Vingt-cinq ans après leur arrestation, Dawit Isaak, Temesgen Ghebreyesus, Seyoum Tsehaye et Amanuel Asrat restent détenus au secret, sans jugement, et sans accès à leurs proches. À l’occasion de ce quart de siècle de détention arbitraire, Reporters sans frontières (RSF) et 133 journalistes emblématiques du monde entier appellent la communauté internationale à tout mettre en oeuvre pour obtenir leur libération. 

Ils sont les journalistes détenus sans procès depuis le plus longtemps au monde. Le 23 septembre 2026 marque les 25 ans de la détention du journaliste suédo-érythréen Dawit Isaak et de ses confrères érythréens Temesgen Ghebreyesus, Seyoum Tsehaye et Amanuel Asrat. Ils ont été arrêtés en septembre 2001 dans la capitale, Asmara, lors d’une vague de répression des autorités érythréennes contre les voix critiques, dont celles de la presse indépendante. 

Cofondateur et copropriétaire du journal indépendant Setit, Dawit Isaak avait notamment publié des articles appelant à des réformes démocratiques. En novembre 2005, il a été brièvement libéré, avant d’être de nouveau arrêté deux jours plus tard. Comme Dawit Isaak, Temesgen Ghebreyesus, Seyoum Tsehaye et Amanuel Asrat n’ont jamais été jugés. Depuis, aucune information n’a permis d’établir avec certitude leur lieu de détention ou leur état de santé. Interrogé en 2009 par la chaîne de télévision suédoise TV4 sur la situation de Dawit Isaak, le président du pays, Isaias Afwerki, avait répondu : « Je me fiche de l’endroit où il est ou de ce qu’il fait. Il a fait une grosse erreur », sans fournir plus d’explications. 

En décembre 2025, à l’issue de la première visite du gouvernement suédois depuis plus de 30 ans, la ministre des Affaires étrangères Maria Malmer Stenergard avait affirmé à l’Agence France-Presse (AFP) que le journaliste était en vie, selon l’ « évaluation » du ministère. 

« La détention arbitraire depuis 25 ans de Dawit Isaak et de ses confrères Temesgen Ghebreyesus, Seyoum Tsehaye et Amanuel Asrat, est une tragédie qui n’a que trop duré. Détenus au secret pendant un quart de siècle, en dehors de tout cadre légal, ils subissent une violation grave et manifeste de leurs droits fondamentaux, qui est au coeur de la plainte pour crimes contre l’humanité, déposée par RSF en Suède en 2024, visant le président Isaias Afwerki et d’autres hauts responsables érythréens. Cette longue détention constitue aussi une entrave durable contre le droit des Érythréens à être informés. À l’occasion de ce triste anniversaire et à l’initiative de RSF, plus de 100 journalistes du monde entier lancent un appel à la communauté internationale pour obtenir leur libération et faire toute la lumière sur les circonstances de leur détention. Les responsables de ces actes doivent répondre de leurs responsabilités.»
Jeanne Lagarde
Responsable plaidoyer du bureau Afrique subsaharienne de RSF 

Une mobilisation internationale pour sa libération

Depuis 2001, les appels à la libération se sont multipliés. En 2016, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a demandé aux autorités érythréennes de libérer le journaliste ou d’organiser un procès rapide et équitable, et de lui verser des compensations.

Le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a par ailleurs été saisi par une coalition d’avocats et d’organisations, dont RSF, à l’initiative du Centre Raoul Wallenberg pour les droits de la personne. En mars 2023, les experts ont conclu que la détention prolongée de Dawit Isaak violait 19 articles du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et de la Déclaration universelle des droits de l’homme, que le gouvernement a promis d’honorer. Ils avaient alors appelé les autorités érythréennes à « libérer immédiatement et sans condition M. Isaak et lui accorder un droit exécutoire à une indemnisation et à d’autres réparations, conformément au droit international »

En septembre 2024, la section suédoise de RSF a déposé une plainte auprès du parquet suédois visant le président Isaias Afwerki et d’autres hauts responsables érythréens, pour des faits susceptibles de constituer des crimes contre l’humanité, sans obtenir l’ouverture d’une enquête. Une autre plainte de l’organisation avait été introduite dix ans plus tôt. La justice suédoise avait annoncé l’ouverture d’une enquête avant de se rétracter quelques semaines plus tard, estimant qu’au vu du refus prévisible de coopérer de la justice érythréenne, une investigation serait peine perdue. 

