Inde : Violentes attaques contre les femmes journalistes par des fondamentalistes hindous au Kerala

Inde : Violentes attaques contre les femmes journalistes par des fondamentalistes hindous au Kerala

Reporters sans frontières (RSF) dénonce les agressions intolérables dont ont été victimes les journalistes qui couvraient un pèlerinage dans un temple hindou pour la première fois ouvert aux femmes dans l’Etat du Kerala, dans le sud de l’Inde. L’organisation appelle les autorités à garantir la sécurité des reporters.

Des dizaines de journalistes attaqués, essentiellement des femmes… A l’occasion de l’ouverture aux croyants – et pour la première fois aux femmes – du temple hindou de Sabarimala, hier mercredi 17 octobre dans l’Etat du Kerala, en Inde du sud, des centaines de manifestants déchaînés proches des milieux fondamentalistes s’en sont pris aux reporters qui couvraient l’événement avec une violence inouïe. Le pèlerinage doit durer jusqu’à lundi.

“Nous appelons les autorités indiennes à tout mettre en œuvre pour garantir la protection des journalistes qui veulent couvrir cet événement, et plus particulièrement des femmes, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF.

Cela vaut naturellement pour le gouvernement du Kerala, dont le rôle est de protéger les journalistes au moyen de forces de police suffisantes. Mais c’est aussi valable pour les plus hautes instances de la mouvance nationaliste hindou, à commencer par les responsables du parti au pouvoir et le Premier ministre, qui doivent condamner ces violences intolérables avec la plus grande fermeté.”

Lapidée

Hier, vers midi, dans la localité de Nilackal, sur la route qui mène au temple, la voiture de la journaliste de Republic TV Pooja Prasanna a été attaquée par une foule hystérique. Quelques minutes plus tard, non loin de là, l’envoyée d’India TodayMausami Singh, a été traînée hors d’un bus et giflée à plusieurs reprises. Alors qu’elle tentait de trouver refuge dans un véhicule de police, elle a été lapidée par des assaillants qui, selon les témoins, répétaient en boucle des slogans religieux.

Au même moment, dans la localité de Pamba, la journaliste du site The News MinuteSaritha S. Balan, a elle aussi été traînée hors d’un bus public et violemment battue, notamment à la colonne vertébrale. La voiture de la reporter de CNN-News 18 Radhika Ramaswamy a été détruite.

L’envoyée de New Delhi TV Sneha Koshy et la journaliste du site local newsgil.com Libi C.S. ont elles aussi été attaquées. Le rédacteur de Reporter TVRajeesh, a subi une fracture au bras, et son reporter d’image a lui aussi été blessé. A ces noms faut-il ajouter des dizaines d’étudiants en journalisme  – essentiellement des étudiantes – violemment prises à partie et entravées dans leur couverture de ce pèlerinage qui attire chaque année jusqu’à 20 millions de dévots.

Enquête interdite

Pourquoi une telle fureur ? Suite à un arrêté de la Cour suprême indienne, à compter de ce 17 octobre, le temple de Sabarimala n’est désormais plus interdit aux femmes âgées entre 10 et 50 ans, comme il l’était depuis des siècles. Une croyance archaïque défendue par les milieux fondamentalistes hindous voudrait que la présence de femmes en âge d’avoir leurs règles perturberait la principale divinité vénérée dans l’enceinte de Sabarimala. Les militants de la mouvance se sont donnés l’ordre pour interdire aux femmes journalistes tout accès au temple pour cette ouverture inédite.

En Inde, couvrir les thématiques relatives aux droits des femmes peut exposer les journalistes qui osent le faire à de terribles représailles. Cela peut aller jusqu’à la mort, comme ce fut le cas il y a un peu plus d’un an avec l’assassinat de Gauri Lankesh, rédactrice en chef de l’hebdomadaire laïque et féministe Lankesh Patrike.

Mais le problème dépasse largement les frontières du pays, comme l’a récemment révélé un rapport réalisé par RSF“Droits des femmes : enquêtes interdites” – Iran, Mexique, Somalie, France, Etats-Unis, la problématique est globale.

L’Inde se situe en 138e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2018.

Disparition de Khashoggi : RSF et plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme demandent une enquête internationale de l’ONU

Disparition de Khashoggi : RSF et plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme demandent une enquête internationale de l’ONU

Reporters sans frontières (RSF), Human Rights Watch (HRW), Amnesty International et Committee to Protect Journalists (CPJ) lancent un appel à la Turquie afin qu’elle demande à l’ONU d’ouvrir une enquête indépendante sur la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 2 octobre, au sein du consulat saoudien à Istanbul. 

Le 18 octobre, dans un communiqué conjoint, RSF et trois autres organisations de défense de la liberté de la presse et de la liberté d’expression ont demandé à la Turquie de saisir dans les meilleurs délais Antonio Guterres, afin que le secrétaire général de l’ONU initie une enquête indépendante et impartiale. Cette enquête devrait déterminer les circonstances de la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi et le rôle de l’Arabie saoudite dans cette affaire.

La recherche de la vérité et la garantie de la justice ne peuvent s’établir qu’à travers une enquête indépendante et impartiale”,déclare pour sa part Christophe Deloire, le secrétaire général de RSF. Si les Nations unies sont effectivement engagées contre l’impunité des crimes visant les journalistes, le moins qu’elles puissent faire est de se mobiliser pleinement pour une telle enquête dans l’un des cas les plus extrêmes et choquants des dernières années.

Cette disparition – et probable assassinat – s’inscrit dans la vague de répression contre les journalistes et défenseurs des droits humains qui a suivi le sacre de Mohammed Ben Salman comme prince héritier.

