Le Classement mondial de la liberté de la presse, qui évalue tous les ans la situation du journalisme dans 180 pays et territoires, démontre que les dix prochaines années seront sans doute “une décennie décisive” pour la liberté de la presse en raison de crises qui affectent l’avenir du journalisme : crise géopolitique (agressivité des modèles autoritaires), technologique (absence de garanties démocratiques), démocratique (polarisation, politiques de répression), de confiance (suspicion, voire haine envers les médias d’information) et économique (appauvrissement du journalisme de qualité). La pandémie de Covid-19 met en lumière et amplifie les crises multiples qui menacent le droit à une information libre, indépendante, pluraliste et fiable.

L’Europe reste le continent le plus favorable à la liberté de la presse, en dépit des politiques répressives de certains pays de l’Union européenne et des Balkans, devant la zone Amériques (Nord et Sud), en deuxième position, même si les poids lourds régionaux, États-Unis et Brésil, deviennent de véritables anti-modèles. L’Afrique, qui arrive troisième, enregistre également des reculs importants, dûs notamment à une recrudescence des détentions arbitraires de longue durée et des attaques en ligne.

C’est la zone Asie-Pacifique qui affiche cette année la plus forte dégradation de son score régional (+ 1,7 %). L’Australie (26e, – 5), jadis modèle régional, se caractérise désormais par ses menaces contre le secret des sources et le journalisme d’investigation. Deux pays ont également contribué à faire baisser la note globale de ce continent : Singapour (158e), avec sa loi orwellienne sur les fausses informations, a perdu 7 places et a basculé dans la zone noire du Classement, de même que Hong Kong (80e), qui a également perdu 7 places en raison de son traitement des journalistes lors des manifestations pro-démocratiques.

En 2020, la Norvège maintient pour la quatrième année consécutive sa place de premier tandis que la Finlande conserve sa deuxième position. Le Danemark (3e, + 2) est classé au troisième rang, en raison d’une baisse de la Suède (4e, – 1) et des Pays-Bas (5e, – 1), confrontés à une recrudescence de cas de cyberharcèlement. À l’autre extrême du Classement, peu de changements. La Corée du Nord (180e, – 1) ravit la toute dernière place au Turkménistan, tandis que l’Érythrée (178e) reste le pire représentant du continent africain.

La Suisse arrive au 8e rang, alors qu’elle occupait le 6e en 2019. Son score reste toutefois stable par rapport à l’année précédente. La situation de la liberté de la presse ne s’y est donc pas dégradée depuis l’an dernier, mais les progrès réalisés par deux pays du continent américain, la Jamaïque et le Costa Rica, expliquent ce résultat. La dégradation de la situation économique des médias affecte toutefois particulièrement notre pays et fait craindre pour  une information indépendante et diversifiée.

A noter que le classement de RSF a été réalisé sur la base de données collectées avant la crise du coronavirus, qui a eu des répercussions dramatiques sur la situation économique des médias et sur la liberté d’informer.

Lire notre dossier sur le classement mondial

Lire notre analyse de la situation en Suisse

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