L’Érythrée demeure à la dernière place du Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2026, soit la 180e. C’est l’État qui a le plus souvent occupé ce rang depuis la création du Classement en 2002, devant la Corée du Nord. 

Appel mondial pour la libération de Dawit Isaak et ses confrères

L’appel en faveur de la libération de Dawit Isaak et de ses collègues a été signé par 133 journalistes de renom.

Le 23 septembre 2001, Dawit Isaak a été arrêté à Asmara avec trois de ses confrères, Temesgen Ghebreyesus, Seyoum Tsehaye et Amanuel Asrat, lors d’une vague de répression menée contre la presse indépendante érythréenne. Vingt-cinq ans plus tard, Dawit Isaak est toujours détenu au secret, sans avoir été jugé ni condamné. Son lieu de détention, comme les conditions dans lesquelles il est maintenu, restent inconnus. Nous n’avons même aucun signe de vie de nos confrères depuis des années. 

Un quart de siècle de détention sans procès constitue une atteinte d’une gravité exceptionnelle aux droits fondamentaux d’un journaliste. C’est aussi un avertissement adressé à tous ceux et celles qui, en Erythrée mais aussi partout dans le monde, s’efforcent d’exercer le métier d’informer librement. 

Le sort de Dawit Isaak concerne l’ensemble de la profession et, au-delà, tous les citoyens et citoyennes attachés au droit de savoir, de s’exprimer et d’accéder à une information indépendante. 

C’est pourquoi, nous, journalistes et éditeurs de presse du monde entier, refusons que le silence et le temps finissent par rendre cette détention acceptable. Nous refusons que le silence des autorités érythréennes devienne une fatalité. Après 25 ans, l’absence d’informations sur leur sort et de mesures concrètes d’ampleur en faveur de leur libération, traduit certes l’absence de volonté manifeste des autorités érythréennes de sortir du silence, mais aussi une trop grande indifférence de la communauté internationale. 

Le silence n’est plus une option. Mobilisons-nous pour Dawit Isaak et ses confrères Temesgen Ghebreyesus, Seyoum Tsehaye et Amanuel Asrat. Nous lançons cet appel à tous ceux et celles qui peuvent agir. 

  • Aux autorités érythréennes : libérer immédiatement et sans condition Dawit Isaak et ses confrères, révéler leur lieu de détention et leur état de santé, et permettre à leurs familles ainsi qu’à des observateurs indépendants de leur rendre visite et d’obtenir des informations fiables sur leur situation. S’ils devaient faire l’objet de poursuites, garantir qu’ils soient jugés dans le cadre de procès équitables et qu’ils puissent pleinement exercer leurs droits à la défense. 
  • Aux États africains et à l’Union africaine : faire de la libération de Dawit Isaak et de ses confrères une priorité de leur dialogue avec les autorités érythréennes et exiger la fin de la détention arbitraire des journalistes en Érythrée. 
  • À la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples : renforcer ses démarches auprès des autorités érythréennes et poursuivre le suivi de la situation de Dawit Isaak et des autres journalistes détenus arbitrairement dans le pays. 
  • À la Suède, dont Dawit Isaak est ressortissant : obtenir sa libération et faire de son cas une priorité diplomatique. 
  • Aux Nations unies, notamment au Conseil des droits de l’homme et au Groupe de travail sur la détention arbitraire : maintenir la pression sur les autorités érythréennes et assurer un suivi effectif de la demande de libération immédiate de Dawit Isaak et de ses confrères. 
  • À l’Union européenne et à ses États membres, ainsi qu’à l’ensemble des partenaires internationaux de l’Érythrée : utiliser les leviers diplomatiques à disposition pour obtenir des autorités érythréennes des mesures concrètes en faveur de leur libération. 
  • À tous les médias et organisations de défense de la liberté de la presse : maintenir la mobilisation pour Dawit Isaak et pour tous les journalistes érythréens privés de liberté pour avoir simplement exercé leur métier. 

Vous trouverez ici la liste de tous les journalistes signataires à travers le monde.

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