L’intégralité du communiqué conjoint est consultable, dans sa version originale en anglais, ci-dessous :

https://rsf.org/en/news/rsf-jo…

Douze nominés pour le Prix RSF 2018 remis pour la 1ere fois à Londres

Douze nominés pour le Prix RSF 2018 remis pour la 1ere fois à Londres

Douze nominés pour le Prix RSF 2018 remis pour la 1ere fois à Londres

Pour la première fois de son histoire, Reporters sans frontières (RSF) remettra le Prix pour la liberté de la presse lors d’une cérémonie à Londres, le 8 novembre prochain. Au total, 12 journalistes, ONG et médias du monde entier ont été nominés dans trois catégories : le courage, l’impact et l’indépendance du journalisme. Pour honorer la ville hôte de Londres, un quatrième prix, « L’esprit de RSF », sera remis à un journaliste ou un média britannique.

Pour la première fois en 26 ans, la cérémonie de remise du Prix RSF pour la liberté de la presse aura lieu à Londres, à la Getty Images Gallery, le 8 novembre 2018. Douze journalistes, ONG et médias du monde entier concourent dans trois catégories renouvelées cette année afin d’être conforme au mandat et à la stratégie de RSF: le courage, l’impact et l’indépendance du journalisme. Pour honorer la ville hôte de Londres, un quatrième prix, « L’esprit de RSF », sera remis à un journaliste ou un média britannique désigné parmi quatre finalistes.

Parmi les nominés, Matthew Caruana Galizia, journaliste maltais dont la mère, Daphne Caruana Galizia, a été assassinée en 2017 à la suite de son enquête sur la corruption ; Paolo Borometti, journaliste italien et spécialiste de la mafia sicilienne, victime d’un complot meurtrier déjoué par la police italienne ; Swati Chaturvedi, journaliste indienne et auteur du livre “I am a Troll : Inside the Secret World of the BJP’s Digital Army” (“Je suis un troll : mon incursion dans le monde secret de l’armée digitale du BJP”) et Anas Aremeyaw Anas, journaliste ghanéen infiltré qui vit désormais dans la clandestinité après ses révélations sur la corruption dans le monde du football africain.

« La liste des finalistes de l’édition 2018 reflète les défis que relèvent avec courage et ténacité des journalistes du monde entier, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Tous luttent contre des forces qui convergent pour affaiblir l’indépendance du journalisme, que ce soit les cyber-harceleurs, le crime organisé ou les Etats autoritaires » .

Cette année, les lauréats ont été désignés par un jury international composé depersonnalités telles Shirin Ebadi, lauréate du prix Nobel de la paix, Wu’er Kaixi, militant chinois – tous deux membres du Conseil émérite de RSF – et Pierre Haski, président de RSF. Le conseil d’administration du bureau RSF de Londres – constitué notamment d’Eve Pollard, figure légendaire de Fleet Street (rue historique de la presse londonienne), de James Harding, ex-directeur de BBC News, et de Jon Snow, présentateur de Channel 4 News – a sélectionné le lauréat du prix spécial « L’esprit de RSF ».

Créé en 1992, le prix RSF pour la liberté de la presse contribue chaque année aux avancées de la liberté de l’information en récompensant des journalistes et médias s’étant illustrés dans la défense ou la promotion de la liberté de l’information. Outre sa dimension honorifique, les prix remis aux lauréats sont accompagnés d’une dotation d’une valeur de 2500 euros. Le Prix RSF a déjà récompensé le célèbre dissident chinois Liu Xiaobo, le blogueur saoudien emprisonné Raif Badawi, la courageuse journaliste syrienne Zaina Erhaim et le journal turc en lutte Cumhuriyet.

Voir ci-dessous la liste complète des nominés :

1/ Le Prix du Courage 
Le Prix du courage récompense un journaliste, un média ou une organisation pour avoir fait preuve de courage dans l’exercice, la défense ou la promotion du journalisme, dans un environnement hostile et en dépit du danger pour sa liberté ou sa sécurité.

Journaliste et écrivain italien, né en Sicile en 1983, Paolo Borrometi est un expert de la mafia sicilienne. En raison de ses courageuses enquêtes publiées par le «Giornale di Sicilia» puis par le quotidien en ligne La Spia qu’il a créé en 2013, il est régulièrement menacé et vit sous escorte, nuit et jour, entouré par cinq policiers. En avril 2018, les forces de l’ordre italiennes ont déjoué un attentat à la bombe qui le visait ainsi que les cinq agents de police qui le protègent. Depuis Rome, où il s’est exilé, il continue sans relâche son combat contre la criminalité organisée en dépit des systématiques intimidations qu’il reçoit encore.

Journaliste indienne, Swati Chaturvedi a fait l’objet de violentes campagnes de harcèlement en ligne. A ces menaces, elle a décidé de répondre avec les armes du journalisme : elle a notamment enquêté sur la “cellule IT” du parti du Premier ministre Narendra Modi (BJP), célèbre pour entretenir une armée de trolls déchaînés. De là est né son ouvrage “I am a Troll : Inside the Secret World of the BJP’s Digital Army”. En recueillant des témoignages au coeur même de cette cellule montée de toute pièce par le BJP, elle montre comment ces millions de “yoddhas” (“guerriers” en hindi), comme les surnomme Narendra Modi, sont chargés d’attaquer sur les réseaux sociaux les journalistes inscrits sur une “liste de cibles” établie par le parti nationaliste hindou. Aujourd’hui, l’enquête réalisée par Swati Chaturvedi l’expose encore plus aux menaces de mort lancées par les trolls qu’elle reçoit de façon quotidienne.

Malgré les menaces, la journaliste d’investigation Çiğdem Toker multiplie les enquêtes sur la corruption dans une Turquie où la répression atteint des niveaux inégalés. Lorsque le journal Akşam est mis sous tutelle par les autorités en 2013, elle rejoint l’un des derniers titres indépendants du pays, Cumhuriyet. Forte de 32 ans de carrière au cours desquels elle a couvert les questions économiques, politiques et judiciaires, Çiğdem Toker s’impose aujourd’hui comme une des grandes figures de l’investigation. Ce qui lui vaut une reconnaissance croissante — et des procès en cascade. Conflits d’intérêts, clientélisme, népotisme, marchés truqués, appropriation de domaines non constructibles… Ses révélations sur ces thèmes hautement sensibles lui valent les poursuites de puissantes sociétés privées aux ramifications politiques, du ministère de la Santé et de bien d’autres.

