Il y a six ans, le 30 juin 2020, le gouvernement de Xi Jinping à Pékin a adopté à Hong Kong la loi radicale et draconienne sur la sécurité nationale (National Security Law). Depuis lors, dans la région administrative spéciale de Hong Kong, toute déclaration publique ou intention manifestée visant à séparer Hong Kong de la Chine est considérée comme un délit. Cette loi peut être interprétée de manière si large que ses conséquences pour le mouvement démocratique hongkongais, ainsi que pour les médias et la liberté de la presse, restent aujourd’hui encore très graves. Au cours des six dernières années, de nombreux médias ont dû cesser leurs activités, et des locaux de rédactions ont été perquisitionnés par les forces de sécurité. De plus, des personnalités du monde des médias et des entrepreneurs du secteur, tels que Jimmy Lai ou Patrick Lam, ont été emprisonnés et réduits au silence sur la base d’accusations forgées de toutes pièces. Au moins 19 professionnels des médias ont été emprisonnés à Hong Kong depuis 2020, et certains d’entre eux ne sont toujours pas libres. (Photo : Keystone-ATS)

Le plus connu d’entre eux est sans doute Jimmy Lai. Depuis plus de cinq ans et demi, soit plus de 2 000 jours, il est détenu arbitrairement à Hong Kong, dont une grande partie en isolement cellulaire. En décembre 2025, une nouvelle condamnation a été prononcée à l’encontre de Lai : 20 ans de prison. Il est accusé de complot en vue de collaborer avec des forces étrangères ainsi que de publication de contenus séditieux en lien avec son ancienne activité d’éditeur du journal « Apple Daily ». Le verdict proprement dit n’a été rendu qu’en février 2026 ; il s’agit de la peine la plus lourde prononcée à ce jour contre un journaliste à Hong Kong en vertu de la loi sur la sécurité nationale.

En 2024, le procès des deux journalistes de l’ancien journal « Stand News », Patrick Lam et Chung Pui-kuen, a fait tout autant de bruit. La rédaction de « Stand News » avait déjà été prise d’assaut par les forces de sécurité fin 2021, ce qui avait contraint le journal à cesser ses activités. Bien que les chefs d’accusation retenus contre Patrick Lam et Chung Pui-kuen dans le jugement de 2024 ne relevaient pas de la loi sur la sécurité nationale, « Stand News » avait auparavant été déclaré comme constituant un risque pour la sécurité nationale de Hong Kong. Patrick Lam et Chung Pui-kuen ont été condamnés respectivement à onze et vingt-et-un mois d’emprisonnement pour émeute et atteinte à la sécurité de l’État, en vertu de la Loi fondamentale de Hong Kong (Hong Kong Basic Law).

Les procès intentés contre Jimmy Lai, ainsi que contre Patrick Lam et Chung Pui-kuen, illustrent parfaitement le recul drastique de la liberté de la presse à Hong Kong ces dernières années. En 2010, Hong Kong occupait encore la 34e place sur 180 pays et territoires recensés dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF. En 2019, la région administrative spéciale occupait déjà la 73e place. Et aujourd’hui, les problèmes ont pris une telle ampleur que Hong Kong n’occupe plus que la 140e place. La situation de la liberté de la presse est globalement considérée comme très grave et il s’agit de l’un des plus forts recul de la liberté de la presse observés par RSF au cours des dernières décennies.

RSF a toujours suivi de près les événements dans la zone administrative spéciale et a elle-même été confrontée à la répression exercée par les autorités. Celles-ci s’en prennent non seulement aux professionnels des médias, mais aussi aux ONG, comme Reporters sans frontières. En 2024, Aleksandra Bielakowska, collaboratrice de RSF, a même été détenue pendant plusieurs heures à l’aéroport de Hong Kong sous de vagues prétextes, empêchée d’entrer sur le territoire, puis expulsée. Le travail et la présence de RSF ont manifestement trop inquiété les autorités de Hong Kong pour qu’elles puissent laisser Mme Bielakowska entrer sans réagir.

Malgré la loi sur la sécurité nationale et la répression de plus en plus sévère à l’encontre de la presse, les professionnels des médias de Hong Kong n’ont pas cédé et continuent de résister. Patrick Lam, de « Stand News », a déclaré en 2024 dans sa déclaration faite à la suite du verdict rendu à son encontre et à celle de Chung Pui-kuen : « Nous avons révélé des vérités qui, sans cela, seraient restées cachées, même si cela n’a pas été sans difficulté. Nous avons défendu les plus démunis et les minorités, malgré les attaques et les condamnations. Nous avons documenté autant que possible la vie quotidienne à Hong Kong. Nous voulions consigner ces histoires avant qu’elles ne disparaissent. Mais nous savions tous que notre liberté s’amenuisait. Malgré tout, beaucoup ont choisi de rester, de se battre et de tirer parti de l’espace restreint dont nous disposions. »

Et Sébastien, le fils de Jimmy Lai, a déclaré en février 2026 aux médias américains que son père était resté stoïquement calme lors du prononcé du verdict en février. Il aurait même souri, « en signe de résistance ». Cela a donné de la force à Sébastien Lai. La Chine a peut-être emprisonné physiquement Jimmy Lai, mais pas son esprit de combat, a souligné Sébastien. Cet esprit de combat a certes coûté très cher à Jimmy Lai, à savoir sa liberté. Et pourtant, il sert d’inspiration à la presse encore libre dans la région, de repère et de source de motivation. Car les libertés qui subsistent doivent être mises à profit et préservées. Sinon, elles disparaîtront elles aussi complètement.

Valentin Rubin, Policy & Advocacy Manager RSF Suisse

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