Le 16 juillet, le gouvernement américain a annoncé qu’il réduirait considérablement la durée des visas accordés aux journalistes étrangers, la limitant pour la plupart à huit mois au lieu de permettre des séjours pouvant aller jusqu’à cinq ans. Bien que les journalistes puissent présenter une nouvelle demande pour une période supplémentaire de 240 jours, cette nouvelle politique instaure un cycle administratif de renouvellement fastidieux. Les journalistes chinois sont soumis à des restrictions encore plus strictes, leur visa étant limité à 90 jours. Reporters sans frontières (RSF) met en garde contre le fait que ces changements rendront plus difficile le travail de reportage indépendant des correspondants internationaux aux États-Unis et les exposeront à une pression politique accrue.

« Ce changement prive les journalistes étrangers de la possibilité de couvrir l’actualité depuis les États-Unis et rend extrêmement difficile, voire impossible, le travail des médias internationaux sur le territoire américain. Cela impose des contraintes personnelles, juridiques et financières inutiles aux journalistes et à leurs médias, et cela constitue une nouvelle sanction contre la presse de la part de l’administration Trump et du ministère de la Sécurité intérieure, qui n’a de comptes à rendre à personne. Le cycle incessant des renouvellements de visas restreint la liberté de la presse, car les journalistes se sentiront contraints d’éviter de s’attirer les foudres de l’administration, de peur que leurs demandes ne soient rejetées. Les États-Unis ont toujours été les champions de la liberté d’expression et de la presse, mais cette politique viole directement ces valeurs. Les États-Unis sont le lieu où les journalistes devraient pouvoir couvrir l’actualité sans subir de censure gouvernementale ni de pression politique. Le Congrès doit agir pour garantir que les journalistes étrangers puissent travailler librement et, par là même, faire des reportages aux États-Unis qui touchent leur public dans leur pays d’origine. »
Ben Grazda
Responsable du plaidoyer du bureau Amérique du Nord de RSF

Une nouvelle politique ouvre la voie aux abus politiques

Les correspondants internationaux rendent compte de l’actualité politique aux États-Unis pour des millions de personnes à travers le monde. Leur travail ne doit pas dépendre des décisions arbitraires d’une quelconque autorité. Le département de la Sécurité intérieure (DHS) a déjà refusé à plusieurs reprises l’entrée sur le territoire américain à des personnes en raison de leurs propos, et il pourrait désormais utiliser le nouveau système de visas pour sanctionner de manière sélective les reportages critiques.

Le gouvernement avait proposé ces règles plus strictes en août 2025. Le DHS justifie sa décision en affirmant que les titulaires de visa doivent faire l’objet d’une vérification plus approfondie. RSF avait appelé le DHS à abandonner cette proposition l’année dernière, affirmant qu’elle imposerait une charge excessive aux journalistes et créerait un système présentant un fort risque d’abus de la part du gouvernement. RSF avait également pris la tête d’un groupe comprenant 17 autres organisations de défense de la liberté de la presse pour demander au DHS de renoncer aux modifications proposées et avait soumis des observations publiques sur ces restrictions. 

Cette politique en matière de visas s’inscrit dans une série de mesures prises par l’administration Trump visant à contrôler la couverture médiatique et à accroître encore la pression sur les médias qui lui déplaisent. Le 16 juillet, le ministère de la Justice a adressé des citations à comparaître à plusieurs journalistes du New York Times, les obligeant à témoigner devant un grand jury au sujet de leurs articles sur les problèmes de sécurité liés à l’avion Air Force One offert par le Qatar. Le journal a riposté en demandant l’annulation de ces citations à comparaître. L’avocat de la rédaction, David McCraw, les a qualifiées d’ « abusives et irrecevables ».

Incertitudes au sein des médias suisses et européens

La décision prise à Washington devrait, selon toute vraisemblance, concerner également les médias suisses qui ont des correspondants en poste aux États-Unis. Les rédactions concernées suivent la situation de près, même si l’évaluation des répercussions à long terme reste encore incertaine.

Dès l’automne 2025, l’Union européenne de radio-télévision (UER), qui représente de nombreux radiodiffuseurs publics européens, s’était déjà prononcée contre le projet du gouvernement américain. Dans une déclaration commune signée par la SSR, la NZZ, le VSM (l’association des éditeurs alémaniques) et 120 autres médias et organisations médiatiques du monde entier, les signataires ont souligné le rôle crucial des correspondants à l’étranger pour l’information du public européen. Ils ont également mis en garde contre le risque que leurs reportages soient entravés par des procédures bureaucratiques excessives.

Pour les correspondants permanents installés aux États-Unis, la séparation entre la durée de validité du visa et l’autorisation de séjour (désormais limitée à 240 jours renouvelables) fait peser une épée de Damoclès permanente. Interrogé par RSF Suisse, un correspondant basé aux États-Unis pour une chaîne européenne témoigne sous couvert d’anonymat. Selon lui le risque principal est celui d’un traitement administratif rallongé et d’une incertitude permanente. Si le mandat est remis en cause tous les 240 jours, cela impacte directement la vie personnelle, familiale et professionnelle. En cas de retard de traitement de l’administration, les correspondants pourraient temporairement perdre le droit de travailler. Pour les rédactions, cela impose un coût financier et une logistique lourde : faudrait-il mettre fin au mandat, ou envoyer un autre journaliste ? Ce délai raccourci met les journalistes étrangers à la merci de l’arbitraire administratif, ce qui évoque plutôt des pratiques observées dans des régimes autoritaires. 

Bien que ce risque de contrôle des propos inquiète la profession, ce même correspondant affirme sa volonté de ne pas céder à l’autocensure et de poursuivre son travail habituel.

De son côté, le service de communication de la Neue Zürcher Zeitung (NZZ) se veut plus mesurée quant à l’impact immédiat sur son organisation : « Selon nos connaissances actuelles, la réglementation annoncée n’a pas d’impact sur la couverture médiatique de la NZZ depuis les États-Unis. Notre indépendance journalistique et notre travail d’information n’en sont pas affectés. Il n’est pas encore possible d’évaluer de manière définitive quelles seront les conséquences pratiques à plus long terme. Nous suivons les développements futurs avec attention. »

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