Hamid el Mahdaoui est un journaliste marocain, directeur du site badil.info, figure incontournable des réseaux sociaux marocains. Connu pour ses prises de position critiques envers le pouvoir et ses vidéos diffusées sur YouTube dans lesquels il commente l’actualité, el Mahdaoui est dans le collimateur des autorités et a déjà fait l’objet d’une dizaine de plaintes notamment pour diffamation. Il a été arrêté le 20 juillet 2017 alors qu’il se trouvait à Al-Hoceïma, dans la région du Rif, pour couvrir la marche pacifique interdite quelques jours plus tôt par les autorités marocaines. En 2017, il a été condamné à un an de prison ferme pour “incitation à une manifestation interdite”. Le 28 juin dernier, la cour d’appel de Casablanca l’a condamné à trois ans de prison ferme pour “non dénonciation de l’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat”.

2/ Le Prix de l’Impact
Le Prix de l’impact récompense un journaliste, un média ou une organisation dont le travail a permis une amélioration concrète de la liberté, l’indépendance et le pluralisme du journalisme ou une prise de conscience sur ce sujet.

Matthew Caruana Galizia, 32 ans, est un journaliste d’investigation maltais. Il a travaillé pendant cinq ans pour le Consortium international de journalisme d’investigation (ICIJ) au sein duquel il a co-fondé l’unité “Data and Research” en 2014. Il a occupé le poste d’ingénieur en chef dans six enquêtes majeures du consortium : Offshore Leaks, Swiss Leaks, Luxembourg Leaks, Fatal Extraction, Panama Papers, and Paradise Papers et a reçu le prix Pulitzer en 2017 pour son travail sur les Panama Papers et le soutien apporté aux enquêtes de centaines de journalistes à travers le monde. En 2018, Matthew a quitté l’ICIJ pour se consacrer à l’enquête sur l’assassinat de sa mère, Daphne Caruana Galizia, elle-même journaliste d’investigation tuée en octobre 2017 par une voiture piégée près de son domicile à Malte.

Le Centre “Communication et Information de la Femme” (CIMAC) est une association civile fondée en 1988 par des femmes journalistes et des professionnelles de la communication. Ce collectif fait la promotion de l’égalité des genres et des droits humains auprès des journalistes, des acteurs politiques, de la société civile et du monde universitaire. Le Cimac vise notamment à construire un journalisme plus sensible à la question du genre et cherche à s’assurer que les médias, qu’il considère comme un outil d’éducation et de transformation sociale, respectent les droits des femmes dans leur travail quotidien.

Khaled el Balshy est un journaliste égyptien, ancienne grande figure du syndicat des journalistes, dans le collimateur du régime pour ses activités professionnelles et son engagement sans faille à défendre la liberté de la presse et ses confrères dans le pays. Khaled el Balshy a été fondateur et rédacteur en chef de plusieurs sites d’informations. Ardent défenseur de la liberté de la presse, il milite auprès des autorités pour ses confrères emprisonnés et n’hésite pas à lancer ou à collaborer à des pétitions pour protester contre des mesures ou textes de lois répressifs pour la presse. Il est régulièrement victime de campagnes de diffamation.

Afssar Sadeq Vali est directeur de la radio DéHilo Karavan dans la province de Khost (sud-est du pays) à la frontière avec le Pakistan, une des régions les plus traditionalistes et dangereuses du pays. Son média a commencé à émettre en 2009 et est depuis la seule radio destinée aux femmes dans la région. Dans un pays où la propagande fondamentaliste est encore appliquée dans certaines régions et où le simple fait d’être journaliste pour une femme peut valoir de sérieuses menaces, Afssar Sadeq a fait le choix de former des femmes au journalisme radio. Menacé à plusieurs reprises par les Taliban et des chefs de villages et boycotté par une partie de la population « parce qu’il travaille avec et pour les femmes. », Afssar Sadeq Vali  a fait le choix de résister. Aujourd’hui, sa radio est écoutée par plus d’un million de personnes de par et d’autres de la frontière.

3/ Le Prix de l’Indépendance
Le Prix de l’indépendance récompense un journaliste, un média ou une organisation pour sa résistance aux pressions financières, politiques, économiques, religieuses…

Masqué par un voile de perles à chacune de ses apparitions publiques, Anas Aremeyaw Anas s’est imposé comme la figure du journalisme d’investigation indépendant en Afrique de l’Ouest. A quelques jours de la sortie de sa dernière enquête sur la corruption dans le football ghanéen, Anas Aremeyaw Anas a été menacé de mort en direct à la radio par un député de la majorité au pouvoir. Le journaliste vit caché et communique via des messageries cryptées avec ses interlocuteurs. Malgré les pressions politiques et les menaces pour sa sécurité, il ne recule pas. “Numéro 12”, son documentaire, diffusé en juin dernier, montre en caméra cachée le président de la fédération ghanéenne de football en train d’accepter des pots-de-vin. En 2015, son enquête sur la magistrature avait abouti à la suspension d’une trentaine de juges.

Péter PETŐ est rédacteur en chef adjoint du site d’information hongrois www.24.hu. Entre août 2015 et octobre 2016, il a été rédacteur en chef adjoint du principal quotidien politique hongrois Népszabadsag qui a fermé du jour au lendemain au motif de “difficultés économiques”, alors qu’il venait de publier plusieurs articles sur des scandales impliquant des hommes politiques proches de Viktor Orban. Jeune journaliste talentueux et incorruptible, Peter Peto est fortement attaché à la cause de la liberté de la presse et persuadé qu’une presse libre permet d’assurer un contrôle sur ceux qui gouvernent le pays. Il défend sans relâche sa foi dans le journalisme et s’emploie à résister aux pressions économiques et financières dont il a souvent fait l’objet.

