La campagne de votation, très disputée, a débouché sur un résultat réjouissant. Une nette majorité des votants s’est prononcée ce dimanche contre l’initiative dite « 200 francs ça suffit ». La baisse drastique de la redevance au détriment de la SSR n’aura donc pas lieu. 

RSF Suisse se félicite de ce résultat très net, beaucoup plus que ce que laissaient prévoir les sondages. Celui-ci est certes moins significatif que celui de l’initiative « No Billag » rejetée en 2018 mais s’explique par le fait que la question soumise aux Suisses n’était pas la même. Le vote montre que les citoyens tiennent au maintien de l’offre de la SSR, qu’ils la jugent globalement pertinente et que le dénigrement du diffuseur de service public aussi facile que peu argumenté auquel se sont livrés les partisans de l’initiative ne les a pas convaincus. C’est un bon signe pour le journalisme, pour les médias et pour la démocratie qui a besoin de médias forts, indépendants et critiques pour fonctionner au mieux.

L’acceptation de l’initiative aurait eu de graves conséquences pour la SSR et pour le paysage médiatique suisse dans son ensemble. Le diffuseur de service public peut désormais s’en tenir aux sévères plans d’économies déjà adoptés, sans être menacé du pire, dans un contexte économique déjà très tendu pour les médias.

RSF Suisse s’est fortement engagée contre cette initiative, à l’instar de nombreux acteurs médiatiques et politiques ou issus de la société civile, de la culture ou du sport. Cette large alliance, soutenue par une majorité des votants, a heureusement réussi à faire rejeter l’initiative. Pour notre organisation, le vote de ce dimanche revêt une importance toute particulière par le message qu’il adresse aux pays d’Europe et du reste du monde où le service public subit aussi des attaques très similaires à celles qui s’exercent contre la SSR. Si les électeurs suisses avaient accepté l’initiative, les détracteurs virulents de France Télévision et de Radio France, de l’ARD/ZD en Allemagne, de l’ORF en Autriche ou de la BBC au Royaume-Uni par exemple se seraient sentis confortés dans leurs critiques virulentes et permanentes contre les chaînes publiques. Le rejet aujourd’hui de l’initiative montre que les citoyens en Suisse ont majoritairement reconnu le rôle important joué par le service public dans une société démocratique, en particulier dans les démocraties qui fonctionnent bien, et qu’ils savent en apprécier la valeur.

«Les plus de 600 millions de francs qu’un oui à l’initiative aurait soustraits chaque année à la SSR auraient été définitivement perdus pour le journalisme, pour l’information et pour la culture en Suisse. C’est donc une très belle victoire pour le droit des citoyens d’accéder à une information fiable et à une offre culturelle pertinente. Dans le contexte actuel qui voit les pressions politiques sur les diffuseurs de service public se multiplier dans de nombreux pays en Europe, le vote des Suisses ne manquera pas d’impressionner par l’attachement qu’il manifeste aux valeurs mêmes du service public telles qu’elles sont fixées dans notre Constitution: une information fiable, pluraliste et indépendante au service du citoyen et de la démocratie.»

Denis Masmejan
Secrétaire général de RSF Suisse

Malgré le rejet de l’initiative, le débat sur l’étendue et le contenu des offres de la SSR ne va pas s’éteindre pour autant. Un tel débat est important et légitime, et il doit avoir sa place dans une démocratie. Nous demandons cependant que ce débat puisse se faire sereinement et que cesse le dénigrement permanent de la SSR de la part de certains acteurs politiques, car ce dénigrement porte atteinte à l’indépendance du service public à l’égard du pouvoir politique.



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