“Ne laissez pas les exactions contre les journalistes ternir votre marque”

Après avoir mobilisé le grand public, en installant à Paris un faux terrain de football, sur lequel étaient posées les photos grandeur nature de journalistes russes emprisonnés, Reporters sans frontières (RSF) s’adresse aux sponsors de Russie 2018. En détournant leurs slogans, l’organisation leur rappelle qu’ils engagent leur responsabilité en sponsorisant la Coupe du monde de Poutine.

Les slogans publicitaires des sponsors de la Coupe du monde de la FIFA sont connus : “Taste the feeling” pour Coca-Cola, “Lovin’it” pour McDonalds ou “New thinking, new possibilities” pour Hyundai. Dans le cadre d’une nouvelle campagne, RSF les détourne pour sensibiliser sur la problématique du journalisme en Russie. “In Russia, journalists can’t Taste the feeling of freedom” ou encore “In Russia, journalists can’t lovin’ it”. Sur les réseaux sociaux, l’organisation interpelle les comptes des partenaires, en leur demandant de ne pas laisser les exactions contre les journalistes en Russie ternir leur marque.

“Nous rappelons aux sponsors de la Coupe du monde qu’ils engagent leur responsabilité, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières. En contribuant au financement de l’organisation d’un événement sportif international, dans un pays dont l’Etat asphyxie le journalisme indépendant et exerce un contrôle toujours plus grand sur les médias, elles ne s’offrent pas seulement un bel espace de publicité : elles prennent un risque important pour leur image. Il est de leur devoir de ne pas se rendre, même passivement, complices du piétinement de la liberté de la presse dans les pays hôtes de la Coupe du monde, et de faire pression à leur manière, en conditionnant leurs financements au respect de la pluralité, de l’indépendance et de la liberté du journalisme ”.

Jamais autant de journalistes emprisonnés en Russie depuis la chute de l’URSS en 1991

La pression sur les médias indépendants ne cesse de s’intensifier depuis le retour de Vladimir Poutine au Kremlin en 2012 : lois liberticides, asphyxie ou reprise en main de titres de référence, blocage de sites d’information… Alors que les grandes chaînes de télévision abreuvent les citoyens d’un déluge de propagande, l’atmosphère devient étouffante pour ceux qui remettent en cause la nouvelle vulgate patriotique et néoconservatrice, ou qui cherchent tout simplement à défendre un journalisme de qualité.

Pas moins de six journalistes sont derrière les barreaux du fait de leurs activités d’information, un chiffre inédit depuis la chute de l’URSS en 1991. Les principales organisations de défense des médias ont été déclarées « agents de l’étranger ». La Tchétchénie et la Crimée, annexée en 2014, sont de véritables « trous noirs de l’information ». Et l’impunité reste la règle pour les assassins et agresseurs de journalistes.

La Russie occupe la 148e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse, publié par RSF en 2018.