Journaliste philippine chevronnée, par ailleurs très active sur les réseaux sociaux, Inday Espina-Varona a mené de nombreuses enquêtes sur des questions sensibles dans la société philippine, comme la prostitution des mineurs, les violences faites aux femmes, les questions LGBT ou encore le Front Moro de libération islamiques sur l’île de Mindanao. Défenseuse acharnée de la liberté d’informer, elle est aussi célèbre pour avoir promu et animé de nombreux ateliers d’éducation aux médias. Aujourd’hui, avec le site Rappler, dont Inday est proche, ABS-CBN, le média auquel elle collabore, représente la résistance à la “démocrature” du président Rodrigo Duterte qui, depuis son arrivée au pouvoir en 2016, a lancé une guerre ouverte contre les médias indépendants.

Fondé par Taha Siddiqui, journaliste pakistanais forcé à l’exil après une tentative d’enlèvement en janvier 2018, safenewsrooms.org est une plate-forme digitale dont le but est de lutter contre la censure qui frappe les médias d’Asie du Sud – “SAFE” fait référence à la nécessité de pouvoir produire de l’information indépendante en toute sécurité, mais c’est aussi l’acronyme de South Asians for Freedom of Expression. Establishment militaire et services secrets au Pakistan, milieux nationalistes hindous en Inde, extrémistes islamistes au Bangladesh… Dans tout le sous-continent, des groupes violents menacent, enlèvent ou tuent des reporters parce qu’ils osent aborder des sujets jugés “interdits”. Safenewsrooms.org se veut un espace de liberté où les journalistes peuvent déposer leurs enquêtes, témoigner des intimidations dont ils sont victimes, dénoncer les cas de censure dont ils font l’objet…

4/ L’Esprit de RSF
« L’esprit de RSF » est un prix spécial créé cette année pour récompenser un journaliste, un média ou une ONG britannique qui a fait preuve d’un courage exceptionnel, a exercé un impact considérable ou a fait montre d’indépendance face à des pressions significatives.

Journaliste primée travaillant pour The Guardian and The Observer, Carole Cadwalladr a réalisé un reportage sur la manipulation des processus démocratiques aux États-Unis et au Royaume-Uni, révélant le rôle de Cambridge Analytica dans les campagnes de Trump et du Brexit. L’enquête de la journaliste démontre que la société d’analyse de données qui a travaillé avec l’équipe électorale de Trump aux États-Unis et avec la campagne Leave au Royaume-Uni a recueilli des millions de profils Facebook d’électeurs américains à l’occasion de l’une des plus importantes fuites de données du géant technologique, avant de les utiliser pour créer un puissant logiciel capable de prévoir et d’influencer le choix des votants. Ses reportages lui valent d’être, aujourd’hui encore, victime de pressions et de harcèlement.

Correspondante du Financial Times spécialisée dans la comptabilité et la fiscalité, Madison Marriage a infiltré, en janvier, le 33e dîner de charité annuel du Presidents Club à Londres. Embauché comme hôtesse pour cette soirée de collecte de fonds réservée aux hommes, Marriage a révélé, à travers son enquête, que de nombreuses femmes employées pour l’évènement ont été victimes d’attouchements et de harcèlement sexuel. Officiellement, la soirée de gala visait à récolter des fonds à but caritatif. À la suite de son reportage, nombre d’œuvres de bienfaisance bénéficiaires ont publiquement refusé les dons, et les invités se sont désolidarisés du Presidents Club, qui a été contraint de fermer.

Réseau collaboratif de journalisme d’investigation rassemblant 762 personnes à travers tout le Royaume-Uni, The Bureau Local a pour vocation de déclencher une nouvelle vague de journalisme d’investigation fondé sur des données au niveau régional. Depuis son lancement en mars 2017, le réseau a produit 180 articles, souvent consacrés à la responsabilisation du gouvernement local et national, ainsi que des entreprises. The Bureau Local œuvre également pour la promotion de la transparence et propose des ressources libres permettant à d’autres journalistes d’approfondir leur travail d’investigation. L’objectif est de faciliter le travail des journalistes dans la poursuite de leurs enquêtes et dans l’analyse de vastes ensembles de données.

La BBC et The Guardian font partie des 96 médias de 67 pays à avoir participé à l’enquête de l’ICIJ sur les Paradise Papers. Les révélations des Paradise Papers a provoqué un débat mondial sur les arrangements fiscaux offshore. En décembre 2017, le cabinet d’avocats britannique spécialisé dans les mécanismes offshore, Appleby, a entamé une procédure d’abus de confiance contre la BBC et The Guardian, et demandé la divulgation des documents et des sources des Paradise Papers. RSF a condamné le procès Appleby, notant qu’il pouvait représenter une nouvelle et grave remise en cause du journalisme d’investigation au Royaume-Uni, tout en soulignant que les informations publiées servaient indiscutablement l’intérêt public.

CONTACTS PRESSE :
Julie Bance : jbance@rsf.org / +33 (0)7 81 76 02 25

Disparition de Jamal Khashoggi : à la demande de RSF, les Nations unies saisissent les autorités saoudiennes

Disparition de Jamal Khashoggi : à la demande de RSF, les Nations unies saisissent les autorités saoudiennes

Après la plainte déposée auprès du Groupe de travail des Nations unies sur les disparition forcées par Reporters sans frontières (RSF) et deux autres ONG, une procédure d’action urgente a été déclenchée par les Nations unies.

Dans un message envoyé le 15 octobre, le groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées (GTDF) a indiqué à Reporters sans frontières (RSF) avoir déclenché une procédure d’urgence auprès des autorités saoudiennes le 11 octobre 2018 sur le cas de Jamal Khashoggi, sur la base de la saisine de RSF, et avoir transmis une copie de ce cas aux autorités turques. RSF avait saisi le GTDF du cas de Jamal Khashoggi avec deux organisations de défense des droits humains Al Karama et Al Qst, basées respectivement à Genève et Londres.

