention et 54 sont retenus comme otages.
Le bilan RSF 2017 des exactions commises contre les journalistes établit que 65 d’entre eux ont été tués, soit dans l’exercice de leurs fonctions*, victimes par exemple d’un bombardement, soit assassinés parce que leurs enquêtes dérangeaient. Les reporters assassinés représentent d’ailleurs la part la plus importante de ces statistiques, soit 60%.
Ces chiffres restent alarmants. L’année 2017 est néanmoins la moins meurtrière pour les journalistes professionnels (50) depuis 14 ans. Depuis 2012, la baisse est même constante. Certes, ces derniers fuient des pays devenus trop dangereux, comme la Syrie, le Yémen ou la Libye… Mais RSF observe une plus grande prise de conscience des enjeux de protection des journalistes. Depuis 2006, plusieurs résolutions sur ce thème ont été votées à l’ONU et des procédures de sécurité mises en place dans de nombreuses rédactions.
Cette baisse ne s’applique pas aux femmes journalistes tuées dont le nombre a doublé en un an : dix sont mortes, contre cinq en 2016. La plupart d’entre elles avaient en commun d’être des journalistes d’investigation chevronnées et pugnaces. Malgré les menaces, elles continuaient à enquêter, à révéler des cas de corruption, d’extrémisme violent ou de trafic de drogue comme le faisaient, Daphne Caruana Galizia à Malte, Gauri Lankesh en Inde ou Miroslava Breach Velducea au Mexique.
Autre tendance notable de l’année 2017, certains pays en paix deviennent presque aussi dangereux pour les journalistes que les zones de guerre : 46% des reporters tués l’ont été dans des pays où il n’y a pas de conflits déclarés, contre 30% en 2016. Le Mexique affiche désormais presque autant de morts (11) que la Syrie, pays le plus meurtrier pour les reporters (12 tués).
“Les journalistes d’investigation qui travaillent sur de grands sujets tels que la corruption ou les scandales environnementaux jouent un rôle fondamental de contre-pouvoir et sont en cela lâchement assassinés par ceux que ces enquêtes dérangent, déplore Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Mener des enquêtes dans certains pays en paix est en train de devenir aussi dangereux que de couvrir un conflit. Cette situation alarmante rappelle la nécessité de davantage protéger les journalistes.
Au 1er décembre 2017, 326 journalistes se trouvaient derrière les barreaux pour avoir exercé leur profession. Comme pour la catégorie des tués, le nombre de détenus est moins important cette année (-6%). Bien que la tendance générale soit à la baisse, certains pays, non identifiés jusqu’à lors comme des “pays-prisons” pour les professionnels des médias se démarquent pourtant par un nombre inhabituellement élevé de journalistes prisonniers. C’est le cas notamment de la Russie et du Maroc. Pour autant, près de la moitié des journalistes détenus à travers le monde continuent de l’être dans seulement cinq pays. La Chine et la Turquie sont toujours les plus grandes prisons de journalistes au monde.
Enfin, 54 journalistes sont actuellement aux mains de groupes armés non étatiques, comme le groupe Etat islamique ou les Houthis au Yémen. Près de trois quarts des otages sont des journalistes locaux, qui travaillent souvent dans des conditions précaires et risquées. Les journalistes étrangers otages à ce jour ont tous été enlevés en Syrie, sans que l’on soit en mesure de déterminer où ils se trouvent actuellement.
 
téléchargez le rapport ci-dessous
  
** chiffres comprenant les journalistes professionnels, non-professionnels et les collaborateurs de médias