De plus en plus souvent, des professionnels des médias sont poursuivis en justice, emprisonnés, surveillés, contraints à l’exil, voire tués au nom de la sécurité nationale. Ces dernières années, la notion de sécurité nationale a largement dépassé son objectif initial pour devenir, partout dans le monde, un instrument de répression du journalisme. C’est ce que montre le nouveau rapport de Reporters sans frontières(RSF) intitulé « National Security as a Weapon against Journalism ». Ce rapport analyse les évolutions mondiales et formule dix recommandations visant à garantir la protection à long terme de la liberté de la presse.
Le rapport confirme ce que RSF avait déjà souligné lors de la publication du classement mondial de la liberté de la presse fin avril 2026 : les lois sur la sécurité nationale sont détournées pour poursuivre pénalement les professionnels des médias et criminaliser le journalisme. C’est le cas de Frenchie Mae Cumpio (Philippines, emprisonnée), Turki al-Jasser (Arabie saoudite, exécuté), Zhang Zhan (Chine, emprisonnée), Jimmy Lai (Hong Kong, emprisonné) ou encore des professionnels des médias à Gaza (tués) ou en Crimée occupée par la Russie (tués ou emprisonnés). Cette tendance est exacerbée par les conflits, les troubles et la montée de l’autoritarisme. Mais elle s’observe également dans des pays stables et démocratiques, comme le montrent les cas de la journaliste française Adrienne Lavrilleux, du reporter finlandais Juha Mäntylä ou du journaliste grec Thanasis Koukakis.
Dans son rapport, RSF met en évidence dix constatations. Notre organisation souligne notamment le fait que, dans de nombreux pays, les lois sur la sécurité nationale font l’objet d’une application extensive afin de poursuivre les professionnels des médias en justice. Nous relevons également que les lois d’urgence ou les mesures similaires deviennent permanentes et menacent ainsi gravement la liberté de la presse. Les accusations de financement ou de soutien au terrorisme sont par ailleurs devenues l’un des principaux moyens utilisés pour s’en prendre aux médias. La définition de la sécurité nationale n’est donc pas figée non plus et peut s’étendre à d’autres domaines, tels que la cybersécurité, la propagande ou les questions environnementales. Ce durcissement des mesures peut entraîner une intensification de la surveillance et de la répression transnationale.
Parallèlement, RSF formule dix recommandations visant à rétablir un équilibre entre les préoccupations légitimes en matière de sécurité nationale et la protection de la liberté de la presse. Parmi ces recommandations, on mentionnera :
- une définition précise de ce qui constitue une menace pour la sécurité nationale ;
- la garantie que les dispositions-cadres relatives à la lutte contre le terrorisme ne soient pas utilisées de manière abusive à l’encontre des médias ;
- des garanties que les poursuites à l’encontre des professionnels des médias se déroulent exclusivement dans le cadre de procédures pénales et civiles ordinaires, et non devant des tribunaux militaires, d’exception ou d’urgence ;
- des assurances que les droits des professionnels des médias et la liberté de la presse soient protégés pendant les conflits armés et dans d’autres situations d’urgence.
Vous trouverez la liste complète des conclusions et recommandations dans la synthèse du rapport ci-jointe ainsi que dans le rapport lui-même (en anglais).