Selon la saisine, “les autorités saoudiennes sont considérées comme responsables de la disparition de celui-ci dans le consulat du Royaume à Istanbul. Le 2 octobre 2018, Jamal Khashoggi et sa fiancée Hatice Cengiz se rendaient au consulat saoudien à Istanbul. A leur arrivée au consulat, des agents saoudiens ont empêché celle-ci d’entrer, la forçant à l’attendre à l’extérieur. Jamal Khashoggi est ensuite entré au consulat seul à 13h14 (comme le confirme l’extrait de CCTV) mais n’est pas réapparu. Son sort et sa localisation restent à ce jour inconnu.”

La disparition du célèbre éditorialiste saoudien s’est produite dans un contexte de répression intensifiée des journalistes et blogueurs dans son pays d’origine. Depuis septembre dernier, plus d’une quinzaine d’entre eux ont été arrêtés en Arabie saoudite dans la plus grande opacité.

Entre 25 et 30 journalistes professionnels ou non sont actuellement emprisonnés en Arabie saoudite qui occupe la 169e place sur 180 au Classement mondial 2018 de la liberté de la presse établi par RSF.

“Les Grands Reportages 2018, pour la liberté de l’information”

“Les Grands Reportages 2018, pour la liberté de l’information”

Reporters sans frontières (RSF) est fière de présenter son nouvel album de la série Les Grands Reportages, pour la liberté de l’information. Disponible dès le 16 octobre.

De la Syrie à l’Iran, de l’Egypte à l’Equateur ou au Vénézuela, «Les grands reportages pour la liberté de l’information» font le récit d’un monde blessé. Les images poignantes de nos grands reporters, dont plus de la moitié sont suisses, nous plongent dans la réalité de pays secoués par des conflits ou livrés à des autocrates qui démantèlent les droits et les libertés démocratiques. Mais les populations résistent et se battent. Que ce soient les indigènes de l’Equateur qui luttent contre les compagnies pétrolières envahissant leurs terres, les femmes égyptiennes marginalisées dans une société patriarcale, ou encore les jeunes Vénézuéliens qui se soulèvent contre un président corrompu qui a mené le pays à la ruine. Nous retournons dans la guerre civile au Soudan du Sud; un grand reportage est consacré au conflit syrien et à l’amnésie collective qui frappe nous autres spectateurs. Pour ne pas sombrer dans la dépression, les images improbables des statues de Lénine mises au rebut en Ukraine amènent un souffle burlesque.

Comme toujours, les grands reporters ont mis à disposition leur travail à RSF, avec une grande générosité. «Les grands reportages» font partie de la série d’albums édités par RSF Suisse, au nom du droit d’informer et d’être informé partout dans le monde.

Cet album présente aussi une partie essentielle du travail de RSF, avec des extraits de nos rapports sur les pays où les gouvernements tentent de surveiller et de censurer la liberté de l’information. Un article décortique la mécanique du «parfait shitstorm» à l’exemple de Twitter. Un autre explique un grand projet de RSF, la «Journalism Trust Initiative», visant à combattre la désinformation par un dispositif d’autorégulation des médias.

Cet album est une édition bilingue français-allemand d’une centaine de pages. Il est en vente dans les librairies, les kiosques et peut être commandé auprès de www.rsf-ch.ch. La vente d’albums contribue pour un tiers au budget de RSF Suisse. En acquérant ce volume, vous soutenez le combat de RSF pour la liberté de l’information.

RSF lance la rédaction d’une Déclaration sur l’information et la démocratie, 70 ans après la Déclaration universelle des droits de l’Homme

RSF lance la rédaction d’une Déclaration sur l’information et la démocratie, 70 ans après la Déclaration universelle des droits de l’Homme

L’organisation non-gouvernementale Reporters sans frontières (RSF) annonce la
création de la “Commission sur l’information et la démocratie” qui aura pour objectif de rédiger
une Déclaration internationale sur l’information et la démocratie. L’association internationale
lance cette initiative 70 ans après que l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté à
Paris la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Cette commission, présidée par Shirin
Ebadi, Prix Nobel de la Paix, et Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, comprendra
25 personnalités, dont les lauréats du Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz et Amartya Sen,
l’écrivain et homme politique péruvien Mario Vargas Llosa (Prix Nobel de littérature), l’avocate
nigériane Hauwa Ibrahim (Prix Sakharov).

L’action de la commission s’inscrit dans un contexte où “la crise de confiance dans les
démocraties et la montée en puissance de régimes despotiques représentent un risque pour
les libertés, la concorde civile et la paix.” Le contrôle politique de l’information dans un espace
mondialisé, l’influence des intérêts particuliers, la montée en puissance d’acteurs privés
échappant au contrôle démocratique et la fragilisation du journalisme de qualité en sont les
principaux facteurs. Selon la lettre de mission rédigée par les coprésidents, “la Déclaration
aura pour objet d’énoncer des principes, de définir des objectifs et de proposer des modalités
de gouvernance”. Elle “devra constituer une référence qui permette de mobiliser tous ceux qui
sont attachés à préserver un espace public libre et pluraliste, condition de la démocratie”.

Une commission indépendante de 25 membres de 18 nationalités

Outre les deux co-présidents et les membres déjà cités, la commission comprend
Abdou Diouf, ancien président du Sénégal et secrétaire général de l’Organisation
internationale de la Francophonie, Navi Pillay, ex-Haut commissaire sud-africaine aux droits
de l’Homme de l’ONU, le chercheur et essayiste Francis Fukuyama, professeur à Stanford, la
juriste Mireille Delmas Marty, professeur honoraire du Collège de France, et l’avocat chinois
Teng Biao. Des journalistes éminents sont membres, tels Can Dündar (Turquie), Maria Ressa
(Philippines), Ulrik Haagerup (Danemark), Ann-Marie Lipinski et Marina Walker (Etats-Unis),
Aidan White (Royaume-Uni), Mikhail Zygar (Russie) et Adam Michnik (Pologne); des
spécialistes des technologies tels Yochaï Benkler, professeur à Harvard, Emily Bell, directrice
du Tow Center à l’université de Columbia, Antoine Petit, président du Conseil national de la
recherche scientifique (CNRS), Eli Pariser, fondateur de Upworthy et co-fondateur de Avaaz,
la chercheuse italienne Primavera de Filippi, et Nighat Dad, fondatrice de la Digital Rights
Foundation au Pakistan.

