La cour d’appel de Ngozi, dans le nord du Burundi, a prononcé ce 13 avril le verdict du procès de la journaliste Sandra Muhoza. Elle a été condamnée à six mois de prison ferme pour «aversion raciale» – une peine qu’elle a déjà purgée et qui lui permet donc de recouvrer sa liberté pleine et entière. Même si la journaliste n’aurait jamais dû passer un jour en prison et être condamnée pour avoir exercé son métier, Reporters sans frontières (RSF) est soulagée que la journaliste voit son calvaire judiciaire prendre fin.
Jour de joie pour Sandra Muhoza. Si, la cour d’appel de Ngozi, au nord du pays, a condamné, ce 13 avril, la journaliste du média en ligne La Nova Burundi à six mois de prison ferme pour «aversion raciale», elle permet sa libération pleine et entière, deux ans jour pour jour après son arrestation. En effet, la journaliste, qui a été libérée provisoirement par le même tribunal, le 4 mars, après 685 jours de prison, a largement purgé cette peine. En outre, Sandra Muhoza a été déclarée non-coupable d’«atteinte à l’intégrité du territoire national».
Cette décision devrait enfin mettre un terme – sauf en cas de pourvoi en cassation – à une procédure judiciaire, fondée sur un dossier vide.
«La décision rendue ce 13 avril par la cour d’appel de Ngozi doit mettre un terme au calvaire judiciaire de Sandra Muhoza, fondé sur un dossier vide. La journaliste a, pendant deux ans, servi d’exemple : comme Floriane Irangabiye avant elle, sa détention arbitraire visait à mettre au pas le reste de la corporation journalistique. RSF est soulagée que Sandra Muhoza, qui a déjà payé trop cher le prix de son journalisme, puisse enfin retrouver une liberté pleine et entière et appelle les autorités burundaises à ne pas réitérer de telles attaques liberticides contre l’information.»
Sadibou Marong
Directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF
Arrêtée le 13 avril 2024 à Ngozi, sa commune de résidence, Sandra Muhoza était poursuivie pour avoir relayé, sur un groupe WhatsApp de journalistes, une information concernant une distribution présumée d’armes par les autorités à des jeunes du parti au pouvoir. Elle avait été transférée à la prison centrale de Mpimba à Bujumbura cinq jours plus tard.
Une procédure marathon
Initialement condamnée le 16 décembre 2024 à 21 mois de prison pour «atteinte à l’intégrité du territoire national» et «aversion raciale» par le tribunal de première instance de Mukaza, la cour d’appel du même parquet avait finalement annulé la procédure en juin 2025, en déclarant son incompétence territoriale pour se prononcer sur l’affaire. Le dossier avait alors été renvoyé devant le tribunal de grande instance de Ngozi, ville de résidence de Sandra Muhoza où elle avait été arrêtée. Elle n’a pourtant pas été libérée, mais transférée à la prison pour femmes de Ngozi le 26 septembre 2025, dans le cadre d’une seconde procédure pour les mêmes faits. La journaliste avait alors été condamnée le 13 janvier 2026 à quatre ans de servitude pénale principale, soit de la prison ferme, et à payer une amende de 200 000 francs burundais (environ 60 euros).
Lors de son transfert, Sandra Muhoza, en béquilles, avait des difficultés pour se déplacer, conséquence de problèmes de santé survenus au dos et aux jambes durant sa détention. Depuis la fin novembre, sa santé s’est cependant améliorée grâce à un traitement médicamenteux.