Pour un Pacte international sur l’information et la démocratie

L’objectif ultime de l’initiative est d’obtenir un engagement international d’Etats,
d’entreprises privées et de représentants de la société civile. RSF entend qu’un processus
politique soit lancé à l’initiative de plusieurs dirigeants de pays démocratiques, sur la base de
la déclaration qui sera rédigée, pour aboutir à un “Pacte international pour l’information et la
démocratie”. Des courriers ont d’ores et déjà été envoyés à des dirigeants sur tous les
continents. RSF souhaite qu’ils s’engagent dès la mi-novembre, alors que des dizaines de
chefs d’Etat et de gouvernement seront réunis à Paris pour la commémoration du 100ème
anniversaire de la fin de la Première guerre mondiale (11 novembre), le Forum de Paris sur la
paix (11 au 13 novembre), et l’Internet governance forum (12 au 14 novembre).

La Commission, qui tient sa première réunion à Paris les 11 et 12 septembre, s’est fixé
pour mission de remettre ses travaux dans un délai de deux mois. Le secrétariat général de
la commission, assuré par RSF, a initié il y a plusieurs mois une réflexion qui permettra de
nourrir celle de la commission. Une large consultation internationale, de parties prenantes très
diverses, a été lancée. Les personnes physiques ou morales qui souhaitent y participer
peuvent envoyer leurs contributions en français ou en anglais à l’adresse
informationdemocracy@rsf.org. La fonction de rapporteur est assurée par Antoine Garapon,
directeur de la rédaction de la revue Esprit et secrétaire général de l’Institut des Hautes Études
sur la Justice (IHEJ).

Les initiatives de Reporters sans frontières (RSF)

Reporters sans frontières (RSF) est une organisation non-gouvernementale à but non
lucratif, reconnue d’intérêt public, indépendante, avec un statut consultatif à l’ONU, à l’Unesco,
au Conseil de l’Europe, à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et à la
Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples. Avec un siège à Paris, elle
dispose de bureaux, de sections ou de représentants dans 17 villes (Berlin, Bruxelles, Genève,
Helsinki, Istanbul, Karachi, Kiev, Londres, Madrid, Mexico, Rio de Janeiro, San Francisco,
Stockholm, Taipei, Tunis, Vienne, Washington), de correspondants dans 130 pays et d’une
quinzaine d’organisations partenaires locales.

Conformément à sa vision, l’organisation “aspire à ce que tous les êtres humains
bénéficient d’informations leur permettant de connaître et comprendre les enjeux du monde et
de leur environnement.” L’association a pour mandat de “défendre et promouvoir la liberté,
l’indépendance et le pluralisme du journalisme, notamment par la défense de ceux qui
incarnent ces idéaux”, elle inscrit son action “dans l’esprit de l’article 19 de la Déclaration
universelle des droits de l’Homme, du pacte international relatif aux droits civils et politiques,
et des grandes déclarations et chartes relatives à l’éthique journalistique”, mais la Commission
sur l’information et la démocratie, soutenue par RSF et créée à son initiative, est indépendante
de RSF et n’est pas tenue par son mandat.

En avril 2018, RSF a lancé la Journalism Trust Initiative, consistant à renforcer la mise
en oeuvre des méthodes journalistiques, l’indépendance éditoriale, la transparence des
médias et le respect des règles déontologiques. Le dispositif prévoit la mise en place
d’avantages concrets (notamment technologiques et économiques) pour les médias
d’information qui présentent des garanties en la matière, selon des critères définis de manière
collaborative en vertu de processus d’autorégulation. Près d’une centaine de médias,
représentants d’éditeurs, syndicats, associations de défense de la liberté de la presse,
organisations internationales, sont associés à cette initiative, dont sont partenaires l’Agence
France Presse, le Global Editors Network et l’Union européenne de radio-télévision.

La Journalism Trust Initiative, centrée sur les médias d’information, quelle que soit leur
statut ou leur taille, a pour ambition d’articuler les idéaux journalistiques et les réalités
économiques. La Commission sur l’information et la démocratie, relève d’une logique
complémentaire, consistant notamment à poser des fondements intellectuels et juridiques
pour l’espace public à l’ère numérique et de la mondialisation de l’information.

Contacts presse :

Emilie Poirrier : epoirrier@rsf.org / +33 (0)6 77 92 16 77
Julie Bance : jbance@rsf.org / +33 (0)7 81 76 02 25

Pour “fêter” les un an de censure de son site en Egypte, RSF le remet en ligne

Pour “fêter” les un an de censure de son site en Egypte, RSF le remet en ligne

Des centaines de sites, dont celui de RSF, sont toujours bloqués en Egypte. Pour dénoncer cet emprisonnement virtuel des journalistes, RSF a décidé de contourner cette censure en remettant son site en ligne.

Sur la route de la révolution numérique, le gouvernement égyptien a encore bien du chemin à faire. Alors que l’ancien ministre de la Communication se targuait l’an passé d’encourager le développement des télécoms, de l’internet des objets et d’autres nouvelles technologies, y voyant là un “droit humain” (sic), Reporters sans frontières suggère au régime égyptien une piste plus simple pour avancer sur le plan numérique : cesser le blocage systématique de centaines de sites, notamment d’information. Et pour montrer la voie aux autorités, RSF débloque ce 10 août son site, censuré dans le pays depuis un an, en le remettant en ligne grâce à la technique du “mirroring” utilisée pour notre opération Collateral Freedom.

>>> Consultez le site de RSF en Egypte <<<

Al Jazeera, Al Bedaiah, Huffington Post Arabic, Medium, Buzzfeed… Parmi les sites censurés, près de 100 sites d’information ont été bloqués l’an passé selon une étude publiée en juillet 2018 par l’association pour la liberté de pensée et d’expression en Egypte (AFTE) et l’ONG de lutte pour la transparence et contre la censure sur internet Ooni. “Nous étions en train de travailler quand soudain, il a été impossible d’accéder au site, raconte à l’AFTE Lina Atallah, la rédactrice en chef du média indépendant Mada Masr. Des sites pro-régimes ont commencé à diffuser des informations selon lesquelles quelques sites étaient bloqués. En fait, cela en concerne un bien plus grand nombre. C’est massif et systématique.” Le seul tort de Mada Masr et des autres médias censurés ? Ne pas diffuser des infos pro-régime. Le quotidien libanais Al Akhbar a par exemple été censuré après avoir publié un article sur la démission du directeur des services de renseignement.

Selon plusieurs sources consultées par RSF, les autorités bloquent ces sites en utilisant plusieurs technologies, et notamment le deep packet inspection (DPI). En Egypte, les rares points d’entrée et de sortie permettant d’accéder à Internet sont placés sous le joug du régime. Les paquets acheminés, c’est-à-dire les requêtes des utilisateurs ainsi que les données qui leur sont envoyées, sont filtrés à ces péages numériques ultra-stratégiques. Des URL de sites et, plus globalement, des données qui seraient identifiées préalablement peuvent être ainsi automatiquement bloquées grâce à des équipements spécifiques vendus par des sociétés privées, sans qu’un recours humain ne soit nécessaire.

Sissi décide, les opérateurs exécutent… ou vont en prison

La mise en place de cet équipement DPI et des autres techniques de censure nécessite la coopération des opérateurs. Même les opérateurs internationaux qui affichent des standards internationaux en matière de respect des droits de l’Homme et de liberté d’expression – comme Vodafone qui compte 6 500 employés dans le pays et une part de marché de 40,3% – sont forcés de se plier aux règles liberticides du régime. Sans quoi ils risquent l’emprisonnement de leurs salariés, ainsi que le retrait de leur licence dans un pays où le taux de pénétration d’Internet est de 42% – ce qui promet une marge de progression intéressante sur le marché.

“Cette censure en ligne constitue le côté pile du modèle répressif que veut généraliser le régime égyptien. Il s’agit de mettre les journalistes “en mode silencieux” pour mieux diffuser le contenu pro-régime. Le côté face, ce sont les technologies qui servent à les traquer, et qui pour certaines sont vendues par des entreprises européennes, déclare Elodie Vialle, responsable du Bureau Journalisme et Technologie. RSF demande aux démocraties de condamner le modèle d’un Internet fermé, censuré, surveillé du régime égyptien. ”

Empêcher la vente des technologies de surveillance

Les démocraties n’en prennent pas vraiment le chemin. Ou alors, il est bien sinueux. La société française Amesys a ainsi vendu son système de surveillance aux autorités égyptiennes. Une proposition de la Commission européenne actuellement en discussion prévoit de renforcer les contraintes pesant sur l’exportation des technologies de surveillance. Mais neuf Etats membres, dont la Suède et la Finlande, tentent de freiner cette proposition.

Cet “anniversaire” peu festif du blocage du site de RSF, parmi tant d’autres, survient également dans un contexte de renforcement de l’étau du régime sur Internet. Mi-juillet, une “cyber-law” a été adoptée. Elle vise à légitimer des pratiques liberticides déjà à l’oeuvre et pourtant contraires à l’article 57 de la Constitution égyptienne de 2014 qui garantit l’accès à l’information, protège la liberté de la presse et restreint la censure.

L’Egypte, qui occupe le 161e rang au Classement mondial de la liberté de la presse, est actuellement l’une des plus grandes prisons au monde pour les journalistes.

RSF publie son rapport “Harcèlement en ligne des journalistes : quand les trolls lancent l’assaut”

RSF publie son rapport “Harcèlement en ligne des journalistes : quand les trolls lancent l’assaut”

Dans son nouveau rapport, Reporters sans frontières (RSF) révèle l’ampleur d’une nouvelle menace qui pèse sur les journalistes : le cyberharcèlement perpétré massivement par des armées de trolls, individus isolés ou mercenaires à la solde d’Etats autoritaires.

Lire le rapport RSF_Rapport Cyberharcèlement_FR

Reporters sans frontières publie, ce 26 juillet, son nouveau rapport intitulé “Harcèlement en ligne des journalistes : quand les trolls lancent l’assaut”, dans lequel l’organisation s’alarme de l’ampleur d’une nouvelle menace qui pèse sur la liberté de la presse : le harcèlement en ligne massif des journalistes.

Leurs auteurs ? De simples “haters”, individus ou communautés d’individus dissimulés derrière leur écran, ou des mercenaires de l’information en ligne, véritables “armées de trolls” mises en place par des régimes autoritaires.

Dans les deux cas, l’objectif est le même : faire taire ces journalistes dont les propos dérangent, quitte à user de méthodes d’une rare violence. Pendant des mois, RSF a documenté ces nouvelles attaques en ligne et analysé le mode opératoire de ces prédateurs de la liberté de la presse qui ont su utiliser les nouvelles technologies pour mieux étendre leur modèle répressif.

“Le harcèlement en ligne est un phénomène qui se propage à l’échelle mondiale et qui constitue aujourd’hui l’une des pires menaces contre la liberté de la presse, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières. On découvre que les guerres de l’information ne sont pas menées seulement entre pays sur le plan international mais que les prédateurs du journalisme mettent en place des armées de trolls pour traquer et affaiblir tous ceux qui recherchent honnêtement les faits. Ces despotes laissent leurs mercenaires cibler les journalistes et leur tirer à balles réelles sur le terrain virtuel comme d’autres le font sur les terrains de guerre.”

Ce que révèle le rapport de RSF :

● Difficile d’établir le lien direct entre les cabales en ligne à l’encontre des journalistes et les Etats. RSF a enquêté et documenté des cas de harcèlement en ligne de journalistes dans 32 pays, révélant ainsi des campagnes de haine orchestrées par des régimes autoritaires ou répressifs comme en Chine, en Russie, en Inde, en Turquie, au Vietnam, en Iran, en Algérie, etc.

● RSF analyse et met en lumière le mode opératoire des Etats prédateurs de la liberté de la presse qui orchestrent ces attaques en ligne contre les journalistes en trois étapes :
○ désinformation : le contenu journalistique est noyé sur les réseaux sociaux sous un flot de fausses nouvelles et de contenus en faveur du régime,
○ amplification : ces contenus sont valorisés artificiellement via des commentateurs payés par les Etats pour laisser des messages sur les réseaux sociaux, ou bien via des programmes informatiques qui rediffusent automatiquement le contenu, les bots,
○ intimidation : les journalistes sont pris pour cibles personnellement, insultés et menacés de mort, pour les discréditer et les faire taire.

● Les violentes campagnes de cyberharcèlement sont également lancées par des communautés d’individus ou des groupes politiques dans des pays dits démocratiques – au Mexique notamment, voire même dans des pays très bien notés au Classement mondial de la liberté de la presse, comme la Suède ou la Finlande.

● Les conséquences sont parfois dramatiques : la plupart des journalistes victimes de cyberharcèlement interrogés par RSF sont pour beaucoup contraints à l’auto-censure face à cette vague de violence dont ils n’avaient pas imaginé l’ampleur.

● Les femmes journalistes sont les plus touchées par le cyberharcèlement. Deux tiers des journalistes femmes ont été victimes de harcèlement. Pour 25% d’entre elles, cela se passe en ligne.https://www.iwmf.org/wp-content/uploads/2018/06/Violence-and-Harassment-against-Women-in-the-News-Media.pdf

● En Inde par exemple, Rana Ayyub est la cible des soutiens du régime, les Yoddhas de Narendra Modi, qui attaquent la journaliste pour ses enquêtes sur l’accession au pouvoir du Premier ministre indien : “On m’a traitée de prostituée. Mon visage a été apposé à la photo d’un corps nu et la photo de ma mère a été prise sur mon compte Instagram et ‘photoshoppée’ de toutes les manières possibles.”

● Les journalistes d’investigation sont également dans la ligne de mire des trolls ; à l’image d’Alberto Escorcia, menacé de mort à la suite de ces enquêtes portant sur la manière dont des comptes “dormants” sont utilisés pour influencer des campagnes électorales, comme lors de l’élection présidentielle récente au Mexique.

● Aux Philippines, la journaliste Maria Ressa est également attaquée par les trolls, alors que le média qu’elle dirige, Rappler, doit faire face à un acharnement judiciaire.Depuis l’élection de Rodrigo Duterte à la présidence en 2016, les journalistes philippins qui mènent, comme elle, des enquêtes indépendantes sur le pouvoir sont constamment pris pour cible.

● En France, deux individus ont été condamnés début juillet à six mois de prison avec sursis et 2000 euros d’amende pour avoir menacé en ligne la journaliste Nadia Daam. Un troisième, qui l’a menacée de mort à la suite du procès, a également été condamné à six mois de prison avec sursis.

● Les entreprises comme Devumi qui vendent de faux comptes ont une responsabilité sociale directe dans l’amplification de ces nouvelles menaces : harceler un journaliste de manière massive n’a jamais été aussi simple – et aussi peu coûteux.

● Face à constat, Reporters sans frontières formule 25 recommandations envers les Etats, la communauté internationale, les plateformes, les médias et les annonceurs pour une meilleure prise en compte de ces nouvelles menaces numériques. RSF propose également dans son rapport un tutoriel intitulé “Journalistes : comment faire face aux armées de trolls”, dans lequel l’organisation rappelle les bonnes pratiques en matière de sécurité numérique.

JR, 100 photos pour la liberté de la presse

JR, 100 photos pour la liberté de la presse

Reporters sans frontières (RSF) est fière de présenter son nouvel album consacré au prophète planétaire du collage photographique JR. Disponible dès le 5 juillet.

Le portfolio inédit du nouvel album de RSF vous fait parcourir le monde dans les yeux de JR… Celui-ci accouche la ville de ses secrets, de nos oublis et des injustices de nos sociétés. Il est doté de ce talent qui fait les grands artistes : savoir s’adresser à tout le monde.

JR déploie ses portraits monumentaux en noir et blanc aux détours des rues, sur les monuments, pour tout le monde, avec tout le monde, partout dans le monde. Avec humour, il nous entraîne dans sa fête de village globale, dont le cortège mêle une simple voisine, des ados de Montfermeil ou des personnalités de renommée internationale comme Robert de Niro.

L’affiche est son mode opératoire, l’humour son arme. JR est un photographe, un colleur d’affiche, un artiste plasticien engageant et engagé ! « Photograffeur » hors norme, il dépasse la représentation de sa propre émotion pour en appeler à l’émotion collective.

Dossier spécial : Quand le journalisme s’illustre

À l’heure où les journalistes ont de plus en plus de mal à diffuser leurs enquêtes en images, l’essor du neuvième art, la bande dessinée, apporte un nouveau regard au réel. Nous avons rencontré Laurent Sourisseau, alias Riss, directeur de la publication de Charlie Hebdo et Françoise Mouly, directrice artistique du légendaire New Yorker.

Comme vous le savez, RSF a développé depuis 20 ans l’édition d’albums de photographies pour financer ses actions en toute indépendance. Grâce au soutien des photographes ou de leurs ayants-droit, le produit de la vente de ces albums revient à notre organisation et représente près du tiers de